Le mouvement de boycott, un message d'alerte sur les inégalités sociales...
L'actuel mouvement de boycott est multifactoriel. Et les facettes pour l'analyser ou le commenter sont nombreuses. Parmi ces facettes, le sentiment d'injustice sociale, présent chez une partie de la population, qui repose sur une situation concrète d'inégalités. Ce sentiment a été le principal moteur du boycott que certains partis politiques ont tenté de récupérer.
Le mouvement est peut-être né de manière spontanée. Ou pas. Il est impossible à ce stade de trancher. Ce qui est sûr, c'est que des acteurs politiques ont essayé de le récupérer.
Les arguments avancés pour le justifier étaient parfois contradictoires, parfois non fondés. Mais là n'est pas la question, ni le fait de savoir quel a été l'impact du boycott.
Le plus important, c'est que jamais ce mouvement n'aurait eu la moindre ampleur si le terreau n'avait pas été fertile, s'il n'y avait pas eu un sentiment assez répandu d'injustice sociale dans le pays. Une partie du mouvement de boycott a en effet revêtu la forme d'une protestation sociale.
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Ce sentiment d'injustice sociale repose sur une situation concrète, prouvée, chiffres à l'appui, par des instantes officielles du pays comme le Haut-Commissariat au Plan. Il est aggravé par le sentiment répandu d’absence d’égalité des chances.
La moitié de la population la plus aisée dépense trois fois plus que la moitié la moins aisée
Selon l'Enquête nationale sur la consommation et les dépenses des ménages, la répartition des dépenses entre les couches de la population est devenue moins inégalitaire entre 2001 et 2014, mais de grandes disparités persistent:
-Les 10% les plus aisés dépensent environ 12 fois plus que les 10% les plus défavorisés.
-Le niveau de vie des 5% les plus aisés est de 20 fois celui des 5% les plus défavorisés.
-La moitié de la population la plus aisée dispose de 76% de la masse des dépenses, soit un peu plus de trois fois le niveau de vie des 50% les moins aisés.
Par régions, la dépense annuelle moyenne par habitant est la plus élevée à Dakhla-Oued Eddahab (28.627 DH), suivie de Casablanca-Settat (19.006 DH), Laâyoune-Sakia El Hamra (17.729 DH), Rabat-Salé-Kénitra (17.717 DH), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (17.082 DH) et l'Oriental (15.972 DH).
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Les autres régions font moins que la moyenne nationale: Drâa-Tafilalet et Béni Mellal-Khénifra sont les moins loties avec respectivement 11.923 et 11.745 DH.
Notons que la baisse de la pauvreté absolue au Maroc est moins due à la réduction des inégalités (18%) qu'à la croissance économique (82%).
D'où l'urgence de passer à un modèle de développement plus égalitaire et inclusif.
Stigmatisation de la richesse
Ce constat étant fait, précisons que les trois marques stigmatisées dans l'actuel mouvement de boycott ont été ciblées entre autres en raison de leur position de leaders sur leurs marchés respectifs.
Pour un sociologue marocain connu pour sa crédibilité et la valeur de son travail de recherche, qui a requis l’anonymat, “ces marques ont été vendues comme le symbole de l’affairisme“. Il constate une “forte demande d’en découdre avec la richesse, une stigmatisation de la richesse“.
Cette demande, selon notre interlocuteur, “est très présente dans certaines idéologies comme celle du PJD“. Il n’accuse pas le PJD, ni un courant du parti, d’être à l’origine du boycott, mais constate “des coïncidences troublantes“ avec les prises de position, les discours d'un certain courant de ce parti.
Il rappelle que c’est le PJD qui avait pris la décision de libérer les prix du carburant. Il n’écarte pas la possibilité que nous soyons devant un démarrage précoce et violent de la campagne électorale de 2021. “On est peut-être entrés dans la fièvre électorale avant l’heure“.
Notre source ne critique pas les personnes qui ont suivi d’une manière volontaire et/ou spontanée, les appels au boycott. Elle s’intéresse davantage à l’usage politique qui est fait des inégalités (réelles) et à la manière dont les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés par les courants politiques.
Notre interlocuteur rappelle que la manière la plus simple de créer des clivages politiques est d’opposer les pauvres aux riches. Selon lui, le PJD a déjà eu recours à la stigmatisation des couches nanties, dans “un discours qui oppose les pauvres aux riches“.
Il reconnaît qu’il y a une forte demande d’égalité des chances ainsi que de moralisation de la vie publique et des comportements politiques.
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