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Les intermédiaires en assurance face à plusieurs contraintes: leur avenir est-il compromis?

Les agents et courtiers d’assurance ont organisé ce jeudi 4 octobre leur 3ème rencontre annuelle sous l’égide de la Fédération nationale des agents et courtiers d’assurances au Maroc (FNACAM). L’occasion pour les intermédiaires d’assurance de débattre des problématiques du secteur: sinistralité, rapports parfois tendus avec les compagnies d’assurances, virage numérique et dématérialisation,… Sans oublier la concurrence des banques et la faiblesse des commissions.

Les intermédiaires en assurance face à plusieurs contraintes: leur avenir est-il compromis?
Zakaria Boulahya
Le 4 octobre 2018 à 17h31 | Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Le secteur des assurances maintient sa croissance, passant de 10% en 2016 à 15% en 2017 d'augmentation des primes émises. En termes d’importance, il représente le 2ème marché d’Afrique et le 3è de la région Mena. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt.

Cette croissance est en fait essentiellement tirée par l’assurance-vie, qui constitue près de 45% du marché. Autre fragilité structurelle du secteur: sa forte dépendance de l’assurance automobile, qui représente 27% du marché et "fait vivre 90% du réseau de distribution", précise Khalid Aouzal, président de la FNACAM.

Avec 2.300 intermédiaires, le secteur de l’assurance au Maroc pâtit de sa balkanisation mais aussi d’une forte concentration des revenus. 2% des intermédiaires réalisent 53% du chiffre d’affaires du marché, alors que 25% d’entre eux font moins de 5 MDH de CA par an. Une situation qui risque de s’aggraver, selon les intermédiaires en assurance, en raison de la concurrence des banques qui, outre l'assurance-vie, commencent à s'attaquer à l’assurance automobile via leurs filiales captives.

Pour générer des revenus supplémentaires, plusieurs intermédiaires demandent à étendre leur périmètre à de nouvelles activités à l’instar du conseil. Hassan Boubrik, président de l’ACAPS (autorité de contrôle du secteur), n’est pas contre, "tant qu’il n’y a pas conflit d’intérêt".

Quant à la concurrence des banques, Boubrik estime que ce n’est pas le fond du problème. "Le pourcentage de Marocains ayant souscrit des assurances facultatives ne dépasse pas 2%, et le segment de l’assurance non-vie croît d’à peine 4 à 5% par an. Il est nécessaire que les intermédiaires revoient leur modèle économique, explorent de nouvelles opportunités de développement".

Les intermédiaires présents à cette rencontre n’étaient pas tous de cet avis. L’un d’entre eux estimant même "inintéressant d'investir de nouveaux segments comme la multirisques Habitation, pour des commissions comprises entre 10 et 12% en moyenne".

Libéralisation des tarifs et revalorisation des commissions, une nécessité

Beaucoup de professionnels appellent également à la libéralisation des tarifs d’assurance, notamment sur le segment automobile qui connaît une réelle envolée du taux de sinistralité. Sur le principe, le président de l’ACAPS confirme que "la libéralisation est bien actée, sauf que ses critères n’ont pas encore été explicités". Lorsque tel sera le cas, Boubrik confirme que la libéralisation ne sera pas totale mais "comprise dans des fourchettes, au vu du poids de l’assurance auto, sa dimension économique mais aussi sociale".

Sur ce sujet, le président de la FNACAM, Khalid Aouzal, a pour sa part confirmé avoir interpellé de façon officielle la FMSAR (fédération des compagnies d'assurance) en vue de valoriser de 3 points les commissions des intermédiaires sur les contrats d’assurance automobile. L’affaire n’ayant pas encore été tranchée, on ignore toujours à ce stade si cette valorisation sera répercutée à la hausse sur les primes d’assurance souscrites par les citoyens…

L’ACAPS a aussi entamé un certain nombre de chantiers afin de mieux réguler et structurer la profession. A l’ordre du jour: un projet de décret pour définir l’association la plus représentative de la profession, ainsi que la réforme du livre IV du Code des assurances "afin de tenir compte de l’évolution du marché (notamment technologique), et pallier les insuffisances et incohérences du précédent code". Un projet de réforme qui, rappelons-le, traîne depuis des années au Secrétariat général du gouvernement.

Hassan Boubrik estime d’ailleurs que le secteur des assurances au Maroc est à la traîne en termes de modernisation et de conformité aux standards internationaux. Appelant notamment à la conception d’un référentiel de solvabilité, qui permettra d’anticiper les impacts en matière de gestion des risques.

La digitalisation n’est pas pour demain

Les intermédiaires en assurances présents à cette rencontre ont tout de même reconnu à l’ACAPS ses efforts sur le volet Dématérialisation. Selon le président de cette instance, les agents et courtiers auront la possibilité, "dans 2 trimestres au maximum", de renseigner en ligne l’intégralité de leurs déclarations. L’ACAPS se chargeant de récupérer de son côté le maximum de données directement auprès des compagnies d’assurance. En outre, les intermédiaires bénéficieront, dès 2019, de formations gratuites 100% financées par l’ACAPS.

La digitalisation est également un outil efficace de lutte contre les fraudes, qui représenterait au Maroc 21% du coût des sinistres (il n’y a pas consensus autour de ce chiffre dans la profession). L’expert Younes Saih a ainsi fait l’éloge d’outils technologiques tels que le scoring et le big data, l’analyse prédictive et l’établissement de profil-risque des assurés, ainsi que des logiciel spécialisés en simulation et reconstitution de sinistres…

Cela dit, la digitalisation peine encore à convertir les intermédiaires, et ce malgré les bouleversements liés à la révolution numérique. Plusieurs rapports mondiaux font pourtant état de la disparition, à l’horizon 2030, de la moitié des emplois dans la banque et les assurances.

Interrogé à ce sujet par Médias 24, Khalid Aouzal, président de la FNACAM, estime que c’est aux compagnies d’assurance de doter leurs intermédiaires de plateformes S.I. totalement dématérialisées, au regard des coûts supportés par la profession. Attirant notamment l’attention sur le risque de pertes massives d’emplois au sein de la profession, ainsi que sur la problématique des arriérés de paiement et de la concurrence déloyale de certains organismes bancaires. (voir l’interview complète ci-dessous, en vidéo).

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Zakaria Boulahya
Le 4 octobre 2018 à 17h31

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