Contrefaçon de médicaments: que fait le Maroc pour protéger ses citoyens?
Le ministère de la Santé a organisé, les 23 et 24 février à Skhirat, les 2èmes Assises nationales du médicament et des produits de santé, avec pour thème "La lutte contre les médicaments falsifiés en Afrique". Face à cette pandémie mondiale qui brasse plus d’argent que le trafic de drogue, le Maroc parvient-il à protéger ses citoyens ? Et quel est l’apport de ces assises dans la lutte contre ce fléau ?
Le continent africain était représenté en force lors des 2e Assises du médicament, avec pas moins de 16 délégations et 10 ministres de la Santé. Il faut dire que la contrefaçon de médicaments est une véritable calamité pour l’Afrique qui, selon l’OMS, accueille 42% des faux médicaments produits dans le monde.
"La conjonction de multiples facteurs, comme la mondialisation des échanges et l’accès du crime organisé à des technologies sophistiquées a contribué à l’ampleur du phénomène, faisant de la falsification de médicaments une pandémie planétaire. L’intensité du fléau a récemment atteint un niveau sans précédent, menaçant l’équilibre sanitaire mondial. Comme pour toutes les activités illégales, il est difficile d’estimer avec précision l’ampleur du trafic", souligne le ministre de la Santé, Anas Doukkali.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avance de son côté quelques chiffres alarmants: 10% des médicaments dans le monde sont contrefaits, causant chaque année plus de 700.000 morts. Un business criminel mais extrêmement lucratif, avec un chiffre d’affaires évalué à plus de 75 MM de dollars.
"Résolution de Rabat" : harmoniser les législations et durcir les sanctions
Si, tout au long de ces Assises, les intervenants se sont relayés pour définir les contours de ce phénomène, l’événement a aussi connu des actions concrètes – notamment la signature de 4 protocoles d’accord bilatéraux, ainsi que l’adoption de la ‘’Résolution de Rabat’’.
Les protocoles d’accord ont été signés par le Maroc et, respectivement, le Bénin, le Burkina-Faso, le Cap-Vert et la République centrafricaine.
La ‘Résolution de Rabat’ réunit 11 pays au côté du Maroc: le Gabon, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Sénégal, le Niger, le Tchad, le Mali, ainsi que les 4 pays mentionnés plus haut.
Dans le détail, les grands axes de cette résolution portent sur :
-l'harmonisation des politiques et règlementations pharmaceutiques. Notamment à travers la création de l’Agence africaine du médicament, sous l’égide de l’Union africaine.
-la coopération accrue et l’échange de données entre pays africains.
-l'harmonisation des sanctions. Ce qui est encore plus problématique en Afrique, vu que de nombreux pays ne disposent pas d’autorité de contrôle.
-les circuits d’approvisionnement en médicaments.
-la promotion des médicaments génériques.
-l'ouverture des marchés et la facilitation des échanges commerciaux en matière de médicaments et de produits de santé.
"Il est primordial que les politiques pharmaceutiques convergent, que les législations soient plus harmonieuses. La grande problématique, à l’échelle internationale, c’est que la contrefaçon de médicaments est reconnue comme un crime, alors que la sévérité des sanctions diffère d’un Etat à un autre. Cela varie entre des peines de prison ferme à une simple amende, selon les pays", précise Omar Bouazza, directeur de la DMP (Direction des médicaments et de la pharmacie) au ministère de la Santé.
La résolution de Rabat recèle également en son sein un potentiel commercial non négligeable… "L’ouverture des marchés et la promotion des exportations marocaines de médicaments constituent une opportunité pour les industriels nationaux, qui pourront accroitre la part dédiée à l’export dans leur chiffre d’affaires – une part qui tourne actuellement autour de 10%", souligne Omar Bouazza.
Le Maroc exposé à un risque sanitaire
Si nul n’est à l’abri de ce phénomène mondial, le Maroc a été relativement préservé, grâce à une règlementation solide et un circuit de distribution bien identifié – de l’industriel à la pharmacie.
"Le Maroc a surtout connu de la contrebande de médicaments en provenance d’Algérie. Ce ne sont pas des médicaments contrefaits, mais des prescriptions produites par des laboratoires étrangers, et dont l’innocuité n’est pas reconnue par les instances marocaines. La baisse des prix de nombreux médicaments - conjuguée à un meilleur contrôle aux frontières, a permis d’enrayer ce phénomène", explique le directeur de la DMP, dont les services ont assuré la formation de douaniers ainsi que des pharmaciens-inspecteurs.
La DMP a également mis en place, sur son site internet, un système de notification qui permet à tout un chacun – professionnel de santé ou particulier, de signaler un défaut de qualité ou encore une suspicion de contrefaçon de médicaments. D’après Omar Bouazza, tout signalement jugé pertinent fait l’objet d’une étude préalable, voire d’une enquête en bonne et due forme si nécessaire.
Toutefois, la vente en ligne de produits de parapharmacie et autres compléments alimentaires représente un réel risque sanitaire. Au niveau mondial, un ‘médicament’ sur deux vendu sur internet est en fait une contrefaçon.
Le Royaume a certes interdit la vente en ligne de médicaments, tout en imposant aux vendeurs de produits de parapharmacie l’obligation d’enregistrer les produits commercialisés, aussi bien en ligne que dans les officines.
"La règlementation évolue et des projets de loi sont en cours, notamment pour encadrer le commerce de cosmétiques, de compléments alimentaires et tout ce qui touche à la parapharmacie".
Le directeur de la DMP reconnaît cependant qu’il est difficile de contrôler l’intégralité des parapharmacies, de même que l’ensemble des produits vendus sur internet. En somme, les Marocains font face à un risque bien réel quand ils achètent des préparations pharmaceutiques, dont l’innocuité n’a pas été systématiquement démontrée en laboratoire…
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