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CULTURE

Le piratage des livres prend de l'ampleur, les opérateurs formels en souffrent

Le phénomène du piratage des livres a pris de l'ampleur il y a environ 2 ans. Selon les éditeurs et libraires, la majorité des ouvrages piratés sont imprimés en Egypte, acheminés par voie maritime et stockés dans des entrepôts clandestins avant leur distribution. Cette situation menace la pérennité de leur business. Ils demandent au ministère de tutelle de se mobiliser.    

Le piratage des livres prend de l'ampleur, les opérateurs formels en souffrent
A.T.
Le 13 novembre 2018 à 13h40 | Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Sur les principales avenues de Casablanca et Rabat, des dizaines de libraires ambulants proposent des ouvrages piratés en français et en arabe, voire en anglais, jusqu'à dix fois moins chers que les originaux (entre 10 et 30 DH).

Selon Abdelkader Retnani, président de l'Union Professionnelle des Editeurs du Maroc (UPEM), le phénomène du piratage des livres a pris de l'ampleur il y’a environ 2 ans. Les libraires et les éditeurs en souffrent de plus en plus. La majorité des ouvrages piratés sont imprimés en Egypte, acheminés par voie maritime et stockés dans des entrepôts clandestins avant d'être distribués.

En fait, toute la chaîne de l’industrie du livre est pénalisée par le piratage: l’auteur, l’éditeur, l’imprimeur, les distributeurs et même le lecteur.

Tous les best-sellers et les grandes maisons d'édition sont concernés

Les livres scolaires sont épargnés par le phénomène. Mais tout le reste est touché. Selon M. Retnani, les best-sellers ont été les premiers à être piratés. Les titres les plus vendus étaient ceux des auteurs francophones Amine Maalouf, Tahar Ben Jelloun, Yasmina Khadra, Paulo Coelho et Marc Lévy.

Des livres moins plébiscités par le grand public sont aujourd'hui repris: des oeuvres de Jean Jacques Rousseau, Jean Paul Sartre, Albert Camus ou même Friederich Niezstch à un prix ne dépassant pas les 30 DH.

Les plus grandes maisons d'édition ont été reprises par les opérateurs frauduleux: Larousse, Folio, Gallimard…

Prenons l’exemple du dernier ouvrage de Leïla Slimani. Ce livre des Editions de l’Aube coûte 110 DH. La même édition est disponible dans les circuits informels à un prix 5 fois moins cher. Conséquence, une grande partie de la demande, déjà faible, se détourne du circuit formel.

Le ministère de la culture reconnait l'existence du fléau

Qu'en pense la tutelle ? Le ministère de la culture reconnait l'existence du fléau et sa recrudescence durant les 2 dernières années. Selon Hassan Elouazzani, directeur du livre auprès du ministère, les prix des livres piratés sont très bas et peuvent être très encourageants pour les lecteurs, mais la pratique nuit gravement aux opérateurs formels. 

M. Elouazzani précise que le ministère ne laisse pas de marge au piratage dans les lieux et événements relevant complètement de sa tutelle. "Vous ne trouverez jamais de livres piratés ou de publications plagiées dans le salon international du livre ou dans les bibliothèques du royaume", indique-t-il. 

Ailleurs, "le ministère ne peut agir seul, il ne peut être que le catalyseur. Nous travaillons d'ailleurs en étroite collaboration avec les services de la douane pour contrôler les arrivages de livres et avec le département de la communication pour le contrôle du contenu".

Selon Abdelkader Retnani, les autorités ont saisi 120.000 livres piratés dans 2 entrepôts clandestins en 2017. Un chiffre élevé mais personne ne peut estimer avec précision le poids du piratage dans le secteur.

Le directeur du livre nous affirme par ailleurs qu'une campagne de sensibilisation sera bientôt lancée. "Le lecteur aussi est concerné, nous devons le sensibiliser", explique-t-il.

Même si les lecteurs accèdent à des ouvrages pas chers grâce au piratage, ils ne font pas toujours de bonnes affaires. "Qui garantit au lecteur que le nombre de pages du livre piraté et bon ? Que l’ordre est bon ?, sans parler de la médiocrité de l’impression", déclare Yacine Retnani, propriétaire de la librairie "Carrefour Des Lives" à Casablanca.

De plus, le contenu des livres importés légalement et vendus dans les librairies marocaines est contrôlé en amont par le ministère de la communication. Ceux vendus clandestinement échappent à tout contrôle.

Est-ce une question de pouvoir d’achat ?

Le prix est-il l'unique facteur qui oriente le lecteur marocain vers le circuit informel ? Est-ce simplement une question de pouvoir d'achat ? "Par exemple, je vends le même livre de Leïla Slimani de la maison Editions de l’Aube qui coûte 110 DH à 30 DH, sans recourir à aucune pratique frauduleuse. Je compresse mes marge pour m'adapter au pouvoir d’achat marocain", explique Abdelkader Retnani. Malgré ces tentatives, la demande est en grande partie captée par les libraires ambulants.

La montée en puissance du piratage ne s'explique pas par une question de pouvoir d'achat des lecteurs, selon l'éditeur. Pour lui, ces derniers ne tiennent pas compte de l'importance de l'authenticité des livres qu'ils achètent.

Le propriétaire de la librairie Carrefour Des Livres n’est pas du même avis. "Quand j’organise des journées livres-gratuits, je me retrouve avec 600 livres écoulés par jour", argue-t-il.

Cependant, les deux opérateurs conviennent que la régulation du secteur est une vraie problématique. Le ministère de tutelle devrait, selon eux, se pencher davantage sur la question. A commencer par la réalisation d'une étude pour quantifier le phénomène du piratage.
 

A peine 3.300 documents produits annuellement

Rappelons que selon le dernier bilan de l’édition marocaine au titre de l'année 2015/2016, 3.304 documents sont produits annuellement au Maroc (2.807 ouvrages et 497 numéros de revues académiques et culturelles).

A titre de comparaison, le nombre de titres parus annuellement en France est de 68.000.

Au Liban, un pays qui ne compte que 6 millions d’habitants, 4.000 titres paraissent chaque année.  

La ville de Casablanca comptait 67 librairies il y’a 30 ans. En 2017, on en compte à peine 15.

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A.T.
Le 13 novembre 2018 à 13h40

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