img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Redaction

USFP: ni la notabilisation ni le retour dans l'opposition n'ont empêché la débâcle

L'USFP est le plus gros perdant de ce scrutin. Même son pari de retour à l'opposition ne l'a pas sauvé. Ruralisation, notabilisation, progression des islamistes... Retour sur une débâcle en plusieurs temps.

USFP: ni la notabilisation ni le retour dans l'opposition n'ont empêché la débâcle
Jules Crétois
Le 11 octobre 2016 à 13h01 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

C'est sans aucun doute le grand perdant de ce scrutin. Alors qu'on continuait à attendre les résultats avec excitation ce 7 octobre au soir dans tous les QG de campagne du pays, le siège de l'USFP se vidait vite. Le parti de la rose est celui qui a perdu le plus de sièges, 19 au total. Même son pari de retour à l'opposition aura été vain...

Ruralisation de l'USFP, progression du PJD

Les prémices du recul électoral apparaissaient dès 2002.

Lors de ce scrutin législatif, le premier du règne de Mohammed VI et après l'expérience amère du gouvernement de transition auquel a participé l'USFP, cette dernière enregistre des reculs.

L'historien Ghassan Lamrani remarque que beaucoup de candidats sont élus de justesse. En 2007, confirmation de la tendance : le parti, qui conservait encore sa place de premier parti du Parlement, en devient le cinquième... Une perte d'environ 300 000 voix.

C'est qu'un nouveau concurrent s'est présenté. La progression du PJD, en effet, les analystes la corrèlent systématiquement au discrédit de l'USFP. Dès 2002 le PJD a percé sur les terres de la rose. En 2007, il s'affirme dans les fiefs socialistes historiques de Marrakech et Agadir. Le rythme de la valse est clair: là où l'USFP recule, le PJD progresse.

En 2011, les islamistes doublent le parti de la rose dans 72 circonscriptions. Le PJD arrive en tête dans des bastions roses, à Agadir-Inezgane, Casablanca et Rabat... Le parti à la fleur est plus affaibli que jamais. Son influence, en général, dans la société, décline: son journal Al Ittihad al Ichtiraki, est passé de 100.000 exemplaires vendus par jour en moyenne en 1997 à 8.000 en 2008.

Dans le même temps - entre 2007 et 2011-, s'opère un véritable changement dans la cartographie politique: le parti social-démocrate, urbain de nature, ne résiste plus que dans les zones rurales.

La politologue Mounia Bennani-Chraïbi remarque qu'avec le nouveau règne, les sociaux-démocrates ont totalement changé leur logiciel. Ils ne recrutent plus avec sévérité des militants triés sur le volet. Ils s'ouvrent aux entrepreneurs, aux hommes d'affaires et même à leurs ennemis d'hier, les membres de partis qu'ils disaient être "d'administration"...

Une "notabilisation" en règle, un remplacement du "capital militant" par le capital individuel. Le phénomène était déjà perceptible lors des communales de 2003, remarque Lamrani: les sociaux-démocrates reculaient dans les villes, mais pour la première fois, perçaient dans le monde rural de manière significative.

En 2007, pour la première fois, la majorité des sièges de l'USFP ont été remportés par des élus de petites villes et, rappelle Lamrani, "bon nombre de ces sièges sont occupés par des personnalités ayant déjà exercé la fonction d'élus sous d'autres couleurs politiques et qui viennent d'intégrer le parti".

Des crises, encore et toujours

Le chercheur Abderrahim El Maslouhi découpe en quatre moments la trajectoire de l'USFP (précédemment UNFP): "la gauche gouvernementale (1959-1960), la gauche subversive (1960-1974), la gauche opposition institutionnelle (1974-1998) et la gauche gouvernementale (1998-2007)".

Après cette dernière séquence, il faut avouer qu'il devient même difficile de suivre la logique du parti. Depuis quelques années, de départs des cadres les plus efficaces (Ali Bouabid, Omar Balafrej, Ali El Yazghi, Abdelali Doumou...) en tentatives de relancer le parti (Appel pour une nouvelle USFP, opération Refondation-USFP...), en passant par les guerres intestines minant jusqu'à son bras syndical la Fédération démocratique du travail (FDT), l'USFP semble au bord du gouffre. Inerte, sauf dans la fracture, elle est coincée entre les nouveaux arrivants PJD et PAM, qui comptent lui ravir ses derniers réservoirs électoraux et un renouveau à gauche qui s'opère sans elle, si ce n'est contre elle.

Ce 7 octobre, Omar Balafrej, ancien de l'USFP qui se présentait sous les couleurs de la Fédération de la gauche démocratique, remportait un siège dans la circonscription historiquement rose, l'Océan, où Mehdi Ben Barka avait été élu en 1963 et que l'ancien maire de Rabat Fathallah Oualalou a précédemment occupé.

En 2011, le parti a opéré un revirement stratégique, mais même ce pari de retour à l'opposition en vue de remobiliser un électorat et travailler en interne est, au vu des résultats du 7 octobre, un échec. Une piste de compréhension possible : le retour à l'opposition ne s'est pas accompagné d'une révision de la politique de "notabilisation" dont parlent les chercheurs: les militants, les "fils du parti" et les historiques sont une minorité parmi les élus qu'aligne le parti en 2016.

Scissions à répétition, crise de l'idéologie socialiste, progression de l'islamisme, qui met la main sur les syndicats étudiants, changement du comportement électoral (la baisse du taux de participation dont l'USFP est une des premières victimes), érosion de l'identité à l'exercice du pouvoir, conséquences de l'alternance ou encore de la libéralisation de la vie économique durant cette dernière période...

Autant de faits qui, selon Ghassan Lamrani, ont eu raison d'un parti historique, incapable de se renouveler.

Cliquer sur les cartes pour les agrandir.

 USFP: ni la notabilisation ni le retour dans l'opposition n'ont empêché la débâcle  USFP: ni la notabilisation ni le retour dans l'opposition n'ont empêché la débâcle

USFP: ni la notabilisation ni le retour dans l'opposition n'ont empêché la débâcle

L'intensité de la couleur dépend de la "densité" en nombre de sièges.

La densité est calculée comme suit: (nombre de sièges obtenus par le parti/ nombre total de sièges dans la circonscription).

Si un parti obtient 2 sièges sur 3, la densité est de 66,66%

 

Évolution en pourcentages de la présence de l'USFP et du PJD au Parlement.

 

Untitled chart
Create line charts
 
Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Jules Crétois
Le 11 octobre 2016 à 13h01

à lire aussi

Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”
NATION

Article : Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”

Le Honduras a annoncé la suspension de sa reconnaissance de la pseudo “rasd”, une décision officielle notifiée à Rabat et aux Nations Unies.

Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc
AGRICULTURE

Article : Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc

Entre le blocus d'Ormuz qui paralyse la production indienne, les restrictions chinoises à l'export et la crise agricole américaine, le marché mondial des engrais phosphatés traverse une période de turbulences sans précédent. Dans ce contexte, l'Inde, plus exposée que jamais à la désorganisation des flux, consolide sa dépendance au Maroc.

Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay
Quoi de neuf

Article : Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay

Prévu pour l’été 2026 aux portes d’Agadir, l’établissement comptera 250 chambres avec vue sur l’océan, plusieurs espaces de restauration et 600 m² dédiés aux réunions et événements.

La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Santé

Article : La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain

Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.

Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer
Régions

Article : Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer

Le Mégarama de Casablanca ne fait l’objet d’aucun projet de destruction, a indiqué à Médias24 une source autorisée au sein de l’établissement, réagissant à des informations relayées en ligne sur une possible démolition de plusieurs installations du littoral.

SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente

Partenaire officiel du SIAM, Maroc Telecom présente ses dernières innovations Agritech fondées sur l’IoT, l’intelligence artificielle et la 5G, afin d’accompagner la transformation digitale du secteur agricole.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité