Nasser Zafzafi: ce qu'en dit un chercheur en mouvements islamistes
Taxé tour à tour, d’extrémiste religieux ou de héros pour la cause rifaine, Zafzafi ne laisse personne indifférent. Sollicité par Médias24, Abdellah Rami, spécialiste des mouvements islamistes marocains, s’est livré à l’analyse d’un discours qui montre d’un côté, selon lui, une improvisation en termes de projet de société et de l’autre, un vrai penchant pour un rigorisme islamisant.
Quelques heures après son interpellation, Nasser Zafzafi divise toujours autant la société marocaine entre ceux qui le considèrent comme le meilleur réceptacle de leurs revendications socio-économiques et une majorité de citoyens qui pense qu’il a dépassé les bornes par ses violentes diatribes dans un lieu de culte.
Alors que l’imam recommandait, dans son prêche à la mosquée, d’éviter la fitna (discorde) en demandant à ses ouailles de sauvegarder la sécurité du Maroc menacée par les appels à la désobéissance, Zefzafi lui a répondu très violemment avec un discours aux forts relents extrémistes:
"Ces imams émettent des fatwas pour que les gens du Golfe viennent violer nos femmes et nos enfants (…) Que signifie la Fitna quand les chaînes de télévision d’Etat diffusent des images de femmes dénudées dans le cadre de Mawazine? Cet imam est un charlatan qui émet des Fatwas avec le Makhzen pour violer nos femmes", a vociféré celui qui se considère comme le seul porte-parole des laissés pour compte.
Interrogé par notre rédaction, Abdellah Rami confirme le fait que Zefzafi utilise des éléments de langage religieux chers aux frères musulmans et à la Salafiya d’origine wahhabite.
"Personne ne connaît vraiment le parcours idéologique de Zefzafi mais il est désormais clair qu’il est fortement influencé par les positions rigoristes des extrémistes. Le fait qu'il ait manifesté, publiquement dans le passé, un immense respect pour l’ex-djihadiste Fizazi opposé à l'Etat marocain et qui n’était pas vraiment un modèle d’ouverture, prend une toute autre signification aujourd'hui" avance Rami pour expliquer l'intolérance dont a fait preuve Zefzafi dans la mosquée de sa ville.
Selon le chercheur, ses positions changeantes jettent le trouble et même le discrédit sur la sincérité de son supposé combat au service exclusif du développement économique de sa région natale.
Tantôt de gauche avec le portrait de Mehdi Ben Barka exhibé derrière lui puis séparatiste amazigh avec celui de l’émir Abdelkrim Khattabi, fondateur de l’éphémère république du Rif, Zafzafi n’a pas de vrai parcours politique linéaire car "ce populiste n’est au final qu’un produit de l’hyper-mondialisation".
"Il doit son succès à son populisme qu’il revendique, haut et fort, en se vantant de parler la langue du peuple que les acteurs politiques (hormis Benkirane) sont incapables de pratiquer. Même s’il instrumentalise à dessein la religion dans sa région fortement conservatrice, ses citations précises et récurrentes montrent qu’il a eu une activité militante et une éducation religieuse dans une association religieuse. Vu qu’il rejette le PJD, il est fort probable qu'il soit passé par celle de Al Adl Wal Ihssane ou par celle du Tabligh qui enseignent ce genre de réthorique", avance notre expert.
Zefzafi serait donc le produit de cette vague d’islamistes apparue lors des printemps arabes qui essaye de reprendre la main à chaque événement tragique comme la mort du poissonnier Fikri qui a été le point de départ de la contestation d'El Hoceima.
"Tout comme Benkirane qui avait surfé sur la vague du mouvement du 20 février, il se contente de dire tout haut ce que les habitants de sa région et d’ailleurs pensent tout bas. Il n’a pas aucun projet de société mais celà ne l'empêche pas de cartonner auprès de ses partisans par sa spontanéité. C'est un mouvement hétéroclite qui rassemble des rifains mais aussi des leaders salafistes comme Haddouchi ou Kettani qui lui ont manifesté leur soutien. Ses live très suivis sur Facebook peuvent être dangereux car ils montrent qu’aucun acteur politique n'est capable de répondre à la surenchère de celui qui se revendique comme l’héritier de Khattabi", conclut Rami qui ajoute que Zefzafi aime flatter l'égo des habitants de sa région en opposant leur dignité à l'absence de valeurs des autres habitants du Maroc.
Depuis l’apparition de l’outil internet, n’importe quel populiste comme Zefzafi, doté d’un certain charisme, peut désormais se faire connaître à chaque crise que traverse le pays. Alors que l’on pensait que l’échec des mouvements tunisiens Ennahda et des frères musulmans égyptiens n'étaient plus qu'un lointain souvenir, l'auto-proclamé chef des contestataires rifains a montré que le populisme islamiste avait encore de beaux jours devant lui.
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