Textile: Ecosystèmes, emplois, contrebande… la stratégie ambitieuse de l'Amith
L'Association marocaine de l'industrie du textile et de l'habillement a tenu, le 28 septembre, deux assemblées générales, extraordinaire et ordinaire. A l'occasion, le nouveau président, Karim Tazi, a décliné sa stratégie pour le mandat 2016-2018. Objectif, création de 46.000 emplois.
Les industriels du textile national se sont réunis le 28 septembre, à Casablanca, dans le cadre des assemblées générales extraordinaire et ordinaire de l'Amith, les premières depuis l'élection de son nouveau président, Karim Tazi.
Devant les deux cent huit membres (plus les non-membres) présents dans la grande salle de l'Esith, le patron de Marwa s'est montré rassurant: "Nous vivons un momentum exceptionnel. Tous les astres sont alignés, en particulier pour l'export. La compétitivité du Maroc a été relancée à la fois par les projets que nous faisons et par le changement de paradigme. Les prix en Asie ont augmenté. Nous l'avions dit il y a longtemps, aujourd'hui les chiffres le confirment. La Chine recule, tandis que le Maroc est en progression assez impressionnante", lance-t-il.
Pour preuve, "au 1er semestre 2016, le Maroc a enregistré une progression de 11% en termes d'exportation vers l'Europe, soit la troisième plus grosse progression mondiale, après le Cambodge et le Vietnam, qui bénéficient à la fois des taux de salaires très faibles et d'avantages douaniers", ajoute Tazi.
C'est une aubaine qu'il faudra saisir. "Nous voulons une mandature Business, apporter des solutions très claires, pour que le secteur puisse rapidement profiter de cette conjoncture", ambitionne le nouveau président, en insistant sur l'approche participative "associant tous les éléments, de l'amont et de l'aval, les petites et grandes entreprises, les exportateurs, les acteurs locaux, les régions etc.". Une approche que l'on retrouve dans la nouveau conseil d'administration de l'Amith, composé d'acteurs issus de segments hétéroclites.
Cette réorganisation n'est pas anodine: "Pour réaliser notre programme, nous avons besoin de structures permanentes et renforcées, car nos engagements, c'est de créer 100.000 emplois dans six ans. Cela n'est possible que si nous créons 8% de croissance à l'export", rappelle l'industriel, qui a succédé juin dernier à El Mostapha Sajid. Celui-ci a présidé l'Amith pendant six ans.
L'export se porte bien, mais il n'en est pas de même pour le marché local. C'est un marché "désorganisé", qui "souffre". En effet, "entre la contrebande et le programme expansionniste des enseignes low-cost, la part de l’industrie marocaine sera, à moins d’une réelle volonté politique, de plus en plus étriquée", alerte l'Amith. Comment y remédier?
Aides publiques aux écosystèmes, 46.000 emplois en vue
D'abord, en substituant à la logique des filières celle des écosystèmes, qui "nous permettent de nous regrouper pour construire une offre intégrée et innovante", explique Karim Tazi.
Dans le secteur du textile, ces écosystèmes sont le Fast Fashion, la maille, le denim (jean), les distributeurs industriels de marques nationales, le textile de maison et le textile à usage technique. Leur développement sera appuyé par des aides publiques, objet de conventions entre l'Etat et l'Amith. L'objectif est la création de 46.000 emplois et 14,7 MMDH de chiffre d'affaires additionnel.
"Nous avons déjà signé les conventions relatives à trois écosystèmes: le fast fashion, denim et distributeurs industriels de marques marocaines. Quand aux autres écosystèmes, ils seront opérationnels dans les jours, voire les semaines à venir ", annonce pour sa part Mohamed Tazi, directeur général de l'Amith depuis 22 ans.
Ces conventions portent sur l’accompagnement du développement des écosystèmes, par le biais de leviers non-curatifs et structurants, à savoir:
- Prime de 20 à 30% à l’investissement matériel porteur de croissance
- Support de 50 à 80% des dépenses de créativité et de co-développement
- Prime jusqu’à 30% pour l’acquisition d’investissement technologique à caractère prioritaire
- Prime de croissance à l’export et pour le développement de marques nationales.
Qui en profite? Selon Mohamed Tazi, "l'idée est qu'aucune entreprise porteuse de projet ne soit mise de côté. Il y a un dispositif extrêmement important d'aide publique, lequel concerne les locomotives et leur sous-traitants. mais également les PME et les TPE. Personne n'est exclu."
La contrebande, un frein au développement du marché local
Les écosystèmes seront servis par cinq pôles:
- la formation, innovation et expertise
- marché local et TPE
- Promotion et communication
- Veille, compétitivité et accompagnement des membres
- Bonne gouvernance, relations institutionnelles et sociales
Une attention particulière est portée sur le marché local, qui est "agressé de toutes parts", surtout par "la contrebande, le pire ennemi de la croissance. Avec l'agroalimentaire et l'automobile, le textile est de loin le secteur le plus touché", rappelle Karim Tazi. Et d'ajouter: "c'est un sujet prioritaire, qui implique un long combat et une politique globale. Notre volonté est d'interpeller les pouvoirs publics sur ce sujet."
"Nous avons essayé de mobiliser les acteurs du marché local, qui se sont associés ente opérateurs du même type de produits pour défendre, sous la houlette de l'Amith, leurs intérêts face à cette invasion de la contrebande. Nous avons tenu des réunions qui ont abouti, notamment, au blocage des ventes aux enchères des marchandises saisies par l’administration de la Douane." Cette mesure a évité au marché d'être inondé par des quantités "énormes" de marchandises clandestines. Le contraire "aurait eu pour résultat la destruction de nombreux industriels locaux".
Aujourd’hui, selon l'Amith, la croissance est majoritairement captée par la contrebande. L'enjeu sera de lui reprendre des parts de marché, moyennant quatre mesures:
- Réduction du gap de compétitivité par une fiscalité adaptée
- Mise en place et suivi des normes par l’association et les pouvoirs publics
- Patriotisme économique basé sur la classification socio-économique des acteurs : OUI à l’importateur industriel, NON aux importateurs détruisant la valeur ajoutée sectorielle
- Défense de la spécificité sectorielle et renforcement des comités Amith –ministère de l’Industrie et administrations des Finances
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