L'adhésion du Maroc à la CEDEAO ouvrirait d'immenses perspectives d'intégration
La décision du Roi Mohammed VI de déposer formellement une demande d’adhésion du Maroc à la CEDEAO est un coup de maître. L’ensemble de ces pays voisins et amis représente 15 Etats-membres et 300 millions d’habitants répartis sur 5,1 millions de km².
Les économistes feront les comptes dans quelques jours ou quelques semaines. Mais depuis le temps que le Maroc et les pays d’Afrique de l’Ouest resserrent leurs liens et leurs partenariats économiques, commerciaux et industriels, le temps était venu de formaliser ces multiples unions.
Intervenant moins d’un mois après le retour du Maroc au sein de l’Union africaine à Addis-Abeba et huit mois après le dépôt à Kigali de la demande formelle de retour au sein de l’organisation panafricaine, le Maroc par ce geste politique et diplomatique consacre une stratégie qui depuis plusieurs années joue avec constance “un coup d’avance“ en Afrique.
15 Etats dont le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Ghana ou le Mali
La CEDEAO, Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, regroupe 15 Etats qui vont du Bénin (Cotonou) au Togo (Lomé) en passant par le Burkina Faso (Ouagadougou), Cabo Verde (Praia), Côte d’Ivoire (Abidjan), Gambie (Banjul), Ghana (Accra), Guinée (Conakry), Guinée-Bissau (Bissau), Libéria (Monrovia), Mali (Bamako), Niger (Niamey), Nigéria (Abuja), Sénégal (Dakar) et Sierra Leone (Freetown).

On y retrouve des Etats avec lesquels le Maroc politique et des entreprises entretiennent des liens étroits, de grands pays tels le Nigéria, la Côte d’Ivoire et le Sénégal et de nouveaux partenaires tel le Ghana. A cet ensemble, le Maroc va apporter un marché de 34 millions d’habitants, des accords de libre-échange avec l’Union européenne, les Etats-Unis, la Turquie et les Emirats arabes unis et une expertise en matière d’infrastructures et agricole notamment.
Les pays-membres de la CEDEAO, 15 aujourd’hui, 16 demain avec le Maroc comme partenaire fiable, doivent abriter plus de 550 millions d’habitants en 2050. Entre le Maroc et le Sénégal, se trouve la Mauritanie qui a quitté la CEDEAO en 2000.
Si la continuité physique est interrompue entre le nord de Dakar et le sud de Laâyoune, Casablanca reste un excellent hub aérien africain et entre l’Afrique et le reste du monde, et les camions marocains circulent tous les jours vers le Mali et le Niger même lorsque quelques séparatistes s’agitent parfois du côté de Guergarate.
Gazoduc
La cohérence de la demande d’adhésion du Maroc formulée de Conakry, capitale de la Guinée pays de l’actuel président de l’Union africaine Alpha Condé, réside dans les liens économiques tissés depuis 15 ans et ceux à venir.
Parmi ceux-ci figure en premier lieu le projet de gazoduc devant relier le Nigéria au Maroc à l’horizon 2022 en desservant la côte ouest-africaine et permettant de commercialiser les ressources en hydrocarbures du Sénégal et de la Mauritanie sur les marchés européens.

Sur les plans politiques et économiques, l’adhésion effective du Maroc à la CEDEAO revêt de nombreux avantages. Le Maroc a très pertinemment donné un coup d’accélérateur à sa politique africaine dans les domaines culturel et humain depuis 15 ans, le choix de la CEDEAO est juste et d’avenir et permettra d’élargir et de consolider les liens du Maroc avec ses voisins africains.
Sécurité, agriculture, engrais, infrastructures
Les besoins des pays de la CEDEAO sont nombreux. On peut lister comme prioritaires la stabilité et la sécurité, la sécurité alimentaire et l’agriculture, l’infrastructure. Dans ces différents domaines prioritaires, l’apport potentiel du Maroc est évident. D’ailleurs, l’atout “engrais“ est utilisé avec une grande adresse par le Maroc dans ses relations avec les pays subsahariens.
Quelle serait la place du Maroc?
La CEDEAO est un ensemble de 15 Etats dominé par le poids du Nigéria qui pèse 78% du PIB global.
Selon les chiffres 2015 de la Banque Mondiale (calcul de l’auteur), le poids de cet ensemble est de 630 milliards de dollars de PIB nominal dont 490 milliards pour le Nigéria. Il représente donc le 21e PIB mondial. Avec le Maroc (103 milliards de dollars), il se hisserait au 18e rang mondial.
Le traité constitutif de la CEDEAO ne prévoit pas de clause d’admission. Par contre, la conférence de Chefs d’Etat est souveraine. On peut penser que le Maroc n’aurait jamais exprimé sa volonté d’adhérer sans avoir bien sondé ses alliés et mesuré ses chances d’aboutir.
La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest a pour objectif une intégration économique régionale très poussée avec un horizon de monnaie unique en 2020. En attendant, ce qui existe aujourd’hui, c’est l’union douanière, la libre circulation des biens et des capitaux, la liberté d’établissement et de résidence et enfin des outils de convergence des politiques macro-économiques.
Adhérer, c’est donc intégrer une zone de libre-échange avec apparemment beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients. Les perspectives économiques et commerciales sont immenses.
Le commerce extérieur des 15 pays est dominé par le poids des hydrocarbures et donc du Nigéria. Les marchés les plus dynamiques sont ceux du Nigéria, du Ghana et de la Cote d'Ivoire. Hors hydrocarbures, les exportations sont constituées de cacao, de pierres précieuses, de coton, de fruits, de bois et de poisson. Les importations sont faites essentiellement de produits finis et de biens d'équipement ainsi que de produits alimentaires: automobiles, tracteurs, machines, les céréales, plastiques, la ferronnerie, le fer et l’acier, la fonte, l’acier, produits pharmaceutiques.
Le Maroc a déjà des accords bilatéraux avec 13 des 15 pays de la CEDEAO. Les relations sont donc très avancées. "Ce qui compte pour le Royaume, ce ne sont pas les opportunités commerciales, ni les débouchés. Nous ne sommes pas dans une logique mercantile. Ce qui compte, c'est la dynamique d'intégration régionale, le co-développement, le partenariat", nous déclare une source autorisée au sein du ministère marocain du Commerce extérieur.
Stratégiquement, le Maroc ne tourne pas vraiment le dos au Maghreb et à l’Europe mais regarde de plus en plus ailleurs.
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