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ECONOMIE

Interdiction des pare-buffles: l'impact d'une décision controversée

Les véhicules équipés en pare-buffles commencent à être verbalisés par la police et la gendarmerie. Certains agents élargissent l’interdiction aux autres accessoires métalliques (barres-latérales, marchepied…). Les centres de visite technique sont dans une situation de cafouillage. Les importateurs et distributeurs d'accessoires automobiles subissent de lourdes pertes et tentent de négocier avec la tutelle.

Interdiction des pare-buffles: l'impact d'une décision controversée
Adil Boutda
Le 26 mars 2018 à 19h54 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

Depuis le 1er janvier 2018, les centres de contrôle technique ne peuvent plus délivrer de PV favorables pour les véhicules équipés en «barres de protection» ou «pare-buffles». En effet, les directeurs de ces centres centres ont reçu le 15 décembre 2017 une correspondance du ministère du trasport où ils ont été informés de l'interdiction de cet accessoire, conformément à "la réglementation en vigueur":

Interdiction des pare-buffles: l'impact d'une décision controversée


Dans une interview accordée à Medi1TV, le 22 décembre, le secrétaire d’Etat au transport, Moahemd Najib Boulif, élargit le spectre de l’interdiction à tous les ajouts à la carrosserie originelle de la voiture. A l’image de la correspondance reçue par les centres de contrôle, le ministre tient à rappeler que cette interdiction est conforme à la loi.


Absence d’assise légale

D’après les professionnels que Médias24 a contactés, le ministère de l’Equipement fait référence à l’article 96 de la loi 52-05, qui stipule que les véhicules ayant subi des modifications «notables» doivent obtenir une homologation avant de pouvoir circuler sur les routes marocaines.

Toutefois, la loi ne précise ni le type de modifications considérées comme «notables», ni les procédures et les critères d’homologation. Malgré ces imprécisions, M. Boulif s’est appuyé sur cet article de loi pour envoyer directement une lettre d’interdiction, sans passer par le circuit législatif conventionnel.

Le flou de la loi et de la circulaire du 15 décembre a mené à un cafouillage chez les centres de contrôle technique et à une panique chez les usagers.

Des centres s’abstiennent de délivrer des PV favorables uniquement lorsqu'il s'agit de véhicules équipés en pare-buffle frontal (au-devant de la voiture). D'autres préfèrent jouer la prudence et demandent aux propriétaires d’enlever tous les équipements rajoutés à la carrosserie de leurs véhicules.

Du côté des usagers, certains préfèrent démonter d’eux-mêmes tous les accessoires métalliques qu’ils ont dû monter antérieurement sur leurs voitures, quand d’autres ne changent rien et parient sur une faible application de la loi par la police et la gendarmerie.

Absence d’assise technique

Plus de trois mois après l'interdiction, et malgré les sollicitations des professionnels, le ministère n’a toujours pas rendu publique l’étude scientifique ou les données statistiques qui auraient établi la relation de cause à effet entre les pare-buffles et la mort ou la blessure des piétons sur les routes.

Des importateurs et des fabricants d’accessoires métalliques affirment qu’aucune étude sérieuse n’a été menée au préalable pour appuyer cette interdiction. Ils avancent deux arguments pour conforter cette allégation. D’une part, le caractère brusque de la décision et d’autre part l’absence d’interdiction stricte en Europe.

En effet, l’Union Européenne préfère entrer dans les détails, établit des cahiers de charge précis pour les constructeurs des pare-buffles. Les caractéristiques qui y sont retenues sont le résultat d’une multitude de tests et simulations. Ces critères techniques servent ensuite à homologuer ou non les nouveaux produits mis sur le marché européen.

Contacté par Médias24, le responsable d’un centre technique, filiale d’une multinationale, nous cite le cas de la France où des restrictions ont été instaurées de manière progressive. Dans un premier temps, seuls les pare-buffles rigides (en inox ou en métal) ont été interdits et uniquement en milieu urbain.

Dans une seconde étape, les centres techniques devaient les signaler comme un défaut sur le PV, sans pour autant émettre d’avis défavorable. Par ailleurs, les pare-buffles en matières souples continuent d’équiper les voitures neuves des Français et ne sont guère concernés par ces restrictions.

Les automobilistes et la nouvelle circulaire

Les automobilistes marocains sont doublement lésés par cette décision. Du moins, ceux ayant déjà équipé leurs voitures en pare-buffles. Ces derniers ont en effet la réputation de protéger l’avant de la voiture en cas de collision (carrosserie, radiateur...). Certains les installent uniquement pour enjoliver le véhicule. Ces usagers perdront donc les côtés fonctionnel et esthétique de ces accessoires. Ils perdront aussi et surtout l’argent déboursé pour les acquérir.

Les professionnels et la nouvelle circulaire

Mais les fabricants et les importateurs sont les premiers lésés par cette décision.

Ils se retrouvent avec des chaînes de production à l’arrêt (cas des fabricants) et d'importants stocks d’invendus dans leurs entrepôts. Depuis la publication de la décision, les clients ne sont plus intéressés par ces accessoires. Ces derniers concernent pourtant une quinzaine d’importateurs et plus de 200 revendeurs. Ils évoquent "une grande chute" de leur chiffre d’affaires en ce début d’année.

Contacté par Médias24, un des principaux importateurs nous explique que cette interdiction, en plus de réduire à néant les ventes de pare-buffles, pousse à la baisse les ventes des autres familles de produits.

En effet, les accessoires liés à la sécurité constituent les premiers articles recherchés par les clients. Ce sont eux qui poussent ces derniers à se rendre chez les détaillants. Ils influent donc directement sur d’autres achats possibles (housses, parfums, enjoliveurs, caméras…).

En guise de réaction, cet écosystème commence à s’organiser pour approcher le ministère de tutelle afin de négocier un compromis lui permettant de réduire ses pertes (report ou annulation de ladite circulaire).

Contactés par Médias24, Mohamed Najib Boulif et un membre de son cabinet n'ont pas répondu à nos appels.

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Adil Boutda
Le 26 mars 2018 à 19h54

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