Hasnaa Chennaoui: “Le Maroc a besoin d'une vraie législation qui protège son patrimoine géologique”
Pour elle, la géologie est une passion. Sa spécialité, ce sont les météorites mais elle suit tout le patrimoine géologique. Hasnaa Chennaoui est secrétaire générale de l’APPGM, l’Association pour la protection du patrimoine géologique du Maroc. Cette association a diffusé le lundi 27 février une alerte au sujet du squelette marocain de plésiosaure mis en vente à Drouot à Paris. Mme Chennaoui est enseignant-chercheur à la faculté des sciences d'Ain Chok. Interview.
-Avez-vous pu retracer l’origine du squelette de plésiosaure marocain mis en vente pour le 7 mars à Paris?
-Monsieur le Directeur de la Géologie que nous remercions pour sa réactivité puisqu’il a écrit aux Affaires étrangères, nous a confirmé que l'export n’a pas été autorisé par le ministère de l'Energie et des Mines.
Il n'en demeure pas moins que c'est le flou total quant à la manière dont les ossements sont sortis.
Le Maroc est l’un des pays les plus riches au monde dans le domaine des fossiles, des minéraux et des météorites. Mais c’est l’anarchie la plus totale.
-Apparemment, il y a des circuits bien établis et on retrouve des produits marocains vendus au grand jour dans les grandes capitales…
-Chaque année, au moment des bourses en Chine, en France, en Allemagne, aux USA, des containers partent du Maroc, légalement, avec des licences d’exportation.
Ces containers ne concernent selon ce que nous savons, que des invertébrés, c’est-à-dire des crustacés anciens comme les trilobites ou les ammonites.
Même si cela ne nous plaît pas et que cela nous fend le cœur, nous ne pouvons contester ces exportations légales. Dans cette catégorie, on trouve également les plaques de marbre fossilifère d’Erfoud, qui partent à grande cadence.
Par contre, le plésiosaure est un vertébré et le ministère de l’Energie et des Mines ne délivre pas à notre connaissance d’autorisation pour ce type d’objets.
-C’est une hémorragie…
-Oui, c’est une spoliation de notre patrimoine géologique.
Il y a des choses exceptionnelles qui sont trouvées au Maroc mais elles partent souvent vers l’étranger.
Par exemple, lorsqu’il y a une chute observée d’une météorite martienne, vous n’en aurez aucun morceau ou de rares et minuscules morceaux au Maroc. Vous trouverez les meilleurs morceaux au Muséum d’histoire naturelle de Vienne ou à celui de Londres.
Certes, c’est mieux que de les enterrer dans des collections privées mais nous aurions tant préféré les voir dans des musées marocains.
Que reste-t-il au Maroc, à nos enfants, nos étudiants, pour nos recherches scientifiques?
L’une de nos satisfactions, c’est de voir aboutir les combats que nous avons menés pour voir ces échantillons porter des noms marocains.
-Dans le cas des météorites, ces fragments sortent-ils avec ou sans documents?
-Je ne sais quoi vous dire, je n’ai jamais obtenu de réponse claire.
Ce que je sais en revanche, c’est que les musées dans le monde n’achètent que s’il y a des certificats d’export.
-Il y a donc un problème de législation au Maroc… et d’application de la législation.
-Pour ce qui concerne le patrimoine archéologique, la législation est claire. En revanche, ce n’est pas le cas pour le patrimoine géologique.
A l’association, notre cheval de bataille, c’est une législation efficace et précise qui permettrait de protéger notre patrimoine.
Nous ne sommes pas dupes. Nous savons qu’il y a une dimension sociale et que des milliers de personnes s’adonnent à cette activité de recherche. Il y a beaucoup d’argent à la clé. Nous voulons que les choses soient réglementées et que les gens qui font l’effort de trouver soient rétribués. Mais il faut préciser ce qui est illicite, lutter contre le fléau et l’éradiquer.
Tous les pays qui se respectent ont une législation qui protège leur patrimoine géologique.
Dans tous les muséums d’histoire naturelle du monde, vous trouverez des objets originaires du Maroc.
à lire aussi
Article : Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025
À fin mars 2026, les échanges extérieurs du Maroc ont été marqués par une hausse des importations de biens d’équipement de 10,2 milliards de DH par rapport à fin mars 2025, tandis que les exportations du secteur automobile ont progressé de 12,1%. Détails.
Article : IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025
DATA. À fin mars 2026, les recettes IDE se sont établies à 12,12 MMDH, en baisse de 13,1% par rapport à fin mars 2025.
Article : Diplomatie sportive : Youssef Amrani inspecte les stades du Mondial 2026 aux États-Unis
L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a effectué une tournée diplomatique en Géorgie et dans le Massachusetts. Entre préparatifs de la Coupe du monde de football 2026 et renforcement des alliances économiques, cette visite marque une nouvelle étape dans la "diplomatie de proximité" entre Rabat et les grandes métropoles américaines.
Article : Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”
À l’issue du dialogue stratégique Maroc-Allemagne tenu à Rabat, Berlin a réaffirmé son soutien à l’Initiative marocaine d’autonomie, jugée "sérieuse et crédible" pour le règlement du dossier du Sahara, estimant qu’une "véritable autonomie sous souveraineté marocaine" constitue l’option la plus réaliste, tout en annonçant son engagement à agir en cohérence sur les plans diplomatique et économique.
Article : Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès
À l'Université Euromed de Fès, le cluster marocain de l'hydrogène vert (Green H2) a réuni experts, industriels et académiques autour des enjeux et défis de la filière, avec un focus sur ses deux produits stratégiques que sont le méthanol et l'ammoniac verts.
Article : Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026
Les recettes voyages ont atteint 31 MMDH à fin mars 2026, en hausse de 23,5% sur un an, selon les données provisoires de l’Office des changes.