Hakima Yahia, madame “expertise ADN” de la police
De l'entrée du labo jusqu'au secrétariat de son bureau au quatrième étage, on l'appelle, sans façon aucune, par son prénom "Mme Hakima", une haut-gradée de la police qu’elle est.
L’attitude très respectueuse du personnel envers leur supérieure permet de se faire une première idée de la personne. Il s’agit bien d’une manière d’agir qui tend à rompre, faut-il le dire, avec une image révolue des services de sécurité. Elle est Hakima Yahia, cheffe du Laboratoire de la police scientifique. Et pour dire simple, elle est madame "expertise ADN" de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Un poste à haute charge en responsabilités et particulièrement utile pour le bon fonctionnement des investigations policières.
A la rencontre de Mme Hakima, tous les préjugés que l’on peut se faire du poste de responsabilité qu’elle assume, et par là même de la personne, se brisent à son contact. Un visage au grand sourire et une allure accessible et ouverte, qui ne laissent pas indifférent.
Difficile de dresser le portrait de la dame sans être tenté par le désir de dévier, le peu qu’il faut, de l’obligation d’objectivité qu’exige l’écriture journalistique, pour aller jusqu’à faire l’éloge de notre interlocutrice. Car, faut-il l’avouer, elle ne peut être qu’un modèle de ce dont la femme marocaine, du haut de sa grandeur, est capable.
Amour, fierté et passion
Quadragénaire, Mme Hakima a fait le long chemin, en trois directions différentes et en même temps. Parcours personnel, scientifique et professionnel riment, sans exclusion aucune de l’un par l’autre. Par fierté inébranlable, elle se déclare jamais prête à sacrifier sa soif insatiable pour la science, son engagement infaillible envers son travail ou ses rêves de femme sur l’autel de ses responsabilités multiples. "Quand on aime ce qu’on fait, aucun rempart ne peut se dresser contre nos rêves les plus incroyables", dit-elle. Amour, fierté et passion. Trois composantes de la formule magique de Hakima Yahia, qui font d’elle ce qu’elle est et expliquent la richesse de son parcours.
Aujourd’hui mère de quatre enfants, au moment où elle devait accoucher de son premier garçon, en 2004, elle allait soutenir sa thèse de doctorat en médecine, obtenue au Maroc mais co-encadrée à l’étranger, soit des déplacements réguliers vers l'université de Cambridge en Grande-Bretagne. Elle avait auparavant obtenu son DEA sur la "Génétique des populations" en France. Et quand elle assumait la responsabilité de la Section Biologie du Laboratoire en 2015, elle a fait un MBA en "Management stratégie". Et ce n’est pas tout, car au moment où elle s’est vue confier la grande responsabilité de chapeauter le Laboratoire de la police scientifique en avril 2017, un poste qui exige la disponibilité 7/7 et 24/24, avec des permanences régulières, elle faisait un master sur la "métrologie" (sciences des mesures). Et pour compléter le tableau, Mme Hakima fait partie, depuis 2016, du groupe des experts internationaux en ADN de l’Interpol.
Poursuivre ses études est un investissement coûteux, personnellement et financièrement, que Mme Hakima se dit toujours prête à entreprendre pour la bonne cause. "Au-delà du seul amour pour le savoir, toutes disciplines confondues, je tiens à perfectionner mon rendement au travail. Gérer un laboratoire de près de 60 collaborateurs répartis sur sept sections, avec près de 8.000 demandes d’expertise par an, exigent des compétences particulières. D’où les formations que j’ai faites", explique Mme Hakima, qui a intégré les rangs de la DGSN en 2007.
Des études approfondies qui ont impacté le savoir-faire de la dame dans le sens du développement des capacités de management transversal. Le qui fait quoi est minutieusement établi au sein du labo, avec des procédures de gestion appliquées avec méthode.
Près de 8.100 affaires en 2017
Côté professionnel, la cheffe du laboratoire s’occupe, en coordination avec divers départements et institutions, d’affaires pénales ou civiles, de la réception des indices jusqu’à l’établissement du rapport en passant par une procédure assez complexe, liée notamment à la conservation d’éléments précieux pour l’enquête policière. "Au départ, on n’avait pas assez d’affaires, mais au fur et à mesure que notre travail donnait des résultats, on est de plus en plus sollicité. Au titre de 2017 par exemple, on a eu près de 8.100 affaires à traiter", explique-t-elle.
Biologie forensique, toxicologie, stupéfiants, faux documents, gestion des scellés, incendie et explosifs sont, entre autres, les champs d’intervention qui font le quotidien de Mme Hakima.
Souvent la première à débarquer au boulot et la dernière à le quitter, elle préfère toujours se tenir, en blouse blanche, aux côtés de ses collaborateurs, que ce soit durant les heures de travail normal ou en service de permanence.
"Il ne s’agit jamais pour moi d’exiger le respect de mes collègues en raison de la seule supériorité hiérarchique. Je tiens toujours à donner l’exemple de l’engagement, de l’assiduité et de l'accomplissement", explique-t-elle.
C’est Hakima Yahia, cheffe du Laboratoire de la police scientifique, et c’est la raison pour laquelle ses collègues l’appellent par son prénom "Mme Hakima". Car, semble-t-il, les qualités de la personne ont fini par occulter la grandeur du poste.
(MAP)
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