Maghreb Steel: la FIMME compte saisir le Conseil de la concurrence
La FIMME envisage de saisir le conseil de la concurrence et le tribunal administratif au sujet des mesures de sauvegarde provisoires instaurées sur les importations d'acier à la demande de Maghreb Steel.
L’affaire des mesures de sauvegarde provisoires dont a bénéficié le sidérurgiste Maghreb Steel est loin d’être terminée.
Une source à la Fédération des Industries Métallurgiques, Mécaniques et Electromécaniques (FIMME) nous assurait officieusement au lendemain de l’annonce de ces mesures que "la fédération n’a jamais donné son accord pour la mise en place d'une protection du secteur, contrairement à ce qui a été avancé par le management de Maghreb Steel".
Aujourd’hui, c’est le président de la FIMME, Tarik Aitri qui nous confirme cette affirmation. Ce dernier a joint Médias24 pour répondre aux éléments avancés par Maghreb Steel lors de sa conférence de presse et relayés par la presse nationale dont Médias24 et "démentir" plusieurs informations.
La première information avancée par Maghreb Steel et rejetée en bloc par la fédération est "le supposé" accord de la FIMME sur l’application des mesures de sauvegarde dans le secteur.
"Notre position est très claire, nous sommes contre le protectionnisme, quel qu’il soit. Cette position a été formalisée dans le mémoire qui a été déposé au département du Commerce extérieur", avance Aitri.
"Cette position n’a jamais changé. La FIMME a préféré, pendant un moment, écouter les arguments présentés tout en rappelant sa position. Le ministère a toujours essayé de travailler pour trouver des solutions en sachant la position de refus de la fédération. Il a donc pris l’initiative de proposer une protection globale pour le secteur comme solution. Nous n’avons pas rejeté cette idée, même si nous sommes persuadés qu’elle est impossible à réaliser", détaille le président de la FIMME qui rappelle que cette position est partagée par tous les professionnels que la fédération représente.
Partant de cette position, Tarik Aitri nous affirme la volonté de la FIMME "d’utiliser tous les recours légaux possibles" pour faire entendre sa voix sur ce dossier épineux.
"Faire annuler les mesures de sauvegarde" par un recours judiciaire
"Nous envisageons de saisir le Conseil de la concurrence au sujet de la concurrentiabilité dans le secteur et le tribunal administratif pour faire annuler les mesures de sauvegarde provisoires", nous affirme le président de la FIMME.
Ce dernier revient ensuite sur la question des prix sur le marché et ceux pratiqués par Maghreb Steel. Le sidérurgiste assurait lors de sa conférence de presse avoir une offre compétitive et que ses prix étaient alignés sur l’international. Il en voulait pour preuve, ses marchés à l’export représentant près de 80.000 tonnes.
Pour la FIMME, ces propos sont faux. "Actuellement, l’offre de Maghreb Steel est plus chère de 45% que le marché sans prendre en considération l’impact des mesures de sauvegarde", accuse Tarik Aitri.
Il donne pour exemple les prix pratiqués au cours de la dernière semaine du mois de septembre. "La tonne d’acier était à 420 dollars à l’international alors que le prix Maghreb Steel était de 698 dollars. Selon nos calculs, à 520 dollars, l’entreprise (Maghreb Steel, ndlr) gagne de l’argent pour chaque tonne vendue, mais cela ne lui suffit pas. Comme un de ses responsables nous l’a dit lors d’une réunion, ils ne gagnent pas encore suffisamment pour rembourser la dette", s’exclame Tarik Aitri.
Et de résumer: "nous ne le dirons pas assez, le vrai problème de Maghreb Steel est un problème de volume. Le contexte fait que cette entreprise compense son manque de volume par le prix, au détriment de la compétitivité du secteur".
La FIMME craint qu’avec ces mesures de sauvegarde, le sidérurgiste ne revoie ses prix encore à la hausse.
Notre interlocuteur soulève un autre point relatif aux prix. Les droits de 25% instaurés par la mesure de sauvegarde doivent s’additionner aux droits de douane déjà existants.
Si ce taux reste de 25% pour les importations originaires de l’UE et la Turquie avec lesquelles nous avons des accords de libre échange, ce n’est pas le cas pour toutes les provenances d’importation. "Les importations de Chine seront désormais taxées à 35% (25% des mesures et 10% des droits habituels)", nous est-il expliqué. "Ce qui complique davantage la tâche, c’est que ces droits sont appliqués sur un prix de référence de l’administration des douanes, que l’opérateur marocain ne connaîtra qu’au moment du paiement", ajoute-t-il.
Sur la question de l’augmentation de la taille du marché, la FIMME a également apporté ses précisions.
"C’est un sujet qui est indépendant de la problématique des mesures de sauvegarde et des difficultés de Maghreb Steel", affirme Tarik Aitri. Selon ce dernier, la question du volume de consommation de l’acier sur le marché marocain est ancienne et a été débattue au sein de la FIMME pendant plusieurs années. Notre interlocuteur avance pour argument le dispositif "Maroc Construction Acier", instauré par la FIMME et les pouvoirs publics et dont le but est de promouvoir l’acier dans sa globalité et faire avancer le secteur.
Cela dit, "nous aimerions bien atteindre cet objectif d’un million de tonnes mais il y a des prérequis. Si on veut faire du volume, il faut le faire au bon prix pour toucher plus de clients et distribuer plus, pas avec un prix de 700 dollars la tonne et plus", commente le président de la FIMME.
Sur ce point, le bureau de la FIMME a également un avis tranché. Pour que Maghreb Steel puisse vendre un million de tonnes d’acier, il faut que le marché marocain soit à un volume de consommation supérieur à un million de tonnes, car "il est impossible" que le sidérurgiste puisse répondre à toutes les demandes tant les nuances d’acier sont nombreuses, près de 3.500, et qu’il ne produit que certaines d’entre elles.
"Si l’Etat cherche absolument à sauver Maghreb Steel, cela ne doit pas se faire au détriment de la profession. Le gouvernement peut s’inspirer du benchmark turc et subventionner Maghreb Steel", avance le bureau de la FIMME, représenté par son président.
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