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Enquête. Cimetières: les morts peuvent toujours attendre!

C’est ainsi que semble être géré le dossier des cimetières à Casablanca, comme partout au Maroc. Ceux fermés aux inhumations se sont transformés en no man’s land sans que l’Etat ou les autorités locales n’y accordent le moindre intérêt.  

Enquête. Cimetières: les morts peuvent toujours attendre!
Nabila Fathi
Le 28 février 2017 à 10h00 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

"Casablanca se penche sur la possibilité de gérer l’ensemble des cimetières, y compris ceux dédiés aux non-musulmans,  par une seule entité.  Nous savons que l’état actuel de certains est déplorable. Mais nous y travaillons", avait lancé Abdelaziz Elomari, maire de la ville lors du dernier conseil communal, tenu début février 2017.

Ce n’est pas la première fois que le sujet est abordé par les autorités ou les élus. En décembre 2014, le ministère de l’Intérieur avait pour sa part évoqué une future opération de réhabilitation des cimetières avec à la clé 700 millions de DH ciblant 1.250 cimetières dans 120 communes urbaines, notamment celles ne disposant pas de ressources financières conséquentes.

Deux ans plus tard, pas le moindre indice sur cette fameuse opération de mise à niveau.

Les cimetières saturés laissés à l’abandon

Casablanca compte une dizaine de cimetières, dont la moitié sont fermés. Il s’agit de Sbata, Sidi Moumen, Ouled Ziane, Sidi Lkhadir et enfin Chouhada qui n’est ouvert qu’exceptionnellement pour l’inhumation de personnalités ou d’anciens résistants par exemple.

Ce cimetière, ouvert dans les années 20, censé être des plus soignés, est totalement délabré, sale et peu sécurisé. Il s’est transformé au fil des années en un squat pour sans-abris. Leur présence à l’intérieur même du cimetière est tolérée, de jour comme de nuit, déguisés en fqihs, mendiants, jardiniers pour enlever les mauvaises herbes, vendeurs d’eau de fleur d’oranger conditionnée dans de vielles bouteilles de bières … Le nombre de ces individus atteint son pic chaque vendredi. Il est généralement impossible de se recueillir sur la tombe d'un proche sans être dérangé, à moins de venir en groupe.

"Le cimetière de Chouhada n’est pas le pire. Allez voir celui de Sbata, une mini décharge publique doublée d’un vrai no man’s land, et vous changerez d’avis", nous lance un gardien. Plusieurs autres sources nous le confirmeront.

Chaque cimetière s’en sort comme il peut  

Pour avoir des données sur les cimetières de la capitale économique, il faut les contacter un à un. Pas d’informations groupées au niveau de la ville. Chaque responsable gère cet espace différemment y compris au niveau des tarifs d’inhumation et de construction des tombes.

A Al Ghofrane par exemple, considéré comme un modèle malgré quelques défaillances en termes de sécurité, les droits d’enterrement varient entre 145 DH pour les jeunes (moins de 12 ans) et 270-300 DH pour les adultes. Les prix sont inférieurs à Arrahma. Les caveaux familiaux sont proposés à 40.000 DH pour 12 tombes, construits entre 9.000 et 17.000 DH selon le modèle choisi.  

Enquête. Cimetières: les morts peuvent toujours attendre!

Il faut savoir qu’Arrahma par exemple, le nombre d’inhumations quotidienne est de 10 en moyenne, contre 25 pour Al Ghofrane. Cette dernière couvre un plus large spectre de communes et dispose d’une superficie une fois et demi plus grande qu’Arrahma (13 5ha contre 90 ha).

900.000 DH accordés par la ville

Le mode de gestion diffère d’un cimetière à l’autre. Les recettes également. En plus des allocations de la ville (900.000 DH par cimetière), Al Ghofrane perçoit 250.000DH au titre de la location du parking, environ 600.000 DH de la part de l’entreprise en charge de la  construction des tombes (un service externalisé) et 140.000 DH de la location de la pépinière, quelque 10.000 DH de la vente des fruits des 2.000 oliviers plantés dans le cimetière, nous explique Hassan Aziz, président du groupement des Communes de la coopération sociale qui gère le cimetière Al Ghofrane.  

En contrepartie, elle paie son personnel (24 employés), verse 340.000 DH à la société de gardiennage, 200.000 DH pour l’éclairage public…

Foncier, l’autre problème des cimetières

Les élus et les gestionnaires des deux cimetières opérationnels le savent. Casablanca n’aura plus où enterrer ses morts dans quelques années si aucun autre terrain n’est mis à disposition.

Pourtant, tout est fait pour optimiser le foncier existant au maximum. On ne peut pas accéder à une tombe sans en piétiner d’autres. La norme est de laisser 40-50 cm entre deux tombes et environ 60 cm pour les allées, mais dans la pratique, ces distances ne sont pas toujours respectées.

"Pus de 65% des capacités d’Al Ghofrane sont atteints. J’ai envoyé des correspondances au ministère de l’Intérieur pour chercher un nouveau terrain. Dans moins de 10 ans, l’actuel terrain affichera complet", indique Hassan Aziz, responsable d’Al Ghofrane qui comptait 173.010 tombes au 20 février 2017.  

Le cas d’Arrahma est moins alarmant, mais elle aussi a dépassé 50% de son taux d’occupation.

Leur extension ne sera pas possible, vu que les terrains mitoyens sont déjà construits, notamment dans le cadre d’opérations villes sans bidonvilles.

Peut-être que la ville s’y penchera sérieusement cette fois-ci, maintenant que le débat sur l’harmonisation des modes de gestion est évoqué. Peut être que nos morts et leurs familles auront droit enfin à plus de respect de la part des élus. 

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Nabila Fathi
Le 28 février 2017 à 10h00

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