Un livre sur la guerre en Syrie évoque les jihadistes marocains
Qui sont les jihadistes marocains de Syrie? Pourquoi se sont-ils rendus dans ce pays? Que devient Fatiha Mejjati, la célèbre jihadiste marocaine? Des réponses sous forme de témoignages sont apportées dans le nouveau livre de David Thomson, "Les Revenants".
Après son premier livre, "Les Français djihadistes", David Thomson, journaliste spécialisé, revient avec un nouveau. Toujours avec le même thème, ce livre est lauréat du Prix Albert Londres 2017. Son titre: "Les Revenants".
Un livre composé de témoignages de jeunes Français, souvent d’origine maghrébine, partis servir Da’ech ou encore l’unité Harakat "Sham al-Islam" en Syrie, créée et composée en majeure partie de Marocains.
Proche d’Al Qaïda, "Harakat Sham al-Islam" a été fondée par un ancien détenu de Guantanamo, le Marocain Ibrahim Benchekroun, tué au combat en 2014. Elle a combattu le régime syrien depuis le printemps 2014. Décimée, décapitée, il n’est pas sûr qu’elle existe encore.
Que sait-on alors sur ces Marocains, partis combattre en Syrie?
D’après le témoignage de Bilel, Français d’origine marocaine, de retour de Syrie, l’unité "Harakat Sham al-Islam" était souvent envoyée en première ligne lors des combats. Tandis que les Syriens, eux, restaient à l’abri.
Il cite: "Oui, ils se sont servis d’eux pour combattre notamment à Kassab, quand il y’a eu la grande bataille. J’ai vite compris que, dans les combats, les Syriens restent derrière et ils envoient les muhajirin [migrants], ceux qui ont fait la hijra, les étrangers quoi, ils les envoient au casse-pipe. C’est là que j’ai compris la mentalité".
On peut aussi lire dans le livre, le témoignage de Kevin, un Français converti, lui aussi de retour de Syrie.
Kevin était un membre de "Harakat Sham al Islam". Selon lui, cette dernière était l’ennemi de Da'ech en Syrie. L’unité de jihadiste marocains reprochait à Da’ech de tuer des musulmans.

Que devient la jihadiste marocaine Fatiha Mejjati?
On retrouve dans le livre de David Thomson un nom très connu du monde terroriste, parmi les jihadistes marocains les plus populaires au sein de Da’ech en Syrie, une femme.
Il s’agit de Fatiha Mejjati, Oum Adam.
Cette femme tient en 2014 une madafa à Raqqa.
La madafa est la maison principale des femmes célibataires, veuves ou divorcées de Da'ech. Oum Adam est qualifiée par David Thomson de femme très redoutée, intellectuelle et parfaitement francophone.
Veuve d’un ancien vétéran franco-marocain jihadiste, qui a fait l’Afghanistan. Elle disait aux filles de sa madafa: "vous êtes rien, moi mon mari a fait l’Afghanistan. On est toutes l’ombre de nos maris".
Lena, une jihadiste issue d’un milieu populaire en France, d’origine algérienne, a connu cette marocaine lorsqu’elle est partie rejoindre un Français qu’elle avait connu sur internet, en Syrie.
Lena témoigne qu’elle était le souffre-douleur de Oum Adam, elle la décrit comme une "dominatrice, hautaine et vachement intelligente", "elle se comporte comme une baronne, elle croit qu’elle dirige une mafia. Elle est presqu’admirée par les hommes. Elle est écoutée et respectée. Ils la voient vraiment comme une grande femme, donc il suffit qu’elle le demande pour que la personne soit punie".
Oum Adam gère et se fait obéir de toutes les femmes de la maison, elle s’occupe aussi de l’organisation au sein de sa madafa des mouqabalat (rencontres). Il s’agit de rendez-vous de 10 minutes des filles de la maison avec des homme de Da'ech désirants se marier, une sorte de speed dating halal. C’est le seul moyen pour les filles de quitter la maison commune.
Elle avait des esclaves yézidies capturées en Irak, qu’elle traitait d’une horrible manière, raconte Lena, de retour en France.
Pourquoi sont-ils partis? Pourquoi sont-ils revenus?
Ces personnes ne viennent pas toutes du même milieu social, n’ont pas les mêmes intentions ni les même motivations. Mais toutes sont parties rejoindre le jihad, dans l’espoir d’une vie meilleure. Certains sont rentrés en France tandis que d’autres sont restés. Certains sont revenus ou reviendront au Maroc (NDLR).
Yassin par exemple, 23 ans, un des revenants, avait obtenu son bac avec mention bien.
Ce qui les a poussé à partir: Les réseaux sociaux et les mosquées de banlieue, sont selon lui, inondés de membres de Da'ech qui ne ratent aucune occasion pour inviter des personnes à les rejoindre, en Syrie.
Certains ont juste posé une question d’ordre religieux, dans un forum dédié à la cause, et se sont retrouvés par la suite en plein débat sur le jihad. D’autre ont comblé leur vide en fréquentant les mauvaises personnes, rencontrées dans la mosquée du quartier. C’est le cas de Zoubeir, 20 ans lui aussi de retour en France.
Souvent le but de ces discutions n’est pas anodin, les membres du jihad guettent les potentiels nouveaux membres. Ils discutent avec eux, cernent leurs besoins et leurs font des promesses (appartement, voiture, argent..)
En leurs faisant croire que le jihad est un devoir pour tous les musulmans, ils réussissent à les convaincre d’aller en Syrie pour combattre.
Souvent négligés en France, ces jeunent trouvent dans le jihad la solution a tous leurs problèmes, ou alors une sorte d’échappatoire vers un pays qui leurs donnera de la valeur et prendra soin d’eux. Ils tentent alors leur intégration au sein de Da'ech.
L'organisation se fait passer pour un groupe uni et soudé. En réalité d’après les témoignages "des revenants" ceci n’est qu’une illusion.
Entre violence, torture, abus de pouvoir, les Français qui ont sauté le pas racontent
Cependant, la marche arrière s’avère être une manœuvre des plus délicates pour ceux qui souhaitent revenir.
"Tout départ est désormais interdit. Tout désir de retour en arrière peut être assimilé à de l’espionnage. Or, une condamnation pour espionnage au sein de Da'ech peut déboucher, en dernier ressort, sur la peine de mort", écrit David Thomson.
Pourtant certains Français sont parvenus à rentrer, d’autres ont été envoyés ou se sont rendus eux-mêmes sur place afin d'y mener des attentats, d'autres, sont capturés et renvoyés de force dans leurs pays, alors que quelques-uns, enfin, sont pris de remords ou déçus par leur expérience au sein de l'organisation terroriste.
C’est le cas de Bilel, un des "revenants". Sa prise de conscience l'a conduit à revenir, en appelant les autorités consulaires françaises pour organiser sa réception aux frontières turque. Le déclic, dit-il, "c'était les attentats de Paris".
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