Benkirane recadre Aftati qui persiste et signe
Abdelilah Benkirane a une nouvelle fois recadré Abdelaziz Aftati, l’ex-député PJD de l’Oriental. Ce n’est pas la première fois que Benkirane désavoue publiquement ses propres troupes. Mais on peut se demander si ces “dérapages“ désavoués n’expriment pas, sous une forme différente, les mêmes positions que celles du secrétaire général du PJD.
Au cours des dernières semaines, le secrétaire général du PJD a rappelé plusieurs fois à l’ordre ses propres troupes, dont les “dérapages“, sur les réseaux sociaux ou sous forme de déclarations, sont souvent allés jusqu’à l’insulte des adversaires politiques.
En octobre dernier, il s’en était pris aux “brigades électroniques“, ces nombreuses pages sur Facebook fréquentées par des militants et des sympathisants du parti. La plus célèbre est celle des “Forsane“ [littéralement: chevaliers] dont on a découvert, à l’occasion d’un épisode de procédure pénale, qu’elle est administrée par un membre de la Chabiba (jeunesse) du PJD[i].
A l’époque, il avait annoncé qu’il sera désormais interdit, par note écrite, à tout membre du parti de se livrer à des dérapages sur les réseaux sociaux. Selon des sources internes au parti, consultées par Médias24, cette circulaire n’a jamais été publiée.
Dès le 10 octobre, date à laquelle Benkirane a été chargé de former le nouveau gouvernement, les pages pro-PJD se sont livrées à des attaques virulentes contre le ministre de l’Education nationale, le ministre des Habous et le futur président du RNI Aziz Akhannouch.
Le feu nourri et convergent vers ces trois cibles ne peut être dû au hasard. La première, Benmokhtar, applique une réforme de l’enseignement qui prévoit le retour des langues étrangères et la réforme des manuels d’éducation islamique. La deuxième gère un département stratégique qui relève, constitutionnellement, du chef de l’Etat mais sur lequel une partie de la galaxie PJD peut avoir des vues. La troisième avait été citée, dès cette date, comme futur patron du RNI, et donc adversaire potentiel du PJD.
Au mois d’octobre, Benkirane était notamment intervenu (vidéo ci-dessous) contre les “Forsane“ et plus généralement les autres pages pro-PJD.
Le rappel à l’ordre ressemblait surtout à l’attitude d’un père qui gronde ses enfants, métaphore qu’il a d’ailleurs utilisée.
Il a parlé de pages qu’il ne connaît pas, de “créatures“ qu’il ne situe pas, alors qu’il s’est avéré par la suite que la page “Forsane“ est administrée par un responsable de la Jeunesse du parti. Il a dit qu’il ne suit pas ce qui s'écrit, mais qu’il en paie le prix fort, car cela lui crée des difficultés.
“Comment des gamins de 16 ou 17 ans, peuvent-ils prétendre donner des leçons à l’Etat ou à un parti?“.
“Ce que vous écrivez est utilisé de la pire manière contre nous, cela complique les choses, parfois ça tourne au vinaigre“.
Samedi, nouvel épisode de réprimande publique. Cette fois-ci, c’est Aftati qui est désavoué. Comme en octobre, à aucun moment, Benkirane n’invoque l’éthique mais plutôt l’intérêt du parti et également la “correction“. Mais à aucun moment une éventuelle éthique de l’action politique ou du vivre-ensemble.
Ce samedi 7 janvier, Benkirane se livrait à son exercice favori: haranguer ses propres troupes. Il s’exprimait devant les élus du PJD, réunis à Maâmora.
Le discours de Benkirane a porté sur trois points:
-des conseils aux élus PJD ;
-un recadrage de Abdelaziz Aftati ;
-un point sur les tractations pour la formation du nouveau gouvernement.
Les passages qui concernent Aftati, désavoué publiquement par Benkirane, méritent qu’on s’y attarde.
Abdelaziz Aftati a tenu des propos insultants à l’égard d’Akhannouch. Ce dernier a rétorqué d’Oujda (circonscription d’Aftati) qu’il ne répondrait pas en utilisant le même vocabulaire et qu’Aftati, au cours de ses mandats de députés, n’a jamais créé un seul emploi dans la région.
Benkirane a désavoué les propos d’Aftati [vidéo ci-dessous, à partir de 40’]: “Voici ce que disent vos adversaires: vous avez un projet contre l’Etat, contre la monarchie, contre les libertés, vous avez un double discours, un partage des rôles entre les uns et les autres. Certains leur fournissent des prétextes. Ssi Aftati me fatigue, il doit se taire. Alors que je fais tout pour amener Ssi Aziz Akhannouch au gouvernement…
"Ce genre de choses ne doivent jamais être dites, comment pourrait-il demain le rencontrer et le saluer, s’ils étaient amenés à travailler ensemble? Ssi Aziz Akhannouch, je le connais, c’est un homme bien, bon, ould ennass [correct, qui a des valeurs]… Même si on veut exprimer une opinion, il y a la politesse et la correction. Celui qui veut sa liberté [d’expression] doit quitter le parti. Je le paie cher, les Marocains n’aiment pas les insultes“. Comme pour les brigades électroniques, à aucun moment, il n'invoque la morale ou l'éthique. Juste l'intérêt et la correction.
Abdelaziz Aftati a répondu aux remontrances de Benkirane: “J’ai dit à peu près la même chose que Benkirane, mais sous une forme différente. L’essentiel, c’est que le message soit passé“.
Effectivement, Aftati et beaucoup d’autres dans la galaxie PJD, sont dans la ligne des discours de Benkirane et dans ses prises de position.
Benkirane est très violent dans ses discours et ses attitudes. Ses adversaires (Chabat, El Omari, Akhannouch) ont toujours été stigmatisés, sous des formes différentes. L’opinion est souvent prise à témoin. . Lorsqu’il parle, le chef du PJD se victimise, et multiplie les accusations contre tous ceux qui s’opposent à lui. Il ne doit pas s’étonner de voir ses postures et ses accusations traduites sous la forme la plus virulente, dans des écrits ou des déclarations de la part de ses propres troupes.
La posture qui consiste à désavouer périodiquement ces dernières peut paraître commode, mais elle ne fait qu’alimenter, comme il le dit si bien, les suspicions de double langage et de partage des rôles au sein du parti. Au mieux, Benkirane ne maîtrise pas son parti et ne sait pas ce qui se passe à l'intérieur.
[i] Il s’agit de l’enquête pour apologie et incitation au terrorisme. L’un des mis en cause est un dirigeant de la Jeunesse du PJD, qui s’est avéré être administrateur de la page “Forsane Al Islah“ [les chevaliers de la réforme], dont le nom d’oriine était “Forsane al adala watanmia“ [Les chevaliers de la Justice et du Développement]“.
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