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ECONOMIE

Mohammedia, ville en détresse

ENQUETE. D’une ville industrielle, énergique et énergétique, Mohammédia s’est vue réduite au statut d’une cité dortoir. Les difficultés financières de Samir et Buzzichelli,  deux ex-mastodontes de l’industrie, ont fait sombrer la ville dans une grosse déprime.  

Mohammedia, ville en détresse
Nabila Fathi
Le 5 décembre 2017 à 18h18 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

"Dans les rues de Mohammedia, il m’arrive souvent d’être interpelé par des visages familiers qui m’interrogent, les yeux hagards, sur le devenir de la Samir. J’ai le cœur serré à la vue de ces anciens salariés de sous-traitants de la raffinerie reconvertis en marchands ambulants. Leur vie a basculé alors qu’ils avaient des salaires confortables variant entre 5.000 et 7.000 DH et une situation stable. Jamais la ville n’a connu pareille explosion des ferrachas que depuis les difficultés de la Samir", nous raconte,  la voie émue, Houcine Yamani, secrétaire général du Syndicat national des industries du pétrole et du gaz (CDT).

Les différentes vies de Mohammedia

Yamani peut écrire des livres sur Mohammedia d’aujourd’hui, mais également celle d’antan. Dépeindre Fédala des années post indépendance et la cité des années 2000-2010, avec en filigrane la privatisation de la Samir, la décision du tribunal de la liquider, les difficultés à attirer des acheteurs solvables et crédibles, les angoisses des salariés et leurs familles, la période de gloire de Buzzichelli, par moments, premier employeur de Mohammedia, et aujourd'hui en redressement judiciaire, tout l’écosystème industriel qui gravitait autour des deux mastodontes … et puis la vie qui semble s’arrêter.   

"Les gens de Mohammedia connaissent bien l’histoire de leur ville. Son nom est intimement lié à celui de la Samir. Fédala a été rebaptisée par Mohammed V en 1959 à l’occasion de l’inauguration de la raffinerie et depuis elle a pris l’étiquette de capitale de l’énergie. Difficile de  s’en départir, n'est-ce pas?", s'interroge Yamani, nostalgique de ces années fastes.

"Par le passé, faire partie de l’entreprise conférait un statut de notable. Aujourd’hui, plus de 1.000 familles retiennent leur souffle chaque fin de mois en priant pour que les salaires soient versés", déplore pour sa part Mehdi Mezouari, membre du conseil de la ville de Mohammedia.

Mohammedia en mal de vocation

"Depuis l’indépendance, la vocation de Mohammedia a été tracée: une capitale énergétique et industrielle: Samir, Buzzichelli, centrale thermique, port pétrolier…. Mais elle est en train de perdre sa vocation et je crains que ce soit irréversible. Il ne nous reste plus que la centrale thermique et ses nuages noirs qu’elle répand sur la ville", poursuit cet élu Usfpiste.

"Mohammedia respire par la Samir. Lâcher la raffinerie, c’est signer l’arrêt de mort de Mohammedia", prévient Mezouari.

Pour sauver la cité, l’élu préconise de mettre en place un plan d’urgence avec le patronage du Roi.

"Il faut un montage financier en bonne et due forme, des projets ficelés, des fonds pour relancer la machine. Mais avant tout cela, il faut définir une vocation. La ville n’est ni touristique, ni industrielle, ni de services. Elle se limite aujourd’hui au rôle de ville dortoir pour les gens qui travaillent à Casablanca. Mais ce n’est pas une vocation pour une ville de taille moyenne", ajoute-t-il.

"Les recettes de la communes ne permettent pas actuellement de faire revivre la ville. Elles arrivent à peine à payer les charges de fonctionnement. La Samir rapportait annuellement entre 15 et 16 MDH à la commune. Elle participait à la vie sportive, environnementale, culturelle, sociale…  Maintenant, il faudra chercher des alternatives", poursuit-il.

Une ville industrielle, mais également un pôle urbain

Selon nos interlocuteurs, plus de 90% des salariés de la Samir habitent à Mohammedia. Ils avaient été séduits par des programmes de logements développés par la raffinerie et permettant au personnel l’accès à la propriété à des conditions avantageuses.

Tout un écosystème s’est alors développé: des écoles, des commerces, des lieux de loisirs… pour répondre aux besoins d’une population disposant d’un bon pouvoir d’achat. Chaque année, les salaires nets versés avoisinaient 1,5 MMDH, selon M.Yamani.

"Il y a quelques jours, nous avons fait un petit calcul qui a conclu que 10% des habitants de la ville vivaient de la Samir. Ce calcul prend compte des salariés et leurs familles, mais également des sous-traitants", selon Yamani.

"Au vu des difficultés de la Samir et plus récemment de Buzzichelli, la vie économique est au ralenti. Plusieurs ménages ont été contraints de changer d’écoles à leurs enfants, optant, à leur corps défendant, pour le système public. Le défi pour eux est de répondre aux dépenses incompressibles comme la nourriture, l’eau et l’électricité, le loyer ou le crédit immobilier… C’est un drame sur le plan psychologique. Certains couples n’y résistent pas et arrivent au divorce", confie M. Mezouari.

Le Chef du gouvernement appelé à la rescousse

"Nous avons saisi plusieurs fois Saâdeddine Elotmani pour l’alerter sur la gravité de la situation. Il a semblé sensible à cette problématique et a même proposé de créer l’agence de développement de Mohammedia, un hôpital provincial… . C’était il y a quatre mois", confie M. Mezouari.

"Nous l’avons également sensibilisé sur les problèmes de baisse des recettes de la commune. Il avait promis de régler ces problèmes en augmentant sa part dans la TVA collectée, mais au final rien n’a été fait.

"Idem pour les problèmes de pollution. Mais il ne fait que promettre sans qu’aucune action concrète ne suive".

Et la Samir?

"Nous n’avons pas évoqué ce sujet, sachant qu’il est éminemment politique", répond Mezouari.

La seule prise de position officielle sur ce dossier est celle de Aziz Rabbah, ministre de l'Energie et des mines. Intervenant devant la chambre des conseillers, le 14 novembre, il avait déclaré que "les retombées économiques de la crise de la raffinerie étaient obsolètes".  

La déclaration de trop pour que la cité des roses broie du noir un peu plus. 

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Nabila Fathi
Le 5 décembre 2017 à 18h18

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