img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Reportage AFP. Entre le Maroc et Sebta, le travail de forçat des “femmes-mulets”

A la frontière entre le Maroc et Sebta, des milliers de femmes marchent le dos plié sous le poids de leurs ballots de marchandises, forçats d'un commerce structuré et prospère.

Reportage AFP. Entre le Maroc et Sebta, le travail de forçat des “femmes-mulets”
Par
Le 6 octobre 2017 à 11h15 | Modifié 6 octobre 2017 à 11h15

Au Maroc, on les appelle les "hamalates" (porteuses), de l'autre côté de la frontière les "mujeres mulas" (femmes-mulets), en raison des colis, parfois plus lourds qu'elles, qu'elles transportent, harnachées comme des bêtes de somme.

Il fait encore nuit quand une file disciplinée se forme devant le petit poste-frontière réservé aux passeurs piétons, sur une colline qui domine les eaux de la Méditerranée, entre la ville marocaine de Fnideq et Sebta, qui jouit d'un statut de "port franc".

Au petit matin, après les contrôles de routine, les porteuses entrent à Sebta, d'un superficie de 18,5 km2.

"C'est la première fois que je fais ce travail!" souffle Fatima, la trentaine, emmitouflée dans une djellaba rouge, un foulard gris sur la tête.

Le chemin mène à une zone commerciale construite en 2004 près de la douane pour désengorger le centre-ville, autrefois embouteillé par les milliers de commerçants marocains qui venaient là quotidiennement pour s'approvisionner.

D'immenses hangars de tôles ondulées abritent toutes sortes de marchandises: vêtements importés de Chine, produits ménagers et alimentaires, objets de décoration... Les prix sont affichés en euros, mais tout se paye en dirhams.

Piétinées

A l'entrée de chaque hangar, des dizaines de "femmes-mulets" suivent les instructions: elles ne sont pas là pour choisir la marchandise ou négocier, seulement pour la transporter.

Elles chargent d'imposants sacs rectangulaires accrochés à l'aide de cordes, puis récupèrent un ticket mentionnant le montant qu'elles encaisseront une fois leur mission accomplie.

"La corde me fait mal, le sac est très lourd, on m'a dit qu'il pèse 50 kilos mais je ne peux pas vérifier", se lamente Fatima, le dos plié sous le poids.

Fatima et les autres prennent le chemin du retour, livrent à Fnideq la marchandise, qui n’est soumise à aucune taxe contrairement à celle transportée par des véhicules via le poste-frontière officiel, et récupèrent leur dû: quelques dizaines d'euros en fonction du poids et de la nature des produits.

Elles seraient 15.000 à exercer ce travail, même si moins du tiers passe chaque jour, les autorités de Sebta ayant établi début 2017 un quota quotidien de transit de 4.000 porteurs.

Des ONG marocaines et espagnoles dénoncent régulièrement la "situation humiliante et dégradante" de ces femmes qui travaillent au péril de leur vie. Depuis le début de l'année, au moins quatre sont mortes, piétinées dans des bousculades.

"Les entrepôts sont tenus essentiellement par des contrebandiers, Marocains ou d'origine marocaine, qui exploitent les porteuses", assure Ahmed Bouyouzane.

Ce journaliste basé à Fnideq suit depuis plusieurs années ce "trafic organisé, contrôlé par des gens qui ont des connexions avec la douane".

"Contrebande organisée"

"Ce que nous essayons de montrer, c'est que ces femmes sont les victimes d'une contrebande organisée qui sert les intérêts de quelques acteurs soutenus par leurs liens privilégiés avec les autorités locales", le tout sur fond de corruption, explique Mohamed Benaïssa, président de l'Observatoire du nord des droits de l'Homme.

Selon lui, "ces lobbies sont constitués par les contrebandiers de Sebta qui soudoient des douaniers pour que la marchandise ne soit pas contrôlée, et par ceux qui réceptionnent côté marocain et stockent dans des garages à Fnideq avant de redistribuer" sans payer de taxes.

Ce commerce transfrontalier génère un autre trafic: celui des certificats de résidence. En vertu d'un accord entre le Maroc et l'Espagne, les Marocains résidant dans les villes proches (Fnideq, M'diq, Martil et Tetouan) n'ont pas besoin de visa pour accéder à Sebta.

Or, 65% des femmes porteuses ne résident pas dans les villes exemptées de visa, selon Mohamed Benaïssa, qui souligne qu'aucune des quatre décédées en 2017 n'était de la région.

Ces travailleuses journalières venues d'autres régions doivent payer un pot-de-vin (de 300 à 500 euros) pour obtenir une domiciliation dans l'une de ces quatre villes et être ainsi exemptées de visa, d'après des témoignages recueillis sur place.

"Les autorités ont sanctionné par le passé certains fonctionnaires pour ces pratiques", assure M. Benaïssa.

Ahmed Bouyouzane accuse, lui, "des fonctionnaires locaux de s'être enrichis grâce à ce trafic" et fustige des "responsables de la police et de la douane corrompus".

(Avec AFP)

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 6 octobre 2017 à 11h15

à lire aussi

Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025
ECONOMIE

Article : Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025

À fin mars 2026, les échanges extérieurs du Maroc ont été marqués par une hausse des importations de biens d’équipement de 10,2 milliards de DH par rapport à fin mars 2025, tandis que les exportations du secteur automobile ont progressé de 12,1%. Détails.

IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025
ECONOMIE

Article : IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025

DATA. À fin mars 2026, les recettes IDE se sont établies à 12,12 MMDH, en baisse de 13,1% par rapport à fin mars 2025.

Mondial 2026 : Youssef Amrani visite les stades où jouera le Maroc
Quoi de neuf

Article : Mondial 2026 : Youssef Amrani visite les stades où jouera le Maroc

L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a effectué une tournée diplomatique en Géorgie et dans le Massachusetts. Entre préparatifs de la Coupe du monde de football 2026 et renforcement des alliances économiques, cette visite marque une nouvelle étape dans la "diplomatie de proximité" entre Rabat et les grandes métropoles américaines.

Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”
DIPLOMATIE

Article : Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”

À l’issue du dialogue stratégique Maroc-Allemagne tenu à Rabat, Berlin a réaffirmé son soutien à l’Initiative marocaine d’autonomie, jugée "sérieuse et crédible" pour le règlement du dossier du Sahara, estimant qu’une "véritable autonomie sous souveraineté marocaine" constitue l’option la plus réaliste, tout en annonçant son engagement à agir en cohérence sur les plans diplomatique et économique.

Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès
Energie

Article : Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès

À l'Université Euromed de Fès, le cluster marocain de l'hydrogène vert (Green H2) a réuni experts, industriels et académiques autour des enjeux et défis de la filière, avec un focus sur ses deux produits stratégiques que sont le méthanol et l'ammoniac verts.

Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026
ECONOMIE

Article : Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026

Les recettes voyages ont atteint 31 MMDH à fin mars 2026, en hausse de 23,5% sur un an, selon les données provisoires de l’Office des changes.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité