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Samir: Le syndicat demande l’intervention de l’Etat

Un entretien avec Houcine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national des industries du pétrole et du gaz (CDT). Le syndicat demande une intervention de l’Etat, au moins sous forme de contrôle et d’accompagnement, voire à travers un retour dans le capital.

Samir: Le syndicat demande l’intervention de l’Etat
Mustapha Azougah
Le 28 mars 2017 à 11h45 | Modifié 11 avril 2021 à 1h08

Médias24: Comment évaluez-vous le déroulement du processus de liquidation judiciaire de la Samir?

Houcine El Yamani: Le tribunal a respecté les dispositions du Code du commerce. La situation de l’entreprise, avec un endettement de 43 milliards de DH, a été jugée irrémédiablement compromise.

Nous considérons que le tribunal a pris une décision sage parce que la liquidation permettra la reprise de l’activité et le maintien des emplois.

-La procédure de liquidation n’a-t-elle pas connu un défaut de maîtrise?

-Il s’agit d’un dossier énorme. Le tribunal a fait preuve d’une célérité incomparable par rapport aux dossiers de liquidation qui se trouvent devant la Justice depuis des années.

Ici, il s’agit d’un endettement de 43 milliards de DH et de 500 créanciers. L’entreprise par sa taille et son secteur d’activité, est stratégique dans l’économie marocaine.

Certes, la raffinerie n’a pas redémarré mais le processus de liquidation est engagé, et c’est ce que notre syndicat avait demandé depuis le début.

Nous considérons que le tribunal a respecté les délais fixés par la loi.

-L’évaluation validée par le tribunal n’est-elle pas trop basse?

-L’évaluation est imposée par la loi. Au final, c’est le marché qui va trancher. Pour nous, ce qui est fondamental, c’est le redémarrage de l’activité après la cession.

-Est-ce qu’il n’aurait pas été préférable de confier l’évaluation à un cabinet international et reconnu?

-Nous nous trouvons dans le cadre d’un processus de liquidation judiciaire. La loi impose le recours à des experts agréés auprès des tribunaux.

-Une vente par lots n’aurait-elle pas été plus fructueuse et mieux indiquée?

-Certains actifs, par exemple dans le stockage et l’emplissage, ne peuvent être séparés de l’actif principal qui est la raffinerie.

Pour ce qui concerne les biens fonciers et immobiliers, ils ont été constitués dans le cadre de la politique sociale du groupe.

Le risque de vendre par lots, c’est de liquider seulement une partie et pas la totalité.

Samir: Le syndicat demande l’intervention de l’Etat

Houcine El Yamani: La Samir est un capital pour tout le Maroc, il faut la sauver.

-On est étonné de voir que les prix des villas par exemple, semblent nettement sous-évalués….

-Comme je l’ai indiqué, le prix final sera déterminé par le marché. Il ne s’agit que d’évaluations.

-Des candidats à la reprise des actifs ont demandé un audit social. Est-ce que vous ne craignez pas le résultat?

-Non. La masse salariale ne représente que 1,3% des coûts d’exploitation. Elle a connu une forte baisse au cours des  dernières années, par le biais de trois programmes de départs volontaires. Au contraire, il y a des postes qui ne sont pas pourvus.

En tant que CDT, nous sommes disposés à discuter de toutes les questions qui concernent les salariés.

-Discuter signifie parfois faire des concessions…

-Je ne peux pas vous répondre puisque je ne connais pas les points qui seraient soulevés par le prochain investisseur. Nous sommes toutefois disposés à négocier sur la base de la convention collective de 2005 et de ses avenants. La seule condition que nous posons est d’institutionnaliser le dialogue social.

Nous constatons avec étonnement que le ministère de l’Intérieur refuse de dialoguer avec nous au sujet des derniers événements et pour défendre les droits des salariés qui sont privés de couverture sociale.

-Vous avez appelé au retour de l’Etat dans le capital de la société. En d’autres termes, une nationalisation. En même temps, vous appuyez une cession au capital privé. N’y a-t-il pas une contradiction?

-Nous avons toujours eu une position claire à l’égard de la privatisation. En 1989, nous avons mené une grève de 35 jours à l’issue de laquelle la Samir a été enlevée de la liste des privatisables. Il s’agissait d’une entreprise stratégique et rentable.

-Souhaitez-vous un retour total ou partiel de l’Etat dans le capital du groupe?

-L’un ou l’autre. A travers la Douane, l’Etat est le principal créancier. La collectivité ne peut pas accepter que les créances de l’Etat ne soient pas récupérées, de voir partir en fumée 50 années d’expertise, de perdre autant d’emplois…. C’est le sort d’une ville qui est menacé. Je ne crois pas que l’Etat peut rester spectateur devant ce gâchis.

L’Etat doit intervenir à travers le contrôle et l’accompagnement. Nous souhaitons un retour de l’Etat à travers une conversion des créances en capital ou en reprenant la totalité des actifs.

-Préconisez-vous une protection économique au profit de la Samir?

-Si les dettes sont entièrement effacées, ce qui sera le cas après la liquidation, la Samir ne devrait plus avoir de problèmes. La concurrence au sein du marché ne posera aucun problème à la Samir, surtout si l’Etat crée une Agence de régulation.

-Si l’Etat accorde une protection à la Samir, cela ne pourra se faire qu’aux dépens des importateurs…

-Je tiens à souligner que même dans le cas d’un fonctionnement à plein régime de la raffinerie, la Samir ne pourra couvrir que 50% à 60% de la consommation nationale. L’importation restera donc ouverte.

Nous demandons que l’Etat joue un rôle de facilitateur, d’accompagnement et de soutien. Il faut faciliter les investissements qui se chiffreront en milliards de DH. L’Etat a une responsabilité, il s’agit de ressusciter une société qui emploie 850 personnes et alimente 3.500 emplois à travers la sous-traitance.

-Est-ce que la protection n’est pas contradictoire avec la libre concurrence et les lois du marché?

-La protection à laquelle nous faisons allusion, n’est pas celle qui crée une rente, mais celle qui permettra à la société de se rétablir.

-Avez-vous le sentiment que l’Etat a l’intention d’intervenir?

-Nous demandons à l’Etat de s’asseoir avec nous à la table des discussions et nous fasse part de ses intentions.

Certes, il y a un processus de liquidation que nous louons, mais lorsqu’il atteint son terme, le politique doit intervenir.

-Le politique va donc intervenir en dehors du cahier des charges…

-Il s’agit d’un secteur stratégique. Il y a un travail législatif à faire, dont la création de l’Agence de régulation. Le Maroc a atteint le fond en matière de sécurité énergétique.

La Samir n’est pas uniquement une société de raffinage. Elle a aussi une capacité de stockage de 2 millions de tonnes, dont ne dispose aucune autre société au Maroc.

Nous ne pouvons pas gaspiller un tel capital.

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Mustapha Azougah
Le 28 mars 2017 à 11h45

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