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Ce que la candidature de Trump dit sur la politique marocaine et la politique américaine

Une fois de plus, le Maroc et les Marocains sont utilisés à des fins électoralistes. En janvier, des images d’une tentative de forcing de barbelés à Mélilia ont été utilisées pour illustrer la "menace" de l'émigration mexicaine et récemment les Marocains ont été traités d’"animaux" par le candidat républicain.     

Ce que la candidature de Trump dit sur la politique marocaine et la politique américaine
Jamal Amiar
Le 10 août 2016 à 12h30 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Après avoir dominé 12 adversaires au cours des élections primaires républicaines, l’homme d’affaires américain est le candidat du parti de l’éléphant aux élections présidentielles US du 8 novembre. Un candidat atypique et provocateur, qui sera confronté à la démocrate Hillary Clinton. 

Depuis le mois de juillet, il est le candidat des républicains à l’élection présidentielle américaine. Être président des Etats-Unis ce n’est rien de moins que diriger la première puissance économique mondiale, la première puissance militaire et disposer de la puissance nucléaire et d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Sur le Maroc et les Marocains, sur la politique américaine et sur la politique internationale, les mots de Trump frappent fort, apparemment sans discernement.

Les Marocains sont un jour traités d’"animaux", un autre jour, ce mardi 9 août, Hillary Clinton est menacée de mort, et un autre jour encore le Russe Vladimir Poutine flatté. 

Par trois fois cette année, le nom et la réputation du Maroc et des Marocains ont été utilisés, à tort, à des fins électoralistes. Il y a d’abord eu en janvier dernier ce clip publicitaire anti-mexicain qui a utilisé d’anciennes images d’une tentative de forcing de barbelés à la frontière de Mélilia pour illustrer la "menace" que ferait peser l’émigration mexicaine aux Etats-Unis. Comme si ce phénomène datait d’il y a quelques mois et que l’intégration de la communauté latino aux Etats-Unis ne fonctionnait pas.

Mais l’erreur dans le choix des images peut relever du staff, aussi … informé et cultivé que son chef.

Mais c’est au cours de ces derniers jours que le ton anti-marocain est encore monté d’un cran. "Ils arrivent, ils arrivent" a crié Trump lors d’un meeting à Cleveland (Ohio) la semaine dernière. Il parlait des Marocains, mais aussi des Philippins, des Somaliens et d’autres "nations terroristes". De Manille, le président philippin a réagi en interdisant Trump de séjour dans son pays. A Mexico, la chef de la diplomatie mexicaine s’inquiète du ton du candidat républicain.

A Portland dans le Maine, où Trump s’est plus particulièrement emporté contre la communauté d’origine somalienne, celle-ci s’est mobilisée et a manifesté. Quelques jours plus tard, mardi 8 août, la sénatrice républicaine de l’Etat du Maine Susan Collins annonçait son intention de ne pas voter en faveur de Trump lors de la prochaine élection présidentielle. Désormais sur 54 sénateurs républicains, ils sont six à avoir annoncé qu’ils ne voteront pas en faveur de Donald Trump.

La classe politique marocaine a tort de ne pas réagir aux sorties de Trump

Au Maroc, d’où M. Hamid Chabat était fièrement parti représenter son parti de l’Istiqlal et la droite nationaliste marocaine à la convention républicaine, les sorties de M. Trump ne semblent pas l’avoir interpellé. Il n’est pas le seul. La classe politique ne s’est pas manifestée contre ces atteintes à la dignité des Marocains.

Pourtant, Trump a eu l’occasion de goûter à l’hospitalité marocaine. Une première fois à Tanger à l’occasion de la célébration de l’anniversaire d’Elisabeth Taylor chez Malcolm Forbes et une seconde fois à l’invitation du Roi Hassan II, à New York.

Les médias et les réseaux sociaux n’ont toutefois pas manqué de réagir. La classe politique marocaine a tort de ne pas réagir aux écarts de M. Trump, surtout lorsque comme à Portland, il traite les Marocains d’"animaux". Trump parle de "nations terroristes" incluant un pays, le Maroc, certainement plus de 100 fois plus sûr, safe, que les Etats-Unis. M. Trump peut compter et recompter le nombre de tueries que les Américains ont vécues dans leur chair depuis deux, quatre ou six ans pour ne pas remonter plus loin.

Dans le cas du Maroc c’est zéro. Et si M. Trump souhaite engager le débat sur les "nations terroristes", qu’on l‘invite à commencer par ouvrir les dossiers de l’Irak et de l’Afghanistan.

Sur le plan de la politique américaine, l’émergence d’un candidat comme Donald Trump révèle la fragilisation du tissu social américain et comment cette fragilité peut alimenter racisme et violence. Cette émergence révèle qu’un grand pays peut enfanter des monstres politiques, pétris d’ignorance et de violence. Trump le dit et le redit, comme cette semaine après la publication par 50 personnalités républicaines de l’establishment de la diplomatie, de la défense et de la sécurité indiquant qu’ils ne voteraient pas pour lui: "Je suis le candidat contre les politiques du passé qui ont échoué" répète-t-il. Certes.

Mais en invitant Moscou à hacker les serveurs du Parti démocrate et en voulant interdire aux musulmans de se rendre ou d’émigrer aux Etats-Unis? Même si pour la grande majorité d’entre eux, ils peuvent vivre certainement vivre heureux sans un jour visiter Disneyland.

Trump, un politicien mesquin 

Si sur le Maroc et les Marocains Trump révèle son ignorance et un mépris et une violence loin des "valeurs américaines", sur la politique intérieure de son pays il révèle des schismes, partagés au-delà des frontières.

La médiocrité de l’homme politique Trump ne doit pas épargner à nombre d’observateurs politiques de s’interroger sur la montée des populismes en Amérique, mais aussi en France ou en Autriche, pour prendre quelques exemples. L’homme blanc sent sa part du gâteau rétrécir, c’est un fait. Mais c’est le cours du monde actuel, sans que cela ne soit d’ailleurs dramatique.

Trump révèle l’extrême fragilité des systèmes démocratiques –les moins pires des systèmes politiques- et partant, la fragilité du système international, après un quart de siècle de profonds bouleversements et une accélération du changement. Après cette percée de Trump, l’erreur serait de ne pas tirer des leçons d’une telle ascension de la médiocrité politique et d’un discours politique violent et populiste au plus haut sommet de la vie politique américaine.

Avant "l’ennemi" était le communisme ou le totalitarisme. Aujourd’hui, c’est l’immigré somalien, marocain ou philippin. La politique américaine serait-elle devenue juste mesquine?

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Jamal Amiar
Le 10 août 2016 à 12h30

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