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POLITIQUE

Le PPS tente de réanimer la Koutla pour survivre aux élections de 2021

Au lendemain de l’élection d’un nouveau leader au PAM, le 10 février 2020, les secrétaires généraux de l’Istiqlal et du PPS se sont réunis pour exhorter l’Exécutif à engager des réformes urgentes dont celle du code électoral. Cette rencontre signifie-t-elle un repositionnement du PPS qui prend ses distances à l'égard du PJD? Est-elle une tentative de relancer la koutla? quelle lecture dans le paysage politique actuel?

Le PPS tente de réanimer la Koutla pour survivre aux élections de 2021
Samir El Ouardighi
Le 22 février 2020 à 16h19 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

La Koutla, c'était l'Istiqlal, l'USFP et le PPS. Une alliance qui avait eu du sens, par exemple en 1998, lorsqu'elle a constitué et dirigé le premier gouvernement d'alternance.

13 ans après cette date, en 2011, le PPS s’était fortement rapproché du PJD. Il en avait engrangé un nombre de maroquins sans commune mesure avec son poids électoral ni le nombre de ses sièges à la première chambre. A une quinzaine de mois des élections de 2021, et après avoir quitté le gouvernement actuel, le parti du livre veut se rapprocher du PI et de l’USFP avec qui il aimerait ressusciter la koutla.

Le PPS revient à ses premières amours électoraux 

Sollicitée par Médias24, Aïcha Lablak qui dirige le groupe de 13 parlementaires PPS à la Chambre basse explique que le parti du livre repositionne ses alliances pour 2021 en initiant un rapprochement avec le PI.

"Au regard du climat actuel de méfiance et de défiance des électeurs vis-à-vis du gouvernement actuel déconsidéré, le rapprochement de nos deux partis est donc nécessaire et coule de source.

"Sachant que les prochaines échéances électorales se rapprochent, nos SG se sont donc rencontrés pour discuter de la restructuration du champ politique et pour interpeller le Chef du gouvernement qui doit agir d’urgence pour assainir le climat actuel marqué par le doute et la désaffection politique.

"En effet, avant d’organiser les scrutins, il faut d’abord restaurer la confiance en mettant fin à la méfiance à l’égard des acteurs et des formations politiques qui sont complètement déconsidérés.

"Du coup, nous préférons revenir à une alliance dans un premier temps avec le PI puis avec l’USFP, et pourquoi pas aussi le PSU et la FGD avec qui notre parti a plus d’affinités idéologiques.

"Si nous avons moins de valeurs en commun avec le PI, cela ne nous empêchera pas de nous réunir dans le cadre d’un programme qui dépassera tout clivage idéologique comme avec le PJD en 2011", rappelle la présidente du groupe parlementaire.

Le PPS semble donc prendre ses distances avec le PJD d'Elotmani et revenir vers la Gauche. Un repositionnement si près des élections n'est-il pas une manoeuvre risquée? Ne risque-t-il pas de brouiller davantage les électeurs et les militants? Ne devrait-il pas être accompagné d'un changement de dirigeants pour être plus crédible?

"Il n'y aura plus d'alliance avec le PJD sans vision"

Le PPS a anticipé ces interrogations puisqu'il veut faire supporter au PJD le poids de son propre repositionnement. C'est parce que le PJD aurait failli que le PPS a quitté le gouvernement. Et il en tirerait les conséquences en se revenant à sa famille naturelle, la Gauche.

Interrogée sur la pertinence des attaques du PPS contre son ancien allié stratégique le PJD, Lablak répond que depuis 2017, le chef de l’Exécutif a montré une absence totale de vision.

"Après huit ans de participation aux gouvernements menés par le PJD, notre parti a été déçu et a préféré se retirer de l’Exécutif dirigé par Saâdeddine Elotmani", affirme Lablak pour qui le PPS ne risque pas de s'allier à nouveau avec le parti de la lampe.

"Notre alliance avec le PJD a été une alliance gouvernementale et absolument pas idéologique car notre priorité était d’établir des réformes dans le cadre d’un programme commun. Certains chantiers comme la lutte contre la corruption n’ayant pas abouti, le PPS a donc décidé de démissionner.

 "Certes nous avons certainement une part de responsabilité dans la situation actuelle mais quoi qu’on dise, nos ministres ont fait du bon travail dans les départements qu’ils dirigeaient.

"En fait, ce qui nous a fait quitter le gouvernement actuel, c’est son approche purement sectorielle depuis 2017. Une approche dénuée de toute vision globale intégrée pour gérer la chose politique.

"Désaffection et abstentionnisme politique à cause des divisions au gouvernement"

"Plus grave encore, il y a des batailles internes dans ce gouvernement qui faussent son action. En effet, le PJD et le RNI ne cessent de s’affronter voire même de se saboter le travail.

"Si la situation économique n’est pas plus grave qu’en 1998, ce gouvernement manque cruellement de portage politique. En se tirant sans cesse dans les pattes, il renforce l’idée répandue auprès de nos concitoyens selon laquelle cet Exécutif n’a aucun rôle dans la scène politique et aucun apport.

"Par conséquent, il est en grande partie responsable de la désaffection politique et in fine de l’abstention électorale qui n’arrête pas de s’aggraver.

"La vraie responsabilité de cette situation incombe au Chef du gouvernement et à sa majorité car on ne peut plus faire la différence entre le chef de l’Exécutif et le chef de parti.

"Sans efficacité, c’est un gouvernement que l’on peut qualifier de parenthèse jusqu’à 2021.

"Comme les problèmes de nos concitoyens sont mis de côté jusqu’aux prochaines échéances électorales, ces derniers déserteront de plus belle les bureaux de vote", se désole la députée.

Un besoin d’alliance assumé

A la question de savoir si le PPS n’essayait pas, avant l’heure, de se rapprocher d’anciens alliés pour se garantir une représentation parlementaire honorable, Lablak opine indirectement tout en se voulant optimiste sur le futur score de son parti.

"Effectivement, nous craignons une aggravation de l’abstentionnisme mais c’est le cas de tous les partis.

"C’est pourquoi que nous tendons la main au PI puis à l’USFP pour être plus forts le moment venu", conclut Lablak en confirmant que la page d’une alliance avec le PJD était définitivement tournée.

Malgré plusieurs tentatives de joindre les leaders du PI et de l’USFP pour connaitre leur position sur un rapprochement ou une alliance avec le PPS, personne n’a souhaité éclairer notre lanterne.

"Un PPS très inquiet qui joue sa survie électorale en 2021"

Après insistance, une personnalité du parti de la rose très informée nous a déclaré, sous couvert d’anonymat, qu’il y avait bien une tentative de rapprochement mais que le PI et l’USFP n’avaient, hormis une photo et un communiqué commun PPS-PI, pas donné suite à la demande du PPS.

"Après s’être allié avec tous les partis de l’échiquier politique, y compris une alliance contre-nature avec le PJD, le PPS est actuellement aux abois.

"Sachant que son alliance avec le parti de la lampe a pris fin avec l’arrivée d'Elotmani, Benabdellah pense qu’il a tout à gagner en se rabibochant avec ses alliés du gouvernement de 1998.

"Le problème est que les temps ont changé et qu’il est fort probable que ce parti qui va jouer sa survie en 2021 s’écroule totalement avec moins de 5 députés au scrutin législatif", avance notre interlocuteur peu amène sur les zigzags politiques du leader de ce parti qui a été en d'autres temps, un parti progressiste…

La Koutla, une piste parmi d'autres

A l'approche des élections, le champ politique reprend des couleurs et devient plus animé. Nous savons désormais que 4 partis seulement feront le jeu politique: PJD, RNI, Istiqlal et PAM. Toutes les combinaisons sont possibles. La Koutla est l'une d'entre elles. Tout comme une possible tentative d'alliance ou de rapprochement Istiqlal-PJD avec éventuellement le PAM. La rencontre PI-PPS n'est qu'un épisode parmi d'autres à venir.

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Tags : PPS
Samir El Ouardighi
Le 22 février 2020 à 16h19

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