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ECONOMIE

L’Afrique court-elle vers le surendettement auprès des étrangers ?

La dette extérieure de l’Afrique représentait en 2017 plus de 32% de son PIB contre 22% en 2012. L’endettement auprès des investisseurs étrangers a fortement progressé. Le continent sera forcé d'augmenter ses recettes fiscales pour pouvoir payer des créanciers intransigeants.

L’Afrique court-elle vers le surendettement auprès des étrangers ?
J.C.
Le 18 mars 2019 à 14h10 | Modifié 10 avril 2021 à 20h50

Attijari Global Research, filiale de recherche du groupe Attijariwafa bank, a publié le 15 mars une étude sur l’engouement de l’Afrique pour les « Eurobonds », autrement dit pour l’emprunt auprès des investisseurs.
 
Il en ressort que le poids de la dette extérieure du continent a progressé de 10,4 points en cinq ans, passant de 22,3% du PIB en 2012 à 32,7% du PIB en 2017. La Chine détient 14% de cette dette.
 
L’augmentation est due essentiellement au recours marqué des pays d’Afrique aux émissions d’Eurobonds : 25 opérations en 2018 contre 5 en 2012, pour un montant emprunté de 28,8 milliards de dollars en 2018 contre 5 milliards en 2012.
 
Sur cette période, 77 opérations ont été effectuées pour un montant de 87,4 milliards de dollars.
 
Cet instrument de dette est sollicité par un nombre grandissant de pays : 16 nouveaux émetteurs depuis 2001 contre 6 entre 1964 et 2000. Parmi ces pays, on compte l’Egypte, le Gabon, le Congo, le Sénégal, la Cote d’Ivoire, la Tunisie, le Rwanda, l’Ethiopie, le Kenya…
 
Cette tendance est favorisée par des facteurs touchant l’offre et la demande :
 
-      Du côté de la demande de financements, les pays africains veulent diversifier les types de créanciers (les gouvernements sont les créanciers traditionnels), renforcer leur matelas de devises, augmenter la duration de leur dette, contourner l’effet d’éviction créé par l’endettement local et pallier la faible profondeur des marchés financiers locaux.
-      Du côté de l’offre de financements, la liquidité abondante en Europe suite à la politique monétaire de la BCE pousse les investisseurs à diversifier leurs placements et à chercher une meilleure rémunération. Ces placements sont favorisés par une meilleure transparence des pays d’Afrique : 14 émetteurs ont été soumis à une notation de la part des agences internationales entre 2011 et 2018 contre 4 seulement entre 2006 et 2010.
 
Ces facteurs s’ajoutent au changement du profil des créanciers (davantage d’investisseurs « anonymes » alors que le marché était dominé par les pays du Club de Paris) et à l’amélioration du profil de risque des émetteurs (les primes de risque vont de 266 à 530 points de base).
 
Ces financements servent principalement à développer les infrastructures du continent (transport, énergie, eau…). Les besoins annuels en infrastructures de l’Afrique se situent, selon la BAD, entre 130 et 170 milliards de dollars. Face à ce besoin, le montant à financer est entre 68 et 108 milliards de dollars par an, est-il estimé. Ce qui montre que le potentiel de levée de fonds auprès des investisseurs reste important.

Les recettes fiscales ne représentent que 17% du PIB

Cela dit, l’augmentation de la dette extérieure des pays africains leur fait courir de grands risques. Les créanciers sont exigeants, les cas de défaut sont gérés avec moins de flexibilité et créent des antécédents coûteux à effacer.
 
Les investissements étant principalement orientés vers le développement des infrastructures, leur rentabilité est décalée dans le temps. Comment le continent pourra-t-il rembourser sa dette sachant que les recettes fiscales ne représentent que 17% du PIB ?
 
Le FMI interpelle les pays d’Afrique quant à la nécessité d’augmenter leurs revenus et les incite à élargir leur base de contribuables, voire à relever les taux d’imposition.
 
Le FMI suit de près l’exposition au risque de certains pays à cette montée de la dette. Parmi les 37 pays d’Afrique à faible revenu répertoriés par l’institution, 6 sont considérés en situation de surendettement effectif et 12 présentent un risque de défaut élevé.
 
Pour rappel, la Banque mondiale et le FMI avaient lancé en 1996 l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) pour l’effacement de leurs dettes. Cette initiative s’est poursuivie jusqu’en 2015. Ce processus s’est accompagné par l’adoption d’une série de réformes et de programmes d’ajustement coûteux sur le plan social.

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J.C.
Le 18 mars 2019 à 14h10

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