Le casse-tête de la formation du gouvernement
ROUND UP. Constituer la coalition n’est que le premier pas. La suite est encore plus complexe: architecture du gouvernement, distribution des portefeuilles, égos des uns et des autres, technocrates, ministères de souveraineté…
Le gouvernement sortant comprend 39 portefeuilles, en tenant compte du Chef du gouvernement, des ministres délégués et du secrétariat général (SGG).
Samedi, une source sûre impliquée dans les tractations nous a indiqué que l’architecture du gouvernement sera remise à plat et qu’il faut s’attendre à des changements. Par exemple, on évoque un ministère des Affaires africaines, un département du développement rural ou un vrai pôle social.

Le poids législatif de chaque parti
Le nombre de portefeuilles est directement influencé par cette architecture et également par les équilibres internes de chaque parti. Lorsqu’une formation politique arrive aux affaires (publiques), elle dispose d’un pouvoir de nomination: maroquins, haute fonction publique, ambassades, instances parlementaires, organismes internationaux, et bien d’autres encore… Les postes sont un élément central de l’attractivité des partis.
Chaque leader de parti est soumis à de fortes pressions de la part de ses barons. Même au PJD qui a la procédure la plus transparente et la plus publique, le secrétariat général garde un pouvoir de nomination et d’arbitrage.
Dans tous les gouvernements politiques, le fractionnement des ministères, le nombre de ministres délégués ou de secrétaires d’Etat, de ministres sans portefeuille, indiquent une seule chose: la recherche compliquée d’équilibres entre les égos et les exigences des uns et des autres.
La répartition dans le gouvernement sortant
Un gouvernement n’est pas obligatoirement une répartition pondérée en fonction du poids législatif de chaque parti. Dans le gouvernement sortant, le RNI détenait 8 portefeuilles contre 12 au PJD alors qu’il n’avait que la moitié en nombre de sièges. De plus, les 12 portefeuilles en question tiennent compte du Chef du gouvernement et de feu Abdallah Baha, ministre d’Etat.
Mais la palme revient au PPS qui a détenu 5 portefeuilles pour seulement 18 sièges à la Chambre des Représentants. Avec 12 députés dans la nouvelle Chambre, le PPS ne devrait logiquement pas dépasser deux ou trois portefeuilles.
Les technocrates
Le précédent gouvernement comportait des ministères dévolus à des technocrates:
-l’Education nationale dirigée par Rachid Benmokhtar qui a succédé en octobre 2013 à Mohamed Louafa à l’époque membre de l’Istiqlal. La désignation d’un technocrate avait été interprétée comme la volonté de mettre ce secteur stratégique à l’abri des enjeux politiques.
-l’Agriculture et les pêches maritimes dirigées par Aziz Akhannouch, à l’époque sans étiquette politique. L’objectif était de poursuivre la stratégie sectorielle, en l’occurrence Maroc Vert et Halieutis. Benkirane a déclaré à plusieurs reprises que c’est lui qui avait sollicité Akhannouch pour faire partie de son gouvernement en 2011.
-le secrétariat général du gouvernement, tenu par Driss Dahak.
-le ministère délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, tenu par Nasser Bourita, promu à ce poste après avoir été un brillant secrétaire général du ministère.
Le périmètre de souveraineté
Les ministères de souveraineté dans le gouvernement sortant sont:
-La Défense nationale: portefeuille tenu par le discret Abdellatif Loudiyi.
-Les Habous et les Affaires islamiques: Ahmed Taoufiq.
-Les deux ministères de l’Intérieur (ministre et ministre délégué): Mohamed Hassad et Charki Drais. Dans le gouvernement Benkirane I, ce ministère avait été dirigé par un homme politique, Mohand Laensar.
Des sources non-officielles n’excluent pas que dans le gouvernement Otmani, deux autres ministères sortiront du périmètre politique: les Affaires étrangères où Nasser Bourita est le grand favori et la Justice où la réforme instaurée par la Constitution n’est pas achevée et où le projet de Code pénal a été considérée comme régressif par une partie des courants libéraux de la société.
Le pôle économique, la poursuite des stratégies sectorielles
Le pôle économique restera-t-il dirigé par le RNI? Ce parti a une image d’expertise dans ce domaine. A en juger par les annonces et les engagements des opérateurs étrangers, Moulay Hafid Elalamy a été un exceptionnel VRP du Maroc et il paraît difficile à remplacer à l’Industrie.
Pour ce qui concerne l’Agriculture, Akhannouch a tout fait pour que la profession s’approprie Maroc Vert. Une profession qui apprécie son ministre auquel elle prête non seulement la réussite de Maroc Vert mais également une baraka pluviométrique. Maroc Vert a encore besoin de plusieurs années de travail. Après avoir augmenté la production, les réformes à faire en matière de circuits de commercialisation et en matière de transformation sont indispensables.
La question de la continuité se posera également dans le domaine de la Santé. Lhoussaine Louardi sera très probablement reconduit à la tête de son minisère.
Ceux qui ne vont pas rester
Abdeslam Seddiki et Najib Boulif sont certainement deux erreurs de casting. On ne devrait pas les revoir dans le gouvernement El Othmani. Le premier n’a été ni le ministre des travailleurs ni celui des chômeurs, sa stratégie a été annoncée, diffusée à la fin du mandat gouvernemental, mal vendue auprès de l’opinion.
Najib Boulif se consacrera probablement à son fief de Tanger où il a été élu avec un nombre record de voix, plus de 40.000.
Ceux qui quitteront de toutes les façons
Lahcen Haddad: qui a quitté le Mouvement Populaire pour l’Istiqlal, ce parti ne faisant pas partie de la coalition
Driss Azami El Idrissi et Abdelaziz El Omari: tous deux du PJD, ils se consacreront à leurs mairies (Fès et Casablanca).
Abdelilah Benkirane: il l’a lui-même déclaré, il ne sera pas ministre.
Mohand Laensar (MP): il se consacrera à la région de Fès-Meknès qu’il préside.
Au cours des prochains jours, les articles, supputations, conjectures, rumeurs, manipulations, pressions, vont se multiplier dans la sphère médiatique et les réseaux sociaux. N'oubliez pas ceci: la véritable composition ne sera connue que lorsque les ministres seront en route pour être reçus par le Roi.
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