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ECONOMIE

“Steel Impulse”: Les sidérurgistes essaient de se regrouper et présentent une première étude

Créé par l'Association des Sidérurgistes du Maroc, Steel Impulse est une sorte de think tank visant à accompagner le secteur à travers une approche participative sur ses problématiques.

“Steel Impulse”: Les sidérurgistes essaient de se regrouper et présentent une première étude
Sara El Hanafi
Le 15 novembre 2017 à 17h06 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

"La sidérurgie est un secteur complexe, mais stratégique, dont nous avons énormément besoin". C’est ainsi que Moulay Hafid Elalamy, ministre du Commerce et de l'Industrie, a entamé son allocution d’ouverture au séminaire "Steel Impulse", organisé ce 14 novembre à Casablanca.

Steel Impulse, c'est aussi une sorte de think tank pour le secteur, qui se veut "un véhicule innovant de réflexion et de sensibilisation, développé par l’Association des Sidérurgistes au Maroc (ASM) dans le but d’accompagner la filière à travers une approche participative sur les problématiques du secteur."

L’enjeu est grand eu égard à l’objectif économique du secteur et son étroite liaison à toute l'industrie en général. La sidérurgie est directement et indirectement un grand pourvoyeur d’emplois, et peut catalyser tout comme freiner l’industrialisation d’un pays, ainsi que ses exportations. En 2016, le secteur employait près de 5.000 personnes, a réalisé 10 MMDH de chiffre d’affaires et 1,1 MMDH de valeur ajoutée au PIB.

Pour Steel Impulse, le commencement a été d’établir une "étude de perception" auprès de parties prenantes publiques et privées du secteur, afin de recueillir leurs opinions et recommandations autour des problématiques de la sidérurgie marocaine.

L’étude en question a révélé plusieurs lacunes perçues par lesdites parties prenantes, comme notamment la consommation colossale du secteur en énergie, qui se répercute sur les coûts. Le secteur demeure également dépendant du BTP, créant ainsi un manque de diversification de ses débouchés qui ralentit son rythme de croissance.

Les sondés estiment également que la sidérurgie marocaine demeure en deçà des performances internationales en matière de gestion de la logistique. Les coûts y afférents sont élevés et non optimisés, et le circuit logistique est souvent archaïque et traditionnel, ne permettant pas d’assurer un suivi ni un contrôle assidus.

"Le point le plus clivant au niveau de cette étude a été la qualité des produits marocains", affirme Hatim Benjelloun, du cabinet Radius ayant réalisé l'étude. «Si certains jugent que la qualité du produit marocain n’a rien à envier aux standards internationaux, d’autres estiment que des efforts sont à faire pour s’aligner à ces standards. Certains relativisent et précisent que la qualité est variable selon les types de produits».

D'une autre part, les recommandations qui ressortent de l'étude sont diverses. En matière de coût de la matière première, les sondés recommandent une intégration des autres filières en amont grâce à une restructuration de la récupération de la ferraille, ou la création d’une filière de démantèlement des navires, entre autres. Quant au coût de l’énergie, les parties prenantes préconisent d'exploiter la loi 13-09 sur les énergies renouvelables, et de s’inspirer de l’exemple des cimentiers pour tendre vers l’autoproduction.

Par ailleurs, il est recommandé au secteur de capitaliser sur une stratégie d’export agressive: "Les sidérurgistes marocains pourraient se réunir en groupement d’intérêt économique et signer des conventions avec le ministère de tutelle afin d’attaquer des marchés internationaux, tout en faisant évoluer la norme marocaine", souligne M. Benjelloun.

Les opérateurs du secteur visent en particulier le marché de la Cedeao: "Avec le Maroc qui prépare son entrée dans cet énorme marché africain, nous nous retrouverons comme l’un des rares producteurs dans la région, qui peut répondre à tous les besoins de celle-ci", affirme Amine Louali, président de l'ASM et directeur général délégué de Maghreb Steel.

Celui-ci ajoute, non sans ambition: "Nous avons en filigrane un modèle qui a prouvé son succès, à savoir le modèle turc. Le pays ne dispose ni de matière première ni d’énergie, mais il est le 4e producteur d’acier au monde".

Accrochés à l’Etat

Pour arriver toutefois à opérer un tel tournant, beaucoup capitalisent sur le soutien et l’accompagnement de l’Etat. Le secteur demeure caractérisé par une surproduction et une surcapacité mondiales, conduisant à des pratiques non concurrentielles, comme le dumping, ou la vente à perte pour gagner des marchés.

"Cela a entraîné une chute des prix qui a fait mal à beaucoup d’opérateurs dans le monde et au Maroc", explique Moulay Hafid Elalamy.

Le ministre évoque le cas de Maghreb Steel, qu’il défend ardemment: "Avec les mesures antidumping instaurées pour Maghreb Steel, on nous a hués, on a essayé de nous intimider, on nous a même accusés de protectionnisme. Mais tant qu’il y a encore du dumping, l’engagement de l’Etat ne baissera pas", lance le ministre sous un tonnerre d’applaudissement.

Le ministre occulte un point essentiel: les mesures antidumping renchérissent le coût pour l'ensemble de la chaîne de production industrielle marocaine. Elles demeurent contestées par beaucoup d’industriels marocains qui se retrouvent pénalisés par le renchérissement de cette matière première vitale à la chaîne industrielle. Pour leur part, les grands marchés convoités par les sidérurgistes marocains, à savoir l’aéronautique ou l’automobile, exercent dans des zones franches non soumises à ces mesures, et là est toute la contradiction.

A noter que les deux filières produits longs (Sonasid: ronds à béton, fil machine) et les produits plats ne vivent pas les mêmes problématiques. Chaque filière mérite une étude à part. En aval, la sidérurgie peut être alourdie par les conséquences de mesures de protection. Quant à la comparaison avec le modèle turc, elle fera sourire quiconque connaît le domaine... Et pourquoi pas la Corée pendant qu'on y est...

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Sara El Hanafi
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