Elimination et valorisation des déchets: L'exemple de Meknès
Le Centre d’élimination et de valorisation des déchets (CEV) de Meknès, qui vient remplacer l’ancienne décharge sauvage de la ville, a été présenté lors de la COP22 à Marrakech. Le site est le premier de son genre au Maroc.
A 5 km de la ville de Meknès se situe le site de stockage des déchets. Un centre exploité de façon non contrôlée depuis 2002, à l’instar des décharges sauvages qui sévissent un peu partout au Maroc. Sur une superficie avoisinant les 25 hectares, ce site reçoit chaque année 185.000 tonnes de déchets, générées par les 650.000 habitants de la commune de Meknès.
Mais à partir de 2014, celle-ci a troqué sa décharge sauvage contre un CEV (Centre d’élimination et de valorisation de déchets), le premier de son genre au Maroc. Suite à un appel d’offres remporté par SITA Atlas, filiale marocaine du français Suez Environnement, le site a été entièrement réhabilité et un nouveau centre de valorisation des déchets a été créé.
Celui-ci s’étale sur une superficie de 52 hectares et dispose d’une capacité de 200.000 à 330.000 tonnes de déchets ménagers et assimilés par an. Qui plus est, il apporte des innovations majeures en matière d’élimination et de traitement des déchets.
Premier atout: le CEV permet de produire du compost à partir des déchets verts et de certains types de déchets organiques en mélange, pour l’amendement des terres agricoles.
Le CEV apporte également une solution pour le traitement du lixiviat, liquide résiduel des déchets, et dont le traitement est assez complexe au Maroc eu égard au taux d’humidité des déchets qui s'élève à 70%. Pour y remédier donc, le projet a prévu un procédé qui sèche les effluents concentrés en utilisant la chaleur issue de la combustion du biogaz produit par les déchets.
"Suez a relevé le défi en mettant en place une solution efficace de traitement du lixiviat", souligne Brice Mégard, directeur technique au sein de SITA Atlas. "Nous en avons fait une ressource que nous utilisons même pour irriguer les terres agricoles avoisinantes, vu que le lixiviat traité est d’une qualité satisfaisante".
Outre le traitement du lixiviat, une autre valorisation du biogaz est à l’étude pour la production d’électricité ou l’alimentation des fours des briqueteries voisines: "Nous réfléchissons à des synergies locales avec nos voisins directs tels les briqueteries ou même les potiers», affirme Said Daoudi, chargé du projet au sein de la commune de Meknès.
Le projet recouvre également un volet social: dans l’ancienne décharge, près de 150 chiffonniers étaient en activité sur le site pour trier les déchets bruts et récupérer les matières pouvant être valorisées (plastique, métal, verre, carton). A présent, ces trieurs ont été rassemblés en coopérative afin de maintenir leur activité, tout en améliorant les conditions de leur sécurité, à travers la mise en place d’un hangar de tri, de locaux administratifs et de vestiaires.
"On a beau dire que nous pouvons nous passer d’eux et faire le tri en amont dans les domiciles, mais au Maroc ce n’est pas évident", souligne M. Daoudi.
Il ajoute: "En réalisant ce projet, nous avons pu sauver la ville de Meknès d’énormément de nuisances environnementales, vu que la décharge non contrôlée se trouvait aux portes de la ville et près de 300 ménages".
L’ingénieur du projet, SITA Atlas
Sita Atlas, filiale marocaine de la société française Suez Environnement, est le partenaire de la commune de Meknès sur le projet du premier centre d’élimination et de valorisation des déchets au Maroc. En 2014, suite à un appel d’offres, la société a remporté un contrat de 20 ans pour la réalisation et l’exploitation du centre en question.
A compter de janvier 2014, le projet génèrera un chiffre d’affaires cumulé de 960 MDH sur toute la durée du contrat, avec des investissements de l’ordre de 200 MDH sur cette même durée, dont environ 90 MDH investis entre 2014 et 2016.
Dans ce contrat, SITA Atlas s’est engagée à réaliser les travaux d’aménagement des voies d’accès et de dépôt des déchets, et à mettre en place également une couverture végétalisée ainsi que des réseaux de drainage et de collecte des lixiviats et des eaux pluviales. D’autre part, la société s’est également engagée à effectuer les travaux de forage afin d'équiper le site de puits de captage du biogaz.
En plus de la réhabilitation, la convention de délégation de service public, signée entre la commune urbaine de Meknès et SITA Atlas, a également porté sur la conception, l’aménagement, l’équipement et l’exploitation du centre d’élimination et de valorisation en question.
La commune de Meknès devra payer un montant de 125 DH/tonne de déchets admis sur le site. Avec un tonnage annuel moyen au niveau de la décharge de 200.000 tonnes de déchets, la commune devra payer 25 MDH par an.
De nouvelles filières pour la restructuration des déchets
François Pyrek, directeur général chargé du recyclage et de la valorisation des déchets à Suez Environnement, estime que la filière est porteuse au Maroc, mais qu’il y a encore un long chemin à parcourir.
"Il reste beaucoup de travail à faire", affirme-t-il. "Avec la Coalition marocaine pour la valorisation des déchets, nous travaillons tous ensemble afin de créer de nouvelles filières de restructuration des déchets au Maroc".
Pour ce faire, M. Pyrek estime qu’il y a trois enjeux à prendre en considération: le premier est celui des ressources humaines. Il affirme que la création des filières en question est en mesure de créer 28.000 nouveaux emplois.
Le second est l’enjeu financier, surtout que le Maroc s’est engagé à réduire de plus 15% ses émissions de CO2 si les aides et contributions qu’il reçoit dans ce sens sont supérieures à ce qui est déjà acté.
Le troisième enjeu est social, comme il l’explique: "Au Maroc, la gestion des déchets n’est pas un sujet technique, c’est avant tout un sujet social. Il y a des chiffonniers dans les rues, dans les décharges, et c’est une population qu’il faut prendre en compte".
M. Pyrek demeure optimiste pour l’avenir de la gestion des déchets au Maroc: "Je suis optimiste, car il y a une vraie dynamique depuis quelques années, des associations ont été créées dans ce sens, et elles favorisent une dynamique de concertation entre tous les acteurs à tous les niveaux: entreprises, pouvoirs publics, etc.".
Rappelons que le programme national de gestion des déchets ménagers, élaboré par le ministère délégué chargé de l’Environnement et le ministère de l’Intérieur avec l’appui de la Banque mondiale, vise un taux de recyclage de 20% des déchets ménagers à l’horizon 2020.
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