L'industrie textile prépare le retour du Maroc sur l'échiquier international
Tout un symbole! Les vieux locaux du complexe textile de Fès (une usine de 15 hectares) vont probablement accueillir un important investissement, capable d’employer 6.000 à 7000 employés. C’est ce qu’a annoncé MHE, ce dimanche 21 janvier dans le cadre des assises régionales du RNI pour la région Fès-Meknès. L’occasion pour le ministre de rappeler les délocalisations en cours, dans l’industrie chinoise et l’opportunité historique qu’elles représentent pour le Maroc.
Le coût du travail est en train d’augmenter à un rythme effréné en Chine. Le renchérissement des salaires y est même souhaité par le pouvoir, qui opte pour un nouveau modèle de développement, dont le moteur est la consommation interne. L'ancien modèle était basé depuis les années quatre-vingt sur les exportations à bas prix.
L’ouvrier chinois gagnait en 2016, 3.6$/heure (contre 1.2$ en 2005). Il gagne déjà plus que son homologue roumain et ne tardera guère à dépasser l’ouvrier portugais (4,5$/h)!
Une conséquence mécanique de cette hausse des coûts de production est la perte de compétitivité de certains produits chinois sur le marché international. C’est le cas des textiles, grands consommateurs de main-d’œuvre.
Il n’en fallait pas plus au ministre de l’Industrie marocain, M. Elalamy, pour clamer haut et fort que le Maroc a des chances de récupérer une partie des marchés européens que l’empire du milieu perd ces dernières années. Les exportations de ce dernier vers l’UE ont en effet baissé de 8% en 2016 et de 2%, à fin août 2017.
Cependant, la partie s’annonce serrée, car dans une industrie textile fortement mondialisée, tous les pays veulent leur part du gâteau délaissé par l’ogre chinois.
Atouts de la concurrence
1/ Le Maroc n’est pas un pays à bas coûts! Les champions dans ce registre sont d’abord les pays du sous-continent indien (Inde, Bangladesh, Sri Lanka et Pakistan) qui continuent de gagner des parts du marché européen. Ces dernières ont progressé de 5% en 2016 et 2,5% à fin août 2017.
2/ La force de l’offre chinoise n’est pas tant ses prix mais plus sa diversité et la capacité de ses industriels à mettre au point et à produire dans des délais records, tous les nouveaux intrants imaginés par les bureaux de style occidentaux.
3/ Les fournisseurs chinois ne restent pas les bras croisés et ont déjà opéré de grands mouvements de délocalisation vers des pays à bas salaires tels que le Vietnam et le Cambodge (déjà 5ème et 6ème fournisseurs de l’UE). D’autres pays profitent pleinement de la manne chinoise comme le Laos (qui affiche 60% de croissance de ses exportations vers l’UE ces deux dernières années) et dans une moindre mesure, l’Ethiopie ou le Nigeria.
Les commandes des donneurs d’ordre occidentaux pouvant supporter des délais d’approvisionnement importants (plus que 6 semaines) continueront donc d’être adressées aux industriels chinois (installés en Chine ou dans les pays à bas coûts déjà cités) ou aux Indiens (plus particulièrement aux Bangladais dont le salaire minimum est à 500 DH/mois)).
L’offre marocaine
Le Maroc ne peut rivaliser ni avec la variété de l'offre chinoise, ni avec les petits prix indiens. L'avantage concurrentiel du Maroc est sa proximité géographique avec l’Europe. Cependant, et contrairement à la Turquie, l’amont du textile national est très peu développé. Les exportateurs marocains sont à chaque fois obligés d’importer leurs semi-finis afin de répondre aux besoins de leurs donneurs d'ordre. Autant dire que l’avantage de proximité n’est que peu exploité !
Grâce à une meilleure concertation entre industriels et officiels, l’ensemble des acteurs nationaux semble aujourd’hui décidé à pallier le manque d'integration du textile marocain.
Dans le cadre des contrats-performances signés entre la profession et le ministère de tutelle, des écosystèmes précis ont pu être définis et leurs lacunes ont été identifiées. Les investisseurs potentiels sont donc clairement incités à combler ces failles précisement, au lieu de s’éparpiller dans les innombrables créneaux qu’offre cette industrie.
Ainsi et au lieu de subventionner des filatures (production de fils) n'ayant aucun impact sur la compétitivité globale, il est plus efficient d’inciter des "délaveurs" italiens ou espagnols à venir investir dans le traitement final du denim, afin d’apporter des capacités et des savoirs-faire supplémentaires à l’offre marocaine.
Un autre exemple: au lieu d’encourager l’installation des tisseurs (production de tissus écrus), il est plus utile d’encourager l’installation d’imprimeurs créatifs, capables d’offrir aux exportateurs marocains, de nouveaux "motifs", en phase avec les besoins changeants du marché du fast-fashion.
La clarté et la générosité du «package» incitatif du gouvernement actuel a déjà séduit plus d’un investisseur, et les projets actés ces deux dernières années, y compris dans l’amont de la filière, promettent un meilleur avenir. L’AMITH et les officiels communiquent peu sur les identités des investisseurs, mais l'importance des montants engagés (4,13 MMDH) ne laisse aucun doute, quant au retour du Maroc sur l’échiquier mondial du textile.
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