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Les brigades électroniques du PJD deviennent-elles incontrôlables?

Très actifs sur les réseaux sociaux, des sympathisants du PJD s’attaquent désormais frontalement à des personnalités de leur propre parti. Au lendemain des élections, Abdelilah Benkirane a pris publiquement ses distances avec ces cyber-milices devenues incontrôlables. 

Les brigades électroniques du PJD deviennent-elles incontrôlables?
Samir El Ouardighi
Le 25 octobre 2016 à 16h45 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Depuis quelques années, l’expression brigades électroniques ou cyber-milices est apparue pour désigner les partisans d’un parti politique ou d’une cause qui expriment leur soutien sur la toile.

Les plus connues sont celles qui gravitent autour du Parti de la justice et du développement, PJD, qui avant tout le monde a compris l’intérêt des réseaux sociaux pour drainer des dizaines voire des centaines de milliers de sympathisants.

Le revers de la médaille de cette (sur)-médiatisation électronique est le risques de dérapage voire même de rébellion contre les positions de son propre parti à travers des commentaires peu amènes.

La dernière attaque a concerné la récente élection à la 1re Chambre d'Amina Faouzi Zizi, accusée d’avoir été parachutée sur la liste nationale des femmes alors qu’elle n’a jamais été encartée au PJD.  

Non voilée, elle a surtout fait l’objet de critiques pour ses cheveux au vent et sa tenue vestimentaire qui détonnent avec celles des 24 autres parlementaires élues sur la liste nationale des femmes.

La pluie d’insultes sur sa tenue "anti-islamique" a pris une telle ampleur que le secrétaire général en personne a dû venir à sa rescousse et affirmé que le PJD n’était pas uniquement un parti de voilées.

"Je suis furieux de cette attaque menée sur  facebook par des sgouâa (inconscients), car le PJD appartient à tous les Marocains et Marocaines. Ce repli est peut-être du à de mauvaises interprétations mais pour s’adapter au monde moderne, il faut être ouvert d’esprit sans être plus religieux que de raison", a tenu à préciser Benkirane lors du Conseil national du PJD, samedi 22 octobre.

 

Cette prise de position publique n’a pas été du goût de nombreux sympathisants du parti, qui se font appeler sur leur page Facebook «les chevaliers de la justice», qui a réuni plus de 132.000 fans, ou alors de «l’armée électronique de lutte contre le Tahakkoum» qui regroupe 43.000 abonnés. IL y a aussi les brigades moins visibles, car diluées dans l'anonymat et qui agissent d'une manière individuelle et surtout les fronts: commentaires systématiquement orientés, dénigrement d'opposants allant jusqu'à la plus vile diffamation...

Dans les deux pages ci-dessus, plusieurs n’ont d’ailleurs pas hésité à critiquer ouvertement Benkirane qui veut «confisquer la parole des jeunes militants et faire du parti une prison à ciel ouvert». Un sympathisant a même adressé une lettre aux instances du parti pour rappeler à l’ordre le SG.

Ce dernier est accusé d’utiliser les réseaux sociaux quand cela l’arrange et notamment pour mobiliser ses électeurs mais refuse d’être contredit "alors que le PJD a toujours lutté pour la liberté d’expression". Jusqu'aux élections, cela arrangeait manifestement la direction que de telles brigades agissent contre leurs opposants. Après les élections, la situation est autre.

L’affrontement interne des partisans du PJD n’est cependant que le dernier épisode des attaques quasi-guerrières contre plusieurs personnalités du champ politique ou institutionnel de l’Etat.

Ainsi, Ahmed Toufik, ministre des Affaires islamiques et des Habous avait été violemment vilipendé par ces brigades, l’accusant d’incarner «une laïcisation du Maroc», incompatible avec ses fonctions.

Les chevaliers de la justice avaient lancé une campagne intitulée  «Taoufik dégage», qui réclamait son remplacement par le «vertueux» Saad Eddine El Othmani, président du Conseil national du PJD.

Il faut croire que cet appel a été mal pris par le PJD ou par les autorités, car ses initiateurs ont dû supprimer leur post de Facebook malgré le fait qu’il avait été largement commenté et partagé.

L’explication de cette marche arrière provient sans doute du fait qu’en attaquant nommément ce ministre, ses détracteurs ont mis en cause la gestion du champ religieux, sous la tutelle directe du Roi.

Le nom de Aziz Akhanouch pressenti pour devenir le futur président du RNI a lui aussi fait l’objet de violentes attaques de militants de base du PJD sur les réseaux sociaux.

Accusé d’utiliser sa fortune pour se rendre populaire, le ministre de l’Agriculture et de la pêche est dans la ligne de mire du PJD et de ses militants les plus zélés, depuis son affrontement avec Benkirane.

Ce dernier avait mal digéré le fait de ne pas être l’ordonnateur du fonds pour le développement rural et des zones de montagne. Doté d’un budget de 55 MMDH sur 7 ans, ce fonds qui doit contribuer à réduire le déficit d’infrastructures dans le monde rural peut en effet avoir une portée stratégique sur le vote rural.

Salaheddine Mezouar avait également fait l'objet de violentes attaques après la publication d'une vidéo non authentifiée le montrant attablé dans une boîte de nuit du Golfe. Là encore, les instances du PJD s'étaient désolidarisées de ses sympathisants, prêts à dégainer en rappelant que l'atteinte à la vie privée des personnalités publiques est une violation de la loi et de la religion. 

Ces brigades électroniques existent depuis une dizaine d'années. On remarque leur montée en puissance au moment des scrutins électoraux avec un déchaînement de leurs membres.

Jusque là, le PJD avait toujours laissé faire ses sympathisants, même si parfois, leur terminologie violente et leurs dérapages posent de plus en plus de problèmes d’éthique. Rappelons la publication d’un membre de la jeunesse du parti qui appelait en juillet dernier à décapiter les opposants du PJD. Omar Senhaji avait été auditionné par le Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ.

Les brigades électroniques du PJD deviennent-elles incontrôlables?

Ce n’est qu’après le scrutin législatif qu’Abdelilah Benkirane s’est décidé à calmer les ardeurs intempestives de ses cyber-activistes, en affirmant par le biais d’un communiqué officiel que les écrits publiés sur les réseaux sociaux ne reflétaient pas la position officielle du parti.

Il reste à savoir qui se trouve derrière eux (MUR, faucons du parti ?) et si après avoir largement profité de ses milices électroniques, le PJD n’a pas fini par perdre leur contrôle. Après avoir servi, au moment des élections, les brigades semblent devenir incontrôlables.

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Samir El Ouardighi
Le 25 octobre 2016 à 16h45

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