Chômage: le HCP défend ses chiffres
Près de deux mois après avoir dévoilé les premières conclusions sur l'état du marché de l’emploi en 2017, le HCP a présenté, mercredi 28 mars, les principaux résultats issus des nouvelles thématiques couvertes par cette enquête nationale. Il en ressort notamment une situation plus qu’alarmante des jeunes, des diplômés et des femmes, ainsi qu’une concentration de la quasi-totalité des chômeurs dans 6 régions du Royaume.
C’est typiquement le genre de documents dont la lecture laisse perplexe, soulevant une foule d’interrogations quant à la pertinence et l’efficacité de certaines orientations stratégiques.
Dans le cadre de son enquête nationale sur l’emploi en 2017, le Haut-commissariat au plan livre les principaux résultats issus des nouvelles thématiques intégrées, essentiellement:
-La relation entre les compétences et les métiers exercés,
-L’accès des femmes au marché du travail,
-Le profil des entrepreneurs,
-La couverture des systèmes de retraite,
-La préscolarisation des enfants âgés de 3 à 5 ans,
-Les caractéristiques des migrants installés au Maroc.
Une méthodologie internationale
Elargissant l’échantillon sondé à 90.000 au lieu de 60.000 précédemment, cette enquête présente un niveau de lecture inédit, avec une ventilation régionale des principaux indicateurs liés au chômage. Des chiffres qui mettent en exergue des écarts flagrants entre certaines régions du Royaume, rappelant plus que jamais la nécessaire refonte du modèle national de développement…
Bref rappel des statistiques de l’emploi en 2017, telles que publiées en février dernier par le HCP:
Entre 2016 et 2017, le volume de l’emploi est passé de 10.613.000 à 10.699.000 actifs occupés, ce qui correspond à une création nette de 86.000 postes, 31.000 en milieu urbain et 55.000 en milieu rural, contre une perte nette de 37.000 postes une année auparavant.
Les emplois créés se répartissent entre 57.000 emplois rémunérés et 29.000 non rémunérés. Par secteur d’activité, "l’agriculture, forêt et pêche" a créé 42.000 emplois, les "services" 26.000, le "BTP" 11.000 et "l’industrie y compris l'artisanat" 7.000.
En l’absence d’Ahmed Lahlimi, qui s’est excusé pour des raisons de santé, les hauts responsables du HCP n’ont pas souhaité s’appesantir sur ce dernier chiffre, suite à la polémique née de l’écart flagrant avec les chiffres communiqués par le ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy.
Le HCP n’en démord pas pour autant. En substance, son principal argument réside dans la méthodologie retenue, basée sur des modèles adoptés par les plus grandes instances internationales: Banque mondiale, FMI, ONU,…
6 régions sur 12 abritent la quasi-totalité des chômeurs!
Avec 49.000 chômeurs de plus en 2017, le taux de chômage national est passé de 9,9% à 10,2%, portant l'effectif global de chômeurs à 1.216.000. Les femmes sont particulièrement touchées, avec un taux de 14,7% contre 8,8% pour les hommes. Selon le HCP, les femmes "en dehors du marché de travail" seraient au nombre de 10 millions…
Plus de 8 chômeurs sur 10 (83,5%) sont des citadins, 2 sur 3 (65,2%) sont âgés de 15 à 29 ans et un peu plus du tiers (36%) sont détenteurs d’un diplôme de niveau supérieur. Egalement, 6 chômeurs sur 10 (58,4%) sont à la recherche de leur premier emploi, et 7 sur 10 (71,2%) sont au chômage depuis une année ou plus.
La ventilation régionale de ces statistiques fait ressortir d’intéressantes conclusions. Certaines des régions les plus touchées sont paradoxalement celles qui affichent un fort taux d’activité. D’autres comme les provinces du Sud ont notamment fait l’objet de stratégies sur-mesure, assorties de multiples avantages, sans se refléter pour autant sur l’employabilité…
82,8% des chômeurs sont concentrés dans 6 régions: Casablanca-Settat (25,1%), Rabat-Salé-Kénitra (17,5%), l’Oriental (11,3%), Fès-Meknès (10,8%), Marrakech-Safi (9,4%), et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (8,7%).
Toutefois, cinq de ces 6 régions accaparent 72,4% de l’effectif global de l’emploi: Casablanca-Settat (22,4%), Marrakech-Safi (13,8%), Rabat-Salé-Kénitra (13,5%), Fès-Meknès (11,6%), et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,1%). Avec une moyenne nationale de 46,7%, les plus forts taux d’activités sont enregistrés dans les régions de Dakhla-Oued Eddahab (71,9%), Casablanca-Settat (50,5%), Marrakech-Safi (48,4%) et Rabat- Salé-Kénitra (47,3%).
Pour revenir au chômage, les niveaux les plus élevés sont observés dans les régions de Guelmim-Oued Noun (17,7%) et de l’Oriental (17,1%). La situation dans ces deux régions est encore plus préoccupante en milieu urbain, où plus d’un actif sur cinq est chômeur.
L’Oriental se distingue par une autre triste particularité, en se classant à la tête des régions dont la contribution au chômage est plus importante que leur poids démographique, en termes de population en âge d’activité.

Chômage et poids démographique (source HCP)
Hécatombe chez les jeunes et les diplômés
Les jeunes âgés de 15 à 29 ans représentent la catégorie la plus touchée par le chômage, avec un taux national de 23,5% (20,5% pour les hommes et 32,1% pour les femmes).
Pour alarmant qu’il soit, ce taux national explose littéralement dans les provinces du Sud. Guelmim-Oued Noun occupe la tête de ce sombre palmarès avec 43,9% de chômeurs parmi les 15-29 ans. Dans la même tranche d’âge, 6 femmes sur 10 sont au chômage à Laâyoune-Sakia El Hamra et Guelmim- Oued Noun.
Pourtant, à quelques kilomètres à vol d’oiseau, le plus faible taux de chômage des jeunes est observé dans la région de Dakhla-Oued Eddahab (9,4%), suivie de Drâa-Tafilalet (14,7%).
Paradoxalement, le chômage augmente parallèlement à l’amélioration du niveau d’éducation. Le taux de chômage national qui est de 3,8% parmi les sans diplômes et de 15% parmi les diplômés de niveau moyen, bondit à 23,3% parmi les diplômés de niveau supérieur.
La proportion des actifs occupés n’ayant aucun diplôme demeure aussi élevée, avec une moyenne nationale de 58,6%. Variant entre 44,2% (Laâyoune-Sakia El Hamra) et 66,5% (Béni Mellal-Khénifra), cette proportion dépasse allègrement la moyenne nationale dans 7 régions sur les 12 que compte le Royaume.
Guelmim-Oued Noun s’illustre encore une fois, avec les taux de chômage les plus élevés chez les diplômés de niveau moyen et supérieur (24,8% et 41,3%). Tandis que l’Oriental enregistre le taux de chômage le plus élevé pour la catégorie des sans diplômes (10,8%).
Sur l’ensemble du Royaume, les femmes justifiant d’un diplôme de niveau supérieur sont les plus impactées par le chômage, avec globalement des taux plus élevés que chez leurs homologues masculins.

Taux de chômage des diplômés de l'enseignement supérieur
Alors qu’ils étaient censés résoudre la difficile équation formation-emploi, les cursus professionnels semblent produire plus de chômeurs que les filières classiques. Le taux de chômage des détenteurs d'un diplôme de formation professionnelle culmine en effet à 22,7%, supérieur à celui de l'ensemble des diplômés âgés de 15 ans et plus (17,9%). Encore une fois, ce constat est nettement plus prononcé parmi les femmes (32,6%) que chez les hommes (18,7%).
On pourrait voir là une preuve flagrante de la faillite du système éducatif, aussi bien dans ses filières classiques que professionnelles. Mais curieusement, 7 actifs occupés sur 9 estiment posséder les compétences requises pour l'emploi qu'ils exercent, tandis que 2 sur 3 jugent leur formation en adéquation avec leur emploi…

Taux de chômage des diplômés, par niveau
Des entrepreneurs sans diplôme
En 2017, les entrepreneurs représentent 34,3% de l’ensemble des actifs occupés, âgés de 15 ans et plus. Huit sur 10 sont des indépendants et 9 sur 10 sont de sexe masculin.
Par secteur d’activité, 38,9% des entrepreneurs exercent dans l’agriculture, forêts et pêche et 45,1% dans le secteur des services. Le reste se répartit entre l’industrie y compris l’artisanat (8,3%) et la construction (7,7%). 98,2% des entrepreneurs gèrent des unités de moins de 5 employés, et seulement 3% tiennent une comptabilité d’après le HCP !
Fait intéressant, une grande partie ne dispose d’aucun diplôme (69,5%). Près du quart des entrepreneurs (24,2%) ont un diplôme de niveau moyen et seulement 6,3% un diplôme de niveau supérieur.
Quant aux salariés, la part exercant un emploi sans contrat de travail est de 52,9% dans la région de Rabat-Salé-Kénitra contre 81,6% dans l’Oriental, pour une moyenne nationale de 64,8% (dépassée dans 7 régions du Royaume). Les salariés ne bénéficiant pas d’une couverture médicale représentent 32,2% à Dakhla-Oued Eddahab et 72,2% dans la région de Fès-Meknès. Pour une moyenne nationale de 58,1%, dépassée dans 6 régions.
La situation n’est guère plus reluisante du côté de la retraite, seuls 2 actifs occupés sur 10 en bénéficient. Le taux national étant de 21% - 33% en milieu urbain et 6% en milieu rural. Ce taux national de couverture du système de retraite varie considérablement selon le secteur d’activité économique. Il passe de 4,5% dans l’agriculture, forêt et pêche, à 8,8% dans les BTP, puis à 33% dans les services, pour atteindre 36,9% comme valeur maximale dans le secteur de l’industrie (incluant l’artisanat).
Les NEET, une bombe à retardement
L’enquête sur l’emploi du HCP s’intéresse également aux "NEET - Not in Education, Employment or Training’’ (ni étudiant, ni employé, ni stagiaire). En clair, des jeunes livrés à eux-mêmes, totalement marginalisés, sans aucune perspective d'avenir, avec ce que cela implique comme dérives et délinquance...
Le taux des NEET âgés de 15 à 24 ans est en moyenne de 29,3% (13% parmi les hommes et 46% parmi les femmes) ! Par région, ce taux varie entre 20,6% à Dakhla-Oued Eddahab et 34,4% dans l’Oriental.
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