Comment l’Etat compte-t-il réinsérer les 2.500 élèves des écoles Al Fatih?
Coup de massue pour les parents d’élèves du réseau d’écoles Al Fatih. La décision de les fermer a pris le staff et les parents de court. Huit établissements sont concernés dont trois à Casablanca, deux à El Jadida, un à Tanger, Tétouan et Fès.
Les écoles Al Fatih, ce sont 2.500 élèves dont 2.470 Marocains et 30 Turcs. Elles emploient quelque 500 personnes entre les enseignants et le staff administratif, majoritairement marocains, indique une source interne à Medias24. Tous sont en train de chercher des solutions pour se recaser ailleurs, même si certains n’ont pas perdu espoir de faire revenir le ministère de l’Intérieur sur sa décision prise le 5 janvier.
Des parents d’élèves réunis, dans la matinée du vendredi 6 janvier, ont décidé de s’organiser en commissions (communication, contact des autorités locales et des départements ministériels concernés,...).
Pour le moment, chaque établissement mène son propre combat étant donné qu’ils ne suivent pas tous le même système (marocain, français ou anglais).
Des pétitions ont été rédigées visant à collecter la signature de l’ensemble des parents d’élèves. Les plus actifs sont ceux dont les enfants sont scolarisés au sein d’Al Fatih Lissasfa qui dispense ses cours en anglais.
"En prenant une telle décision en milieu d'année, l’Etat ne s’est pas soucié de la psychologie des élèves, ni des difficultés à les réinsérer dans d’autres écoles vu les particularités de l’enseignement dans le réseau Al Fatih", accuse la maman d’un élève en maternelle.
"Mon cas n’est pas des plus difficiles à gérer. Je pense surtout aux élèves du collège et du lycée, essentiellement ceux de Lissasfa", ajoute-t-elle.
Le ministère de l’Education nationale se veut serein
Difficile d’en savoir plus de la part du ministère de l’Intérieur, à l’origine du communiqué de fermeture.
Le ministère de l’Education nationale tente par contre de minimiser l’ampleur de cette affaire. "Nous avons déjà connu de pareils cas dans le passé et nous avions veillé à ce que les élèves soient acheminés vers d'autres (établissements) et que les examens se passent dans les meilleures conditions", nous répond d’emblée Bendaoud Marzaki, directeur de l’enseignement privé.
Référence fait à l’école irakienne de Rabat fermée en 2009, en raison de "la non-conformité de son système pédagogique aux dispositions du statut de l’enseignement privé au Maroc".
Un communiqué avait à l’époque émané du ministère de l’Education nationale, contrairement à l’école Al Fatih où c’est l’Intérieur qui s’en est chargé.
Que reproche-t-on à ces écoles?
"Il y a eu un rappel à l’ordre pour l’école de Lissasfa, sans retour de sa part. Une commission a été diligentée et a confirmé qu’il y a un écart entre le programme officiel du ministère et le programme dispensé par cette école. La loi 06-00 est claire. Quand les grandes lignes du curriculum marocain ne sont pas respectées, l’Etat est en droit de retirer l’autorisation", ajoute le directeur de l’enseignement privé.
"Pour ce qui est du primaire, l’école avait pris l’initiative d’enseigner quelques matières en anglais alors que le projet autorisé à la base consistait à enseigner seulement les matières scientifiques en anglais, tout en se conformant au programme marocain. Certains manuels utilisés dans le primaire n’ont pas été autorisés par la commission régionale et le préscolaire a été ouvert sans autorisation", ajoute Bendaoud Marzaki.
Aucune allusion n’est faite par ce responsable aux "idées religieuses" véhiculées par ces établissements auxquelles fait référence le communiqué de l’Intérieur.
Des solutions de bricolage
Toujours sous le choc, les parents d’élèves ne veulent rien savoir. "Aucune autre école ne nous garantira le niveau de qualité que nous avons à Al Fatih", hurle un parent. "L’Etat nous dit qu’il facilitera la réinscription des élèves dans les écoles avoisinantes. De qui se moque-t-on?"
Pour information, l'incription aux écoles Al Fatih coûte en moyenne 3.500 DH par mois pour la maternelle, 4.000 DH pour le primaire et 5.000 DH pour le lycée hors cantine et transport.
"L’école américaine coûte plus cher. L’Etat va-t-il payer la différence? Si nous étions en mesure de payer ces prix, nous l’aurions fait dès le début", réplique un parent d’élèves.
Le ministère de l’Education nationale ne semble pas s’y être préparé non plus. "Toutes les écoles publiques peuvent les accueillir sans problème, notamment celles avec option langue anglaise. Pour ce qui est des écoles privées, nous allons les contacter et agir selon le choix des parents", déclare M. Marzaki.
Peu convaincant.
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