Satellites marocains: ce qu'en dit le directeur du Centre royal de télédétection spatiale
Une semaine environ après son lancement, comment évolue le satellite d’observation Mohammed VI-B et de quelle manière opère-t-il en tandem avec son jumeau, mis en orbite en novembre 2017 ? Quelles sont ses principales applications pratiques ? Driss El Hadani, directeur du Centre royal de télédétection spatiale, répond aux questions de Médias24.
Le Maroc a réalisé un grand pas en matière d’observation du territoire, avec la mise en service de deux satellites évoluant à basse orbite terrestre (700 km) au-dessus du globe: les satellites Mohammed VI A et B.
«Depuis le lancement le 21 novembre 2018 du 2e satellite d’observation marocain, la mise en orbite s’est déroulée dans les meilleures conditions, et le satellite est actuellement en phase de test d’acquisition des images, pour vérifier que les instruments embarqués fonctionnent correctement. C’est une affaire de quelques jours avant qu’il ne soit complètement opérationnel», explique Driss El Hadani, directeur du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS).
Pourquoi deux satellites d’observation au lieu d’un seul ?
Les deux dispositifs fonctionnent en tandem, de manière complémentaire, ce qui dégage principalement trois avantages non négligeables:
- Doubler la capacité d’acquisition d’images satellites, ce qui permet d'obtenir un volume d’information plus important.
- Augmenter la fréquence de passage sur un même point, à 1 jour au lieu de 3. Ce qui est très utile pour l’observation de phénomènes dynamiques comme les catastrophes naturelles, les feux de forêt, ou tout autre phénomène nécessitant une observation rapide…
- Acquérir les images de façon continue, ce qui permet de garantir l’arrivée de données satellite même si les conditions météorologiques ne sont pas optimales.
Les deux satellites évoluent en outre sur une orbite basse héliosynchrone. Ce qui leur permet de faire le tour de la planète et procéder ainsi à une acquisition globale de données, contrairement aux satellites géostationnaires qui demeurent au-dessus de la même zone. L’orbite héliosynchrone confère aussi la capacité de passer toujours à la même heure au-dessus du même point terrestre.
La station de réception et de gestion opérationnelle 24/7
Dans tout programme spatial, il existe un "segment sol", basé dans le cas présent au CRTS. Il s’agit concrètement d’une station de réception de données et de gestion des satellites, qui permet, 24h/24 et 7 jours sur 7, de commander la prise de photos à distance, opérer des corrections sur l’orbite des satellites, télécharger les mises à jour logicielles,… ainsi que, bien sûr, l’exploitation et la valorisation des données recueillies, afin de les mettre à la disposition des différents départements gouvernementaux.
«L’équipe chargée du traitement des données est multidisciplinaire : ingénieurs agronomes, géologues, océanographes, experts en aménagement et développement du territoire, gestion de risques,… Nous formons aussi des techniciens et ingénieurs appartenant à d’autres départements ministériels. Le CRTS a en effet lancé un programme de formation continue dès 1994, portant sur l’interprétation et l’exploitation des données satellite», précise Driss El Hadani.
Parallèlement, il s’est constitué un réseau de recherche national dont les membres, issus des universités et des grandes écoles marocaines, travaillent sur des projets R&D pour l’exploitation des données satellite, en partenariat avec le CRTS.
Les principaux projets en cours
Il vient souvent à l’esprit, en matière de satellites d’observation, que les applications ont essentiellement trait à la défense du territoire. Si cette dimension est bel et bien présente, les satellites Mohammed VI A et B fournissent des images sujettes à une multitude d’applications civiles – dont certaines sont déjà en chantier:
- Ministère de l’Intérieur : suivi du développement urbain des zones périphériques, qui est «une problématique dont le traitement nécessite des informations fiables et régulièrement actualisées, ce que peut fournir l’imagerie satellite», précise le DG du CRTS.
- Ministère de l’Equipement: cartographie exhaustive du littoral marocain et du domaine public maritime. Ainsi que la gestion des réseaux routiers (tracé des voies, des autoroutes,…).
- Eaux et forêts: mise à jour de l’inventaire forestier national.
- Agriculture: suivi des zones irriguées, impacts sur les ressources hydriques, économie d’eau d’irrigation (en partenariat avec les agences de bassins hydrauliques).
- Agences urbaines: plusieurs projets en cours de développement. L’aménagement du territoire se basant sur les images satellite pour établir les schémas urbains directeurs.
- Ministère de l’Energie et des Mines: le CRTS collabore actuellement au Plan national de cartographie géologique, qui est d’une importance capitale dans la détermination des ressources minières d’un pays.
Le coût des satellites est-il justifié ?
Les deux satellites ont coûté la bagatelle de 500 millions de dollars. Sans oublier les frais liés à leur gestion et maintenance. Le coût serait-il élevé, surtout pour des satellites dont la durée de vie n’est que de 5 ans ? D’autant plus qu’il est possible d’acquérir des images prises par des satellites Pleiades similaires aux nôtres, pour la modique somme de 1,80 euro/km²…
«La durée de vie des satellites marocains peut être étendue à 15 ans», souligne Driss El Hadani. Qui plus est, «l’objectif est d’alimenter les décideurs en informations stratégiques, en vue de la planification, la réalisation et le suivi de projets. Dans ce contexte vient en premier lieu la souveraineté nationale en matière d’acquisition d’images satellite, à des fins de gestion du territoire national. L’objectif stratégique étant de se libérer de toute dépendance étrangère à cet égard», explique le directeur du CRTS qui, au regard de leurs retombées positives, n’hésite pas à qualifier les satellites marocains de "véritables outils de développement socioéconomique".
>>Lire aussi:
Satellite Mohammed VI-B: premières images
Satellites Mohammed VI: les applications en matière de topographie
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