Bank Al-Maghrib vient de publier un document de recherche intitulé «Pass-through du taux d’intérêt au Maroc : enseignements à partir de l’enquête trimestrielle sur les taux débiteurs».
L’étude présente une contribution empirique à l’analyse des mécanismes de transmission de la politique monétaire au Maroc. Elle examine l’impact des variations du taux d’intérêt interbancaire sur les taux débiteurs. L’analyse a été conduite sur un panel de données trimestrielles qui concernent 5 banques totalisant plus que 80% du total d’actif du système bancaire marocain sur la période 2006-2017.
"Les taux appliqués aux entreprises s’ajustent d’une manière plus importante à l’orientation de la politique monétaire"
Selon les chercheurs de Bank-Al Maghrib, les taux appliqués par les banques sur les crédits par objet économique ont suivi la tendance du taux d’intérêt directeur, durant la période étudiée, quoiqu’une volatilité caractérise les taux des crédits de trésorerie et des crédits à l’équipement. S’agissant de la ventilation par secteur institutionnel, «les taux appliqués aux entreprises s’ajustent à l’orientation de la politique monétaire d’une manière relativement plus importante que celle des crédits octroyés aux ménages et aux entrepreneurs individuels», indique-t-on.
La même source explique que plusieurs facteurs pourraient expliquer la volatilité relativement importante des taux débiteurs comparativement à celle observée au niveau du taux d’intérêt interbancaire et du taux directeur: la prépondérance de la composante «prime de risque de crédit» dans la fixation des taux débiteurs, le «business model» adopté par les banques (gestion des risques inhérents, gestion actif-passif, choix de se positionner sur une catégorie de prêt précise,...), la volatilité des volumes des crédits attribués et le recours à la réserve obligatoire pour répondre à la situation de besoins de liquidité observée durant cette période.
En ce qui a trait au dernier facteur, il convient de rappeler que Bank Al-Maghrib a modifié le taux directeur à 6 reprises durant la période analysée. En revanche, la réserve obligatoire a été ramenée progressivement de 16,5% en T2-2006 à 2% en T1-2014 avant de s’établir à 4% en T2-2016.
En somme, les résultats de cette étude suggèrent une hétérogénéité significative de la transmission vers les taux débiteurs qui varie selon l’objet économique et le secteur institutionnel.
D’autres enseignements ont été tirés de ce travail. A court terme, les estimations mettent en évidence une élasticité, presque nulle, des taux débiteurs au taux du marché interbancaire. A long terme, la transmission vers les taux d’intérêt des prêts immobiliers et des crédits à l’équipement est complète (entre 90% et 99%). En revanche, la transmission pour les crédits de trésorerie et à la consommation est incomplète (moins de 35%).
Aussi, le pass-through est relativement plus important pour les prêts octroyés aux entreprises comparativement aux crédits destinés aux entrepreneurs individuels et aux ménages.
En ce qui concerne le délai d’ajustement des taux débiteurs, ce dernier varie de 1 à 7 mois en fonction de la catégorie de crédit bancaire, souligne-t-on. Enfin, les résultats mettent en évidence que la structure financière des banques n’affecte pas la transmission à long terme du taux d’intérêt interbancaire aux taux débiteurs. Par contre, elle impacte les délais d’ajustement, selon les chercheurs de la Banque centrale.
«Ces résultats sont globalement en ligne avec les conclusions des recherches empiriques réalisées sur des pays avancés et des économies émergentes qui s’accordent, en général, sur l’absence de transmission complète des impulsions de politique monétaire vers les taux débiteurs», conclue-t-on.