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Gouvernement. Les tractations pourraient reprendre, violentes attaques contre Akhannouch

Les tractations pour la constitution du nouveau gouvernement font du sur-place, mais le discours se fait plus violent que lors de la campagne électorale. Dans les jours qui viennent, il y aura certainement contact entre Benkirane d'un côté, Lachgar et Akhannouch de l'autre. Tour d'horizon.

Gouvernement. Les tractations pourraient reprendre, violentes attaques contre Akhannouch
R. B.
Le 13 novembre 2016 à 8h09 | Modifié 11 avril 2021 à 1h04

Tous les regards étaient tournés depuis une semaine vers la réunion de la commission administrative de l’USFP qui s’est tenue ce samedi 12 novembre. Finalement, un tout petit pas a été franchi, puisque cette instance a donné mandat au premier secrétaire Driss Lachgar et au bureau politique pour négocier avec Benkirane, et accepter ou refuser d’entrer au sein du gouvernement.

La position de l’USFP reste peu claire et c’est de bonne guerre: plus le processus est lent et difficile, plus les négociateurs traînent la patte pour se faire prier et augmenter le prix de leur entrée au gouvernement.

L’USFP laisse donc la porte ouverte et Lachgar, selon des sources internes, attend “une invitation formelle ainsi qu’une offre précise“. L’USFP affirme ne pas vouloir suivre le PPS et l’Istiqlal dans leur démarche: il n’est pas question de donner un accord sans que les grandes lignes du contenu (programme, architecture du gouvernement) ne soient précisées.

Au final donc, il n’y a toujours pas de progrès significatif dans la constitution d’un gouvernement. Hamid Chabat évoque janvier prochain comme date probable de constitution du gouvernement. Cela signifierait un coût élevé pour la collectivité en raison de la vacance parlementaire et gouvernementale.

Depuis le mois d’aout 2016, les ministres étaient concentrés sur a campagne électorale. Depuis le 7 octobre, le cabinet est devenu juridiquement un gouvernement de gestion des affaires courantes, ce qui lui interdit toute mesure susceptible de peser durablement sur l’avenir. En d’autres termes, on expédie les affaires qui se présentent.

A qui la faute?

Le discours du bloc PJD est de rejeter la faute sur les autres. Il évoque des tergiversations provoquées par des forces obscures, invisibles. L’idée du “tahakkoum“ est toujours présente même si le mot a disparu du vocabulaire du PJD et du PPS.

Le “Tahakkoum“ est un concept commode, car il comprend dans sa définition même la réfutation de toute critique. Si les choses avancent bien, cela sera grâce à ces partis. Si cela bloque, ne cherchez pas loin, la main du “tahakkoum“ est là. Si vous critiquez le PJD, vous êtes du “tahakkoum“ même si vous ne l’avouez pas.

Le tahakkoum est une sorte de Chaytane [satan]. D’où la diabolisation des adversaires du PJD. Cela donne une cohérence à l’ensemble.

Tout adversaire est disqualifié. Aucune opposition n’est acceptée. Si vous êtes un opposant farouche, vous faites partie du tahakkoum. Si vous êtes un opposant faible, vous aurez droit à un discours condescendant plein d’ironie où on vous fait la leçon sur ce qu’est la politique et comment animer un parti.

Akhannouch, nouvelle cible

C’est ce qu’a fait Benkirane (et Chabat aussi) pendant les trois dernières années. La pincipale cible de Benkirane a été jusqu’à septembre, le PAM et son chef Ilyas El Omari. Dès que Mezouar a annoncé sa démission et que le nom d’Akhannouch a été cité, ce dernier est devenu la nouvelle cible.

Pour le moment, Benkirane ne s’en est pas directement et publiquement pris à Akhannouch comme il le faisait pour El Omari. La raison en est probablement l’existence des négociations pour la constitution du gouvernement. Mais faute de pouvoir le faire lui-même, les cyber-brigades du PJD s’en sont chargées. Le résultat n’est pas glorieux. Cela vole très bas.

Par exemple, on raille les origines berbères d’Akhannouch, on appelle au boycott d’Afriquia (cela relève du pénal), on compare Akhannouch à un pharaon (dans le vocabulaire islamiste, cela ressemble à une excommunication, voire à une condamnation à mort). Fac similés ci-dessous:

Gouvernement. Les tractations pourraient reprendre, violentes attaques contre Akhannouch

Gouvernement. Les tractations pourraient reprendre, violentes attaques contre Akhannouch

 

Gouvernement. Les tractations pourraient reprendre, violentes attaques contre Akhannouch

Les premières traces écrites relatives à l’existence des cyber-brigades remontent à octobre 2011. A un mois des législatives de cette année, le chargé de communication de l’époque, Habib Choubani, a diffusé une note interne [voir fac-similé ci-dessous] adressée aux bureaux régionaux du PJD et annonçant des sessions de formation sur les réseaux sociaux “adressées à des jeunes militants dynamiques à l’occasion de la campagne électorale“.

Gouvernement. Les tractations pourraient reprendre, violentes attaques contre Akhannouch

Au cours des dernières semaines, des tensions, réelles ou pas, entre Benkirane et les brigades du PJD sont apparues. Benkirane a reproché à plusieurs reprises à ces brigades d’avoir la main lourde et de le mettre dans l’embarras. Il a fini par les désavouer publiquement. Puis il a diffusé et médiatisé une note interdisant à tout membre du PJD de créer une page FB utilisant directement ou indirectement le nom ou les emblèmes du parti.

Brigades électroniques: diffamation, insultes, violences anonymes

On ne connaît pas et on n’a pas de certitude sur le fonctionnement interne des brigades électroniques, mais il y a des indices.

D’une part, plusieurs pages dont deux très féroces :

-l’armée électronique contre le tahakkoum. Elle a été supprimée, sans que l’on puisse savoir si c’est le fait de Facebook suite à un signalement ou si c’est à l’initiative de ses promoteurs. On peut retrouver des bribes de cache en effectuant la recherche sur Google. Nous avons nous-même réalisé quelques captures d’écran.

-Forsane (les chevaliers) al-Islah (la réforme). Cette page était intitulée à l’origine “Forsane al-adala wattanmia“ (littéralement: les chevaliers Justice et Développement). Le nom a été changé suite aux injonctions publiques de Benkirane selon lesquelles ce genre de pages ne représentent pas le PJD. Le 1er novembre, cette page a présenté des excuses “à tous ceux qui ont pu être affectés ou visés par les contenus de cette page“. Quelques jours plus tard, elle a repris de plus belle.

Ces deux pages ne sont pas les seules mais ce sont celles qui se sont distinguées par la violence de leurs écrits (et leurs vidéos) ainsi que par les diffamations à l’encontre de tous ceux qui se placent sur le chemin du PJD.

D’autre part, il y a des brigades invisibles dont le rôle consiste à intervenir dans les commentaires des articles de presse ainsi que sur les réseaux sociaux. Les indices sont nombreux. Un exemple: dès qu’un journal publie un article critique envers le PJD, il reçoit des commentaires différents, avec des signatures différentes, critiquant le journal, et provenant de la même adresse IP à quelques secondes d’intervalles. Médias24 peut le prouver, nous en recevons régulièrement.

Un Saoudien d’origine palestinienne, islamiste connu, qui séjourne fréquemment et pour de longues périodes, est présenté parfois dans la presse marocaine comme étant l’un des inspirateurs de ces brigades.

Le style Benkirane

La manière dont les tractations se déroulent éclaire une nouvelle fois sur le style Benkirane.

1.    “Il faut respecter le choix des urnes“. C’est une phrase qui revient souvent dans le discours du PJD. Mais respecter le choix des urnes ne signifie pas un diktat du PJD. Si les électeurs l’avaient voulu, ils lui auraient accordé la majorité. Les mêmes élections qui ont placé le PJD en tête l’ont privé de majorité. Il se prévaut des urnes, mais ses opposants aussi. Et c’est normal. Ils ont donc le droit de négocier et d’utiliser toutes leurs armes politiques.

2.    Le seul dirigeant politique que Benkirane a rencontré en tête-à-tête a été Akhannouch. Ce dernier a obtenu un mandat du congrès extraordinaire et n’a de ce fait pas réuni le bureau politique après sa rencontre le 30 octobre avec le chef du PJD. Les fuites, orientées, proviennent donc de Benkirane.

3.    Ces fuites, telles qu’elles ont été publiées dans les journaux, vont jusqu’au registre de la médisance politique:

a.    “Les électeurs ont choisi Benkirane et Akhannouch veut former le gouvernement à  sa place“.

b.    “Akhannouch veut exclure les pauvres de l’aide directe“.

c.    “Akhannouch veut exclure l’Istiqlal du gouvernement“.

4.    Cela devient, par un glissement progressif: “Akhannouch veut augmenter le prix de l’essence, rétablir les subventions parce qu’elles vont dans sa poche“…

Puis, on lit dans des journaux qui citent des sources “proches du PJD“, que Benkirane va “prévenir le Roi, rendre les clés et rentrer chez lui“.

Ce message s’adresse à qui? Aux militants PJD? aux électeurs? aux adversaires politiques? à l’opinion publique? Ou au Roi lui-même?

En Espagne, Rajoy a été confronté aux mêmes problèmes de constitution du gouvernement. Il n’a pas diabolisé ses adversaires, ni fait annoncer dans les journaux qu’il rendra les clés. Les choses se sont passées avec dignité et respect des institutions. Un Chef d’Etat n’a pas à prendre connaissance, par presse interposée, des menaces de démission du chef de gouvernement qu’il a désigné.

Benkirane aura toujours une porte de sortie: les journaux en question ont cité des sources proches du PJD, pas le secrétaire général du PJD. On ne sait pas dans quelle mesure c’est vrai (ce qui signifierait une maîtrise insuffisante de ses propres troupes) ou faux. Le résultat est en tous les cas le même.

En conclusion: la manière dont Benkirane conduit les négociations (chaque parti doit accepter ou refuser, pratiquement sans poser de conditions), les accusations contre ses adversaires, la violation (partielle et orientée) de la confidentialité des négociations, les messages adressés au sujet de sa capacité à “rendre les clés“ et à “rentrer chez lui“, tout cela tire la politique vers le bas et interroge une nouvelle fois sur le style Benkirane.

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R. B.
Le 13 novembre 2016 à 8h09

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