img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Redaction

Tractations. Dans les cabinets ministériels, c'est l'attentisme

Pour les ministres, les derniers jours d'un mandat relèvent du protocolaire. Pour leurs cabinets, ces jours sont une longue "salle d'attente". 

Tractations. Dans les cabinets ministériels, c'est l'attentisme
Abdelali El Hourri
Le 24 octobre 2016 à 13h49 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

La constitution du nouveau gouvernement est une question de semaines, sinon de jours. Entre temps, la formation sortante - du moins ce qu'il en reste - demeure effective. Les ministres qui n'ont pas été relevés de leurs fonctions continuent "d'expédier les affaires courantes".

Selon la loi, "on entend par expédition des affaires courantes, l'adoption des décrets, des arrêtés et des décisions administratives nécessaires et des mesures urgentes requises pour garantir la continuité des services de l'Etat et des services publics". Par exemple, la suspension des droits d'importation sur les lentilles jusqu'au 30 juin 2017, pour en faire baisser le prix.

Hormis ce genre d'interventions, les derniers jours d'un mandat "relèvent plus du protocolaire", nous affirmait Mustapha El Khalfi, deux jours avant qu'il ne soit mis fin à ses propres fonctions de ministre de la Communication.

"J'ai fait la tournée du ministère, bureau par bureau, j'ai remercié les fonctionnaires pour les efforts fournis durant les cinq dernières années.  J'ai également  présidé, à l'ISIC, une rencontre sur le thème de la déontologie professionnelle", nous dit-il d'une voix lente et éraillée, qui trahit presqu'un sentiment d'ennui, d'apaisement ou les deux à la fois.

Bref, ajoute l'ex porte-parole du gouvernement, "des affaires courantes, normales qui, tout en assurant la continuité du service public, n'engagent pas le futur ministre. Par exemple, je me suis abstenu de lancer un quelconque appel d'offres, mais continue de délivrer des autorisations, type autorisation de filmer. Nous maintenons également nos rapports aux médias."

Pour sa part, Mustapha Ramid, le ministre de la Justice, dit travailler "normalement". "Pour un gouvernement, tout est permis, sauf les décisions pouvant avoir des retombées financières sur son successeur. Et moi, je travaille de manière on ne peut plus normale", nous explique-t-il et d'ajouter, comme un clin d'œil, que "s'il était possible de proroger mon mandat d'une journée, je le demanderais."

Il faut dire que M. Ramid a hérité d'un département dont l'agenda est clair, mais laborieux: Réformer structurellement la justice. Un chantier "que nous avons entamé, où nous avons avancé mais où il reste beaucoup à faire", nous dit-il, avant de nous énumérer les nombreuses réunions, déplacements et inaugurations déclinés dans son programme de ministre "sortant". Un programme qu'il décrit comme "habituel".

"Une grande salle d'attente"

Dans le navire ministériel, le ministre n'est que la figure de proue. Derrière lui, tout un équipage, composé d'un chef de cabinet, de conseillers techniques et d'un secrétaire particulier. Or, figure de proue et équipage partagent un destin relativement commun, les deux étant investis d'une mission temporaire. Un lien qui se vérifie sur le plan juridique, puisqu'ils sont tous les deux régis par une seule loi. (voir Dahir n° 1-74-331 relatif à la situation des membres du gouvernement et à la composition de leurs cabinets).  

Mais comment les conseillers vivent-ils les fins de mandat?

"Dans cette période, il n'y a plus d'exercice. Mais il y a tout de même les affaires courantes, qui ne nécessitent pas vraiment beaucoup d'implication", explique Khadija Sansar, ex "cabinarde". Surtout, "tous les membres du cabinet sont en stand by, préparent leurs cartons en attendant, avec un grand point d'interrogation, si le ministre va rester, est ce qu'est c'est un ministre du même parti qui va être nommé ou un autre... Dans tous les cas de figure, c'est une grande salle d'attente ", décrit-elle.

L'intéressée est bien placée pour en parler. Depuis 1998, elle enchaîne les postes de conseillère chargée de communication, passant du cabinet d'Amina Benkhadra, à l'époque secrétaire d’Etat chargée des mines, à ceux du défunt Youssef Tahiri et de Mohammed Boutaleb au sein du même ministère. Sans oublier ses passages au ministère du Commerce et de l'industrie, à l'ANAPEC, au cabinet de Mohammed Ameur, ministre délégué auprès du premier ministre chargé de la Communauté marocaine à l’Etranger et son retour, en 2012, au ministère de l'Energie pour s'occuper de la communication de Fouad Douiri.

En réalité, "les conseillers savent qu'ils sont partants, au même titre que le ministre. Du coup, la fin de mandat est une période où il y a beaucoup de stress". Un stress vécu différemment, selon le statut du conseiller.

Mme Sansar  a toujours été fonctionnaire au ministère de l'Energie et des mines, une qualité qui lui confère une certaine sécurité. Cela ne l'empêche pas de se poser des question quant au profil de son futur patron, son cv, son parcours… "Il s'agit de mettre son expertise entre les mains d'une personne, laquelle est censée en faire un bon usage. En définitive, l'image d'un ministre n'est que le miroir de ceux qui le conseillent."

Pour les conseillers qui viennent du parti du ministre, cette sécurité est relative, même s'ils "s'attendent à être reconduits avec le même ministre, si ce dernier reste au gouvernement et ce, quel que soit le département".

Quant "aux conseillers qui n'ont pas d'attache, ni à l'Administration ni au parti", c'est un peu plus compliqué. Car s'ils n'arrivent pas à réintégrer leur travail d'origine, dans le secteur privé, il se retrouvent au chômage.

Pour ces derniers, c'est donc une question de subsistance. Partant, c'est à qui sait le mieux se vendre. D'où la concurrence entre les conseillers, généralement " loyale et positive, puisque les plus compétents sont souvent reconduits, même si certains sont également recrutés pour des raisons partisanes", confie Mme Sansar. 

D'autres essaient de trouver un point de chute avant le départ de "leur" ministre.

Un vieux briscard des cabinets ministériels, fin observateur du comportement humain, relève lui, le même phénomène qui se duplique à l'infini: "Dès que le départ d'un responsable est annoncé ou pressenti, qu'il soit ministre ou cabinard, on assiste à une montée progressive de la déloyauté à son égard. C'est cruel et fascinant".

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Abdelali El Hourri
Le 24 octobre 2016 à 13h49

à lire aussi

Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc
AGRICULTURE

Article : Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc

Entre le blocus d'Ormuz qui paralyse la production indienne, les restrictions chinoises à l'export et la crise agricole américaine, le marché mondial des engrais phosphatés traverse une période de turbulences sans précédent. Dans ce contexte, l'Inde, plus exposée que jamais à la désorganisation des flux, consolide sa dépendance au Maroc.

Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay
Quoi de neuf

Article : Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay

Prévu pour l’été 2026 aux portes d’Agadir, l’établissement comptera 250 chambres avec vue sur l’océan, plusieurs espaces de restauration et 600 m² dédiés aux réunions et événements.

La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Santé

Article : La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain

Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.

Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer
Régions

Article : Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer

Le Mégarama de Casablanca ne fait l’objet d’aucun projet de destruction, a indiqué à Médias24 une source autorisée au sein de l’établissement, réagissant à des informations relayées en ligne sur une possible démolition de plusieurs installations du littoral.

SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente

Partenaire officiel du SIAM, Maroc Telecom présente ses dernières innovations Agritech fondées sur l’IoT, l’intelligence artificielle et la 5G, afin d’accompagner la transformation digitale du secteur agricole.

Casablanca accueille la première édition de la “Casablanca Tango Cup”
Quoi de neuf

Article : Casablanca accueille la première édition de la “Casablanca Tango Cup”

Casablanca accueillera, du 24 au 26 avril 2026 au Palais du Méchouar, la première édition de la Casablanca Tango Cup. Cette compétition internationale amateur, dirigée par des experts mondiaux, réunit des danseurs des régions Afrique et MENA afin d'instaurer un nouveau pôle de référence pour le tango argentin au Maroc.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité