Tractations: 6 points de blocage difficiles à surmonter
Trois mois après les législatives, le Maroc n’a toujours pas de gouvernement. Le paysage politique issu de ces trois mois de tractations violentes n'augure rien de bon pour l'avenir, même si un accord était trouvé dans les plus brefs délais. Voici 6 points de blocage à venir.
Trois jours après le scrutin du 7 octobre qui a consacré le PJD vainqueur des urnes, le Roi avait nommé Abdelilah Benkirane chef du gouvernement et l’avait chargé de constituer un nouvel exécutif.
Deux mois et demi plus tard, devant l’inertie du secrétaire général du parti vainqueur, il l’a rappelé à l’ordre en lui envoyant ses conseillers qui l’ont pressé de constituer un gouvernement dans les plus brefs délais.
Dissensions entre partenaires sur la présence d’autres partis
Dans un premier temps, l’affrontement entre le PJD et le RNI a porté sur la présence (ou pas) de l’Istiqlal dans l’équipe gouvernementale, mais malgré l’insistance de Benkirane, les déclarations malheureuses du secrétaire général du PI sur la "marocanité" de la Mauritanie ont annihilé les chances de son parti de participer au gouvernement.
La disqualification de l’Istiqlal permettra-t-elle de réconcilier les deux partis (RNI et PJD) sans qui la constitution du gouvernement est impossible? Plusieurs points de blocage se profilent. La formation du gouvernement ne sera pas aisée.
Bien avant les consultations menées par Benkirane pour constituer son gouvernement, un accord a été conclu entre le RNI et l’UC pour former un groupe parlementaire commun, préalable à une fusion totale des deux partis en une seule entité politique. Hormis ce rapprochement, le parti d’Akhannouch s’était engagé auprès de l’USFP à soutenir son entrée dans la future coalition gouvernementale.
Echaudé par l’exclusion conjoncturelle de son nouvel allié stratégique (Istiqlal) et sans doute inquiet de voir un bloc RNI-UC-USFP concurrencer au sein de l’exécutif l’alliance PJD-PPS, Benkirane, soutenu par les membres de son secrétariat général, a affirmé que son gouvernement serait basé sur la seule majorité sortante à savoir PJD-PPS-RNI-MP.
Il semble donc de plus en plus probable que la confrontation entre les deux faiseurs de gouvernement continuera et que la formation du gouvernement sera tout sauf aisée. Même si les protagonistes arrivent à s'entendre sur la liste des partis qui composeront le futur gouvernement, voici une liste des points de blocage qui vont apparaître et qui rendront l'issue très difficile:
1. Quel parti présidera le Parlement?
Elue depuis exactement trois mois, la Chambre des représentants se trouve toujours sans président et sans bureau exécutif. Le travail législatif est donc complètement paralysé tant que le gouvernement ne sera pas légalement constitué. Le moment venu, la bataille pour élire le président de la Chambre basse promet d’être âpre et mouvementée.
N’ayant jamais eu un de ses membres sur le perchoir, le PJD présentera certainement un candidat qui devrait bénéficier des votes des groupes du PPS et de l’Istiqlal. Le RNI qui a quant à lui déjà présidé la Chambre des représentants, ne laissera sans doute pas passer l’occasion d’occuper un poste stratégique même s’il reste honorifique.
La logique arithmétique voudrait que le parti de la colombe l’emporte grâce à l’appoint de ses alliés directs ou du PAM qui ne votera pas pour le candidat du PJD (RNI+UC+MP+USFP+PAM=205, PJD+PPS+Istiqlal=183). Ceci si on en vient à l'arbitrage du vote. Sinon, le choix du président du Parlement pourrait se faire en amont, lors de la constitution du gouvernement, et d'un commun accord.
2. La bataille des portefeuilles.
L’architecture du prochain exécutif occasionnera des discussions interminables car le PJD refusera sans doute d’octroyer des ministères stratégiques au RNI contrairement à ce qu'il l’avait fait lors du précédent gouvernement.
Dans le cas où la majorité sortante serait reconduite, le PJD compte mettre en avant son poids législatif pour réclamer la direction d’au moins 50% des ministères du futur exécutif. On lui prête aussi l’intention de démembrer le ministère de l’Intérieur pour mieux s’implanter dans la ruralité où il ne dispose pas de nombreux relais électoraux.
La presse proche du parti de la lampe lui prête d’ailleurs des velléités de s’emparer du ministère de l’Economie et des Finances et peut-être même de l’Agriculture [et donc du monde rural].
3. Comment vont cohabiter les deux partis antagonistes?
La cohabitation sera sans doute compliquée entre ces deux partis qui se disputeront naturellement les premiers rôles et voudront faire valoir, chacun de leur côté, la qualité de leur travail ministériel.
Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler l’annulation, en juin dernier, du point de presse commun (PJD-PPS-RNI-MP) censé mettre en avant les réalisations du précédent gouvernement.
Les tensions créées par ces trois mois de négociations ardues et de déclarations d'une extrême violence ont miné la confiance nécessaire entre les partis censés être partenaires au gouvernement.
Au lieu de la confiance, c'est la méfiance qui est désormais de mise.
4. Benkirane ne désespère pas de ramener l'Istiqlal.
Il l'a dit et ses camarades du parti le répètent: l'Istiqlal pourrait dans un avenir proche, rejoindre la coalition.
Cette promesse sonne comme une menace. Si la majorité est très serrée comme le souhaite le PJD (201 sièges sur 198 nécessaires, avec les 4 partis de la coalition sortante), le bloc MP-RNI au gouvernement vivra sous la menace d'être à tout moment remplacé par un apport Istiqlal-USFP. Tel est le calcul que l'on entend dans les milieux proches du PJD.
5. Une majorité instable.
201 sièges au Parlement et des incertitudes concernant le retour de l'Istiqlal, la menace d'une éviction future du bloc RNI-MP, signifient que la majorité sera instable.
6. Benkirane temporise malgré les chantiers importants en suspens
Les points d’achoppement qui n’arrivent pas à être surmontés montrent que le chef du gouvernement n’a pas pris en compte l’urgence de devoir résoudre les nombreux dossiers en suspens.
Loi de Finances, problèmes avec l’Union européenne, proximité du sommet de l’Union africaine, Benkirane donne l’impression de prendre tout son temps et de se limiter à vouloir juste gérer les affaires courantes du Maroc.
Au final, la situation aujourd'hui n'est pas réjouissante. L'éviction de l'Istiqlal n'est pas un progrès en soi, ni la levée d'un blocage, ni une concession du PJD. Elle est née exclusivement des déclarations de Chabat. Le champ politique lui-même recèle des contradictions, une violence, une méfiance telles entre les partis qu'il paraît très difficile de s'acheminer vers une majorité stable, cohérente, homogène, efficace. Au mieux, la constitution d'une majorité demandera encore plusieurs semaines ou mois de tractations.
Et pendant ce temps, le Maroc...
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