Climat: dernière ligne droite vers un accord à la COP24
Après une nouvelle nuit de négociations, la 24e conférence de l'ONU sur le climat (COP24) jouait les prolongations samedi à Katowice, semblant s'approcher à petits pas d'un accord pour pouvoir donner vie à l'Accord de Paris.
"Je n'ai pas encore toutes les informations des coordinateurs. Mais dans l'ensemble, je pense que nous avons un terrain d'entente", a déclaré à l'AFP samedi matin l'Ethiopien Gebru Jember Endalew qui préside le groupe des Pays les moins avancés (PMA).
"Un accord pour rendre l'Accord de Paris opérationnel est en vue", a tweeté le commissaire européen à l'Environnement Miguel Arias Canete.
Mais en milieu de journée samedi, certaines parties du projet de texte final n'étaient pas encore disponibles et l'heure de la plénière était sans cesse reportée par la présidence polonaise de cette COP, qui aurait dû se terminer vendredi.
Les délégués de quelque 200 pays tentent de finaliser le mode d'emploi du pacte conclu en 2015 à Paris qui vise à limiter le réchauffement à 2°C, voire 1,5°C, par rapport au niveau pré-industriel.
Ce marathon final arrive après deux semaines agitées, crispées par un contexte géopolitique défavorable à la cause climatique, marquées par une controverse imprévue sur le rapport scientifique du Giec et par le retour des divisions entre pays du Nord et du Sud, point récurrent des négociations sur le climat.
Les implications du "mode d'emploi" ne sont pas anecdotiques. En vertu de l'Accord de Paris, les engagements des pays pour réduire les gaz à effet de serre sont volontaires. Mais leur suivi doit être multilatéral, avec des règles de transparence, comme autant de "poutres" garantissant la solidité de l'édifice.
À Katowice, cette discussion sur la manière dont les États devront rendre compte de leurs actions a notamment été l'affaire des États-Unis et de la Chine. Les premiers poussant, avec d'autres pays riches, pour des règles de suivi strict, et la seconde pour une flexibilité accordée aux pays en développement.
"Je crois que le paquet, s'il est accepté, est suffisamment clair pour opérationnaliser l'Accord de Paris et ça c'est une bonne nouvelle", a commenté samedi la ministre espagnole de l'Environnement Teresa Ribera.
"Dans les circonstances actuelles, continuer à construire notre bâtiment est déjà une bonne réussite", a-t-elle ajouté, même si elle aurait aimé des "messages beaucoup plus forts" sur l'ambition.
Science et ambition
Sur la table des pourparlers, il y a en effet "l'ambition": comment pousser les États, dont les engagements formulés en 2015 pour réduire les gaz à effet de serre sont notoirement insuffisants, à présenter d'ici 2020 des plans renforcés ?
Dans le projet de décision publié vendredi matin, la COP "réitère sa demande" de "mise à jour" de leur contribution d'ici 2020, les mêmes termes que l'Accord de Paris, rien de plus. Mais aucun nouveau texte n'était disponible samedi matin sur cette ambition réclamée à cors et à cri par les pays les plus vulnérables aux impacts du dérèglement climatique.
La question des financements des politiques climatiques est l'autre préoccupation des pays pauvres, notamment la manière dont va s'organiser la montée des fonds promis par le Nord à partir de 2025.
Washington tente de diluer la "différenciation" entre pays développés et en développement, un principe fondateur des négociations climat, explique un observateur vétéran de ces tractations. L'idée étant pour les Américains, pollueurs historiques, de ne plus baser les engagements des pays sur leurs émissions passées mais leurs émissions actuelles.
L'accord final sera "un compromis", a souligné Gebru Jember Endalew. "Ca ne signifie pas que toutes nos priorités seront reflétées".
Plus inattendu, les règles des mécanismes d'échanges de quotas d'émissions carbone semblaient bloquer samedi la conclusion des travaux, le Brésil menant la contestation. Selon une source proche des négociations, ce sujet très technique mais qui doit empêcher que des réductions d'émissions soient comptées deux fois, par deux pays différents, pourrait être reporté à la COP25 au Chili.
Les délégués doivent également régler un différend passionné autour de la mention du dernier rapport du groupe des experts de l'ONU (Giec). Arabie Saoudite, Russie, Etats-Unis refusent le terme "accueille favorablement", que les petites îles en particulier réclament absolument.
Les promesses nationales présentées en 2015 conduisent à un monde à +3°C. Le Giec a dressé le tableau des impacts déjà en cours, à + 1°C aujourd'hui, et montré l'ampleur de ceux à venir à +1,5: phénomènes météorologiques extrêmes, étés sans banquise arctique ou chute de la productivité agricole.
(AFP)
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