Le tourisme d’affaires rapporte trop peu au Maroc
Les chiffres des finances extérieures de l’Office des changes montrent que les recettes des voyages d’affaires d’étrangers au Maroc s'élèvent à 3,2 MMDH en 2017, soit à peine 4,4% du total des recettes touristiques qui sont de 71,9 MMDH. La modestie de ce taux s’explique par le manque d’infrastructures et par une faible demande liée à la dimension industrielle tout juste émergeante au Maroc.
Avec l’ouverture croissante de nouvelles lignes aériennes et le travail de promotion de l’ONMT, les recettes touristiques sont passées de 64,2 milliards de dirhams en 2016 à 71,9 MMDH en 2017, soit une remarquable progression de 12% (source: office des changes).
La ventilation de ces recettes entre voyages à titre personnel (tourisme de séjour) et voyages à titre professionnel (déplacement pour affaires) montre cependant un différentiel surprenant.
Si tout le monde pensait que le Maroc était une destination incontournable pour les entreprises, les officiels ou les différents corps de métier désireux d’organiser des séminaires, des rencontres B to B,…, il n’en est rien dans la réalité.
Ainsi, sur les 71,9 MMDH de recettes touristiques perçues en devises étrangères, 68,7 MM ont été dépensés par des voyageurs venus se détendre au Maroc et seulement 3,2 MM par des visiteurs venus pour des raisons professionnelles. Le tourisme de loisirs génère donc 95% des recettes totales et les voyages d’affaires moins de 5%.
Les grandes villes spécialisées génèrent 15% à 20% de leurs recettes du MICE
Interrogé par Médias24, un expert du tourisme d’affaires déclare que la clientèle d’affaires ne court pas les rues au Maroc mais que le pays s’en sort très bien avec ses faibles capacités d'accueil.
Selon lui, c’est un exploit que le Maroc arrive à dégager 5% de ses recettes touristiques par le biais des voyages d’affaires sachant que les grandes villes européennes spécialisées arrivent à un taux compris entre 15 à 20%.
"Pour accueillir de grands salons internationaux, il faut disposer de parcs d’expositions dignes de ce nom alors que nous n’avons que le petit palais des congrès de Marrakech (capacité de 3.000 personnes). Ce n’est pas en accueillant 2000 personnes 3 ou 4 fois/an que le Maroc peut être qualifié de destination de tourisme d'affaires".
"Même si tout le monde ici pense que Marrakech est La Mecque des séminaires, congrès, incentives…, ce n’est pas du tout le cas. Cela s’explique d’abord par le fait que nous ne sommes pas (encore) une vraie puissance industrielle (PIB de 110 MM$/an) et que le Maroc n’a pas les infrastructures requises".
"Juste à Paris, il y a plusieurs parcs d’exposition (Bourget, Versailles...) sans parler des palais des congrès (Porte Maillot ...). Au Maroc, il n’y a pas encore d'infrastructure capable d’accueillir 10.000 visiteurs car notre dimension industrielle est limitée".
"Pour généraliser leur construction, le Maroc devra d'abord accélerer son ouverture actuelle sur l’industrie afin que le marché atteigne une masse critique pour intéresser les promoteurs de salons internationaux. S’il n’est pas porteur, ils refuseront de venir faire de la figuration sans rien vendre".
Les travaux du palais des congrès d'Agadir s'achèveront en 2019
"Le meilleur exemple est l’Allemagne qui organise chaque année les plus grands salons du monde. Tout comme la Chine, surnommée l’usine du monde, l’activité industrielle y est florissante et permet d'attirer de nombreux opérateurs industriels désireux d'écouler leur marchandise ", conclut notre interlocuteur qui préfère rester anonyme.
Avec le plan d’accélération industrielle (PAI) qui est en train de faire du Maroc une puissance automobile mondiale, le pays sera obligé de se doter de ces infrastructures. Elles accueilleront, par exemple, les nombreux sous-traitants de pièces automobiles qui veulent équiper des constructeurs existants comme Peugeot ou Renault ou d’autres qui délocaliseront, à l'avenir, leur production dans le Royaume.
Ce choix stratégique qui boostera les recettes touristiques devra être porté par le Chef du gouvernement ou par les ministères concernés par l’industrialisation en cours.
La décision d’en faire une priorité sera bien évidemment politique mais les autorités des régions pourront également décider de financer ce genre de projet. C’est le cas du CRI d’Agadir qui va doter la ville d’un palais des congrès qui coûtera 1,4 MMDH et dont les travaux s’achèveront en 2019.
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