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Mutinerie du centre de rééducation: surpopulation carcérale, faiblesse des moyens...

La mutinerie dans l’aile des mineurs de la prison de Oukacha jeudi 28 juillet met en relief les conditions de vie des détenus. Un avocat et un intellectuel impliqués dans l’aide aux prisonniers affirment que la surpopulation carcérale et l’encombrement des procédures pénales favorisent ce genre d’émeutes, qui risquent de se reproduire. 

Mutinerie du centre de rééducation: surpopulation carcérale, faiblesse des moyens...
Samir El Ouardighi
Le 29 juillet 2016 à 16h27 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Les incidents du centre de rééducation pour jeunes de Aïn Sebaâ entre les forces de l’ordre et les pensionnaires ont fait 28 blessés et entraîné la destruction quasi-totale des éuipements du centre.

Motivée par une tentative d’évasion collective, cette mutinerie qui n’est pas propre au Maroc, pose cependant des questions légitimes sur sa genèse, favorisée par plusieurs facteurs.

Selon l’Administration pénitentiaire, les émeutiers ont provoqué un incendie pour attirer les gardiens et organiser une évasion qui a échoué, même si tous les bureaux et équipements ont été brȗlés.

Joint par Médias 24, l’avocat Youssef Chehbi, président de l'association Mama Assia et connu pour son engagement en faveur des détenus, ne s’étonne pas de cet incident, qui au regard de la situation des détenus en milieu carcéral, «a juste pris du temps pour se produire».

Selon lui, la surpopulation et la durée exagérée de la détention préventive sont les principaux détonateurs de cette mutinerie, qui peut se reproduire dans d’autres centres de détention, si rien n'est fait pour régler ces problèmes.

"Ceux qui ont initié cette émeute vivent dans des conditions de proximité déplorables dues à la surpopulation carcérale et à des chefs d’accusation qui ne méritent pas la détention préventive.

"Pourquoi emprisonner des gamins en attendant de les juger pour des broutilles (possession de hasch ou vol à la tire)? Placer en détention préventive un enfant pendant 2 ans dans certains cas est contreproductif. S’il est coupable, il doit s’acquitter de sa dette, mais dans le cas contraire, le verdict doit être rapide sans quoi on lui gâche son avenir et on en fait une bombe à retardement".

Il poursuit que la responsabilité de cet acte de rébellion revient à l’Etat, qui n’accorde pas assez de ressources financières pour construire de nouvelles prisons et privilégie trop l’engorgement carcéral.

Rappelons que le dernier rapport du Centre international d'études pénitentiaires (CIEP) classe le Maroc comme le pays ayant le plus grand nombre de prisonniers au Maghreb, avec 76.000 détenus.

Au niveau mondial, le Royaume fait partie des 20 pays ayant le plus de détenus par rapport à leur population soit 22 pour 10.000 citoyens.

Dans son rapport de 2014, l'Observatoire marocain des prisons (OMP) avançait un chiffre de 74.941 détenus, dont 1.719 femmes,1.517 mineurs et 1.008 étrangers.

Le chiffre qui peut expliquer le soulèvement de l’aile des mineurs de la prison d’Oukacha concerne les 42% de détenus, soit 31.850 personnes emprisonnés préventivement dans les 77 centres de détention que compte le Maroc.  

La prison de Oukacha, prévue pour 5.800 places, compte 8.000 détenus hommes, femmes et mineurs. Ainsi, la surpopulation y atteint un taux de 140% dans des conditions sanitaires et médicales insuffisantes et un manque quantitatif et qualitatif de personnel d'encadrement qualifié, payé 2.000 DH par mois.

Pour pallier cette surpopulation, propice à tous les dérapages, la réforme du code pénal prévoit l’instauration de peines alternatives pour les délits passibles de moins de deux ans d’emprisonnement (travail d’intérêt général, amendes, bracelets électroniques, injonction de soins…).

Selon l’observatoire des prisons, les jeunes adultes (moins de 20 ans), les adolescents et les enfants (environ 1.000, de 7 à 18 ans) représentent 10 à 15% des 70.000 détenus de la population carcérale.

Les mineurs de moins de 16 ans sont répartis dans 16 Centres de sauvegarde de l’enfance (dont 2 pour filles) alors que les adolescents et jeunes adultes sont accueillis dans des centres de réforme et d’éducation (CRE) comme celui de Aïn Sebaa (Oukacha), de la prison de Settat ou de Salé.

Ainsi, le CRE de Aïn Sebaâ accueille à lui seul, 916 détenus âgés de 14 à 22 ans, dans un espace de 2m2 pour chaque pensionnaire. 80% d’entre eux âgés de 18 ans sont des récidivistes, qui viennent pour la plupart de centres de sauvegarde de l’enfance (CSE).

 

Selon Youssef Chehbi , ces centres qui ont vocation à réinsérer des jeunes en déshérence sociale ne peuvent accomplir leur mission du fait du peu de moyens alloués et surtout de la surpopulation qui mélange des cas critiques et des délinquants qui peuvent encore être réinsérés.

"Ma mère, la défunte Assia El Ouadie avait initié des ateliers pour la réinsertion des mineurs avec des cours de scolarisation ou de professionnalisation, mais le vrai problème est que l’incarcération est la règle, alors qu’elle devrait être exceptionnelle pour les mineurs", conclut-il, en affirmant que tout le système judiciaire juvénile doit être revu.  

Malgré ses critiques, l’avocat tient à rendre hommage aux forces de l’ordre qui ont gardé leur sang-froid, car "partout ailleurs, l’émeute aurait tourné au carnage, avec au moins 40 morts".

Contacté par notre rédaction, Salah El Ouadie, intellectuel et ancien prisonnier politique, affirme que les incidents d’Oukacha sont le fruit d’un déficit de médiation entre les jeunes et les autorités.

«Des efforts ont été faits pour améliorer la situation, mais je crains qu'il y ait un déficit dans le domaine de la médiation. Plusieurs associations œuvrent avec abnégation à améliorer le sort des prisonniers, à favoriser leur réinsertion et à dialoguer avec eux, comme l'association Mama Assia des amis des centres de rééducation, présidée par l’avocat Youssef Chehbi».

Pour débloquer les tensions qui peuvent aboutir à des drames, El Ouadie avance que les jeunes délinquants ont besoin d'interlocuteurs de confiance, qui viennent de l'extérieur de l'administration. 

Selon lui, la fonction de médiation doit être encouragée et il ne faut pas faire appel aux médiateurs que dans les situations de crise comme la nuit de jeudi à vendredi: «Il faut travailler avec eux dans la durée».

Interrogé sur les allégations de l'administration pénitentiaire qui évoque un plan délibéré de déstabilisation pour semer l'insécurité, notre interlocuteur n’écarte pas ce scénario, car un faisceau de déclarations et d'incitations abondent en ce sens.

«Il est prématuré de se prononcer et il faut attendre l'enquête annoncée, mais je n'écarte aucune hypothèse, car avec l'approche des élections, rien n'est impossible. D’ici là, gardons notre sang-froid, et attendons les faits» conclut Salah El Ouadie.

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Samir El Ouardighi
Le 29 juillet 2016 à 16h27

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