Paiement mobile: Les premières facettes d'un grand marché
Les opérateurs téléphoniques, en plus des banques, auront probablement la plus grande force de frappe en termes de recrutement de clients. Les professionnels du secteur n’excluent pas de doter les commerçants de terminaux monétiques compatibles NFC dans le futur.
Le chantier du lancement du paiement mobile au Maroc s’approche de son dénouement. Le potentiel du marché est énorme. Les opérateurs espèrent capter une bonne partie des 400 milliards de DH de paiements en cash effectués annuellement. Rien que les paiements auprès des commerçants de proximité totalisent environ 290 MMDH annuellement, avec une moyenne par transaction d’à peu près 35 dirhams.
«Il y a une part du gâteau pour tout le monde», nous avait déclaré, non sans enthousiasme, Laïdi El Wardi, Directeur Général de la Banque de détail et des Marocains du monde au groupe BCP, lors d’une rencontre tenue ce 20 avril. La banque est pour l'instant la première à avoir lancé une solution de paiement mobile au Maroc.
En plus des banques, qui offriront ce service de paiement à leurs clients en le liant à leurs comptes bancaires, le marché est ouvert également à tout type d’opérateur qui pourra créer une filiale opérant en tant qu’établissement de paiement (sous réserve de l’obtention d’un agrément par Bank Al-Maghrib), ces établissements pouvant offrir des comptes de paiement qui permettront, entre autres, d'effectuer des opérations à travers le paiement mobile.
Cela signifie que les opérateurs téléphoniques marocains pourront s’y mettre aussi, à l’instar de leurs confrères dans le monde, comme Vodafone, ou même Orange, connue par cette activité en Afrique subsaharienne et en Europe. Une expérience que l'opérateur Télécom mettra sans doute au service du déploiement de cette activité au Maroc.
Le paiement mobile parviendra-t-il à percer?
Il faut dire que les opérateurs téléphoniques, en plus des banques disposent probablement de la plus grande force de frappe du marché.
Rappelons que les applications de paiement mobile sont liées à un numéro de téléphone et un compte de bancaire ou de paiement, selon ci ces comptes sont offerts par des banques ou des établissements de paiement. Avec un grand réseau de clientèle préexistant aussi bien chez les banques que chez les opérateurs téléphoniques, les deux ont facilement une avance en termes de recrutement des clients sur les autres acteurs qui comptent se lancer dans l’aventure.
Les établissements de paiement qui ne sont pas filiales de banques ou d’opérateurs téléphoniques, devront pour leur part effectuer un effort commercial supplémentaire. Ils joueront probablement sur des stratégies commerciales différentes ou opteront pour des segments de clientèle distingués, particuliers ou marchands.
Et pour explorer toutes les voies, les opérateurs du paiement mobile ne compte pas lésiner sur les moyens : ils n’excluent pas de doter les commerçants de terminaux monétiques compatibles NFC dans le futur. Le mode de paiement différera légèrement dans ce cas là car il ne s’agira pas d’effectuer des virements entre mobiles, mais plutôt d’effleurer le téléphone mobile sur ces terminaux là. Le paiement est ensuite confirmé par le biais d’un message sur le téléphone.
Des questions se posent toutefois: les banques parviendront-elle à séduire la population non bancarisée -réticente à intégrer le système bancaire pour diverses raisons- ou se limiteront-elles à leur clientèle ? Aussi, les acteurs non bancaires, notamment les opérateurs télécoms, réussiront-ils à gagner la confiance des utilisateurs et les encourager à effectuer des transactions financières via leurs systèmes ? Par ailleurs, les commerçants, qui ont toujours fait de la résistance pour adopter des modes de paiement modernes -pour des raisons de coût et de manque de transparence, sauteront-ils le pas cette fois ?
A ces questions, le DG de la banque de détail de la BCP répond avec confiance :
-Les banques peuvent également créer des établissements de paiement et donc offrir le paiement mobile aussi bien à leur clientèle bancarisée qu’à la clientèle non bancarisée qui sera recrutée par la suite. Par exemple, la BCP détient M2T, établissement de paiement déjà agréé par BAM et disposant d'un large réseau de poits de vente.
-Pour les opérateurs non bancaires, ils puiseront leur crédibilité dans leur appartenance à des banques. Ceci pour les établissements de paiement filiales de banques. Pour les autres, notamment les opérateurs télécoms, ces derniers bénéficient déjà de la confiance du plus grand nombre, entre autres, grâce à leur présence forte et historique sur le marché.
-En ce qui conerne les commerçants, les coûts du paiement mobile seront plus accessibles que ceux de la monétique classique. Par ailleurs, et compte tenu du fait que la gestion du cash génère un coût important (1% du PIB), les fournisseurs et partenaires des commerçants pourront accorder des remises aux commerçants pour les encourager à adopter le paiement mobile.
L'Afrique subsaharienne en avance, même sans interopérabilité
Si le paiement mobile vient de débarquer au Maroc, il est ancré depuis plusieurs années déjà dans nombreux pays d’Afrique subsaharienne, pour pallier des taux de bancarisation faibles.
Dans ces pays, les applis et technologies diffèrent dans le but d’éliminer le cash. Et bien que celles-ci ne soient pas interopérables, c'est-à-dire ne permettant pas les virements entre le portefeuille mobile d’un établissement de paiement A et le portefeuille mobile d’un établissement de paiement B, la solution est bien intégrée et marché très bien.
En dépit de sa difficulté technique, un des avantages de l'interopérabilité est de pouvoir capter le maximum de transactions possibles. Le Maroc a le mérite d’être parmi les premiers pays à proposer cette technologie en termes de paiement mobile, ce qui assure une utilisation plus répandue. En fait, il n'y a que la partie "Front" qui change d'un opérateur à l'autre, le système étant le même pour le tout le secteur.
Rappelons que des sources bancaires nous avaient affirmés que les homologations à la plateforme de switch mobile, qui permet cette interopérabilité, démarreront fin avril. Les opérations de test entre les établissements de paiement pourront alors commencer, pour aboutir à une interopérabilité 100% opérationnelle en juin.
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