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ECONOMIE

Les nécessaires transformations socio-économiques selon Ahmed Reda Chami

VERBATIM. Sortie de crise, intégration du secteur informel, rôle de l'éducation, mariage des mineurs... Voici les principaux points de l'intervention d'Ahmed Reda Chami, Président du CESE, lors d’un webinaire du 12 juin 2020.

Sara Ibriz
Le 15 juin 2020 à 17h29 | Modifié 10 avril 2021 à 22h41

Passionnant webinaire, organisé vendredi 12 juin, par la fondation "Lafqui Titouani", avec la participation d'Ahmed Reda Chami, Président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD).

Ce dernier a répondu à des questions relatives au développement socio-économique du Maroc, y compris en cette période de crise. Voici ses principales interventions:

"Il est possible de combattre le secteur informel"

"Le PIB du secteur informel est supérieur à celui du secteur formel. Par exemple, il représente 53% dans le textile, 30% dans le transport et 30% dans le bâtiment. Il s’agit d’un problème sérieux", déclare M. Chami.

"Je tiens à distinguer entre le secteur informel "organisé" et celui qui est "social". Le premier est composé de contrebande et de sous-facturation. Pour y mettre fin, une volonté politique est nécessaire".

"Le secteur informel organisé concerne aussi les entreprises qui, même en étant déclarées, mènent 10, 20, 30 voire 50% de leurs activités dans un cadre informel. Celles-ci sont faciles à combattre, il suffit de les comparer avec des entreprises qui opèrent dans la transparence à 100%".

"Quant au secteur informel social, on y trouve des personnes sans aucun papier, comme les vendeurs ambulants par exemple. Il y a environ 2 millions d’unités de production dans ce secteur. L’Etat doit penser à mettre en place un moyen pour les intégrer dans le secteur formel. La pandémie du Covid-19 est une opportunité pour le faire".

"Aujourd’hui, nous pouvons combattre le secteur informel organisé et intégrer le secteur informel social. Les personnes opérant dans le cadre de ce dernier, ont pu constater, grâce à la pandémie du Covid-19, qu’appartenir au secteur formel a des avantages. Et ce, grâce aux aides de la CNSS", explique-t-il.

"Nous n’allons pas réussir à nous développer si nous ne réussissons pas à intégrer le secteur informel dans le secteur formel. Nous avons besoin d’une transformation structurelle".

"Il faut un choc entrepreneurial"

"Les Marocains ont une énergie qu'il est nécessaire de libérer. C’est eux qui vont produire, innover et créer. L’économie se développe à travers la vitalité, la production, etc."

"Les procédures administratives et les autorisations sont nombreuses. Il faut réduire 80% des autorisations et les remplacer par des cahiers des charges", estime M. Chami.

"Ce que nous disons, en tant que Conseil, c’est qu’il faut un choc entrepreneurial. Malheureusement, le nombre d’entreprises qui exportent vers l’étranger n’est que de 5.000. Tandis qu’en Turquie il y en a 50.000".

"Il faut mettre en place des moyens pour financer. Par exemple, le programme Intelaka, initié par Sa Majesté le Roi Mohammed VI va encourager les jeunes à innover et créer des entreprises".

"Il y a des domaines auxquels on ne pensait pas avant, mais la pandémie va nous pousser à le faire. Par exemple, nous importons beaucoup de produits alors que nous pourrions les produire ici même".

Sortie de crise: l'endettement est-il la solution ?

"L’Etat a mis en place certaines mesures qu’il faut saluer. Le problème, selon moi, est que toutes ces mesures vont faciliter l’endettement des entreprises. Mais l’Etat n’avait peut-être pas de choix. Pour éviter l’endettement, l’Etat doit penser à mettre en place des moyens pour participer au capital social de l’entreprise", propose M. Chami.

"Il y a plusieurs éléments à mettre en place, mais l’Etat est-il capable de le faire sans plus d’endettements ? Selon moi, ce n’est pas possible. Mais cela ne me fait pas peur. Qu’il s’agisse d’un endettement au Maroc ou à l’étranger, aujourd’hui il est possible de bénéficier d’un prêt avec un taux réduit. L’essentiel est d’être apte à rembourser le prêt, c’est à cela que nous devons tous penser".

"L’avenir du pays repose sur l’éducation"

"Je dis toujours que si le gouvernement ne pouvait travailler que sur un seul secteur, ça doit être l’éducation. Celui de la santé est important, mais l’avenir du pays repose sur l’éducation. Aujourd’hui, le niveau de l’éducation au Maroc est au plus bas. Seuls 20% des enfants qui passent le primaire, savent lire et compter. Il est donc impossible de construire un avenir avec un tel niveau" déclare M. Chami.

"Nous avons présenté de nombreuses mesures pour améliorer l’éducation et le premier composant est : l'enseignant. Plusieurs études, menées notamment par l’ONDH (Observatoire National du Développement Humain), ont démontré qu’il est nécessaire de renforcer les aptitudes des enseignants marocains".

"En premier lieu, il faut encourager les meilleurs élèves qui réussissent l’épreuve du baccalauréat à intégrer le secteur de l’enseignement. Mais comment les encourager avec un salaire de 4.800 dirhams ? Il est nécessaire de revoir les salaires. Ensuite, il faudra les former. Leurs formations initiales et continues doivent être revues et tirées vers le haut, notamment via l’utilisation des moyens technologiques qui pourraient être d’une grande aide. En troisième lieu, il faut se pencher sur leur promotion. Enfin, lorsque les résultats des élèves sont satisfaisants, il faut avoir les moyens de récompenser leurs enseignants", explique-t-il.

"Durant cette période de crise, les enseignants ont fourni beaucoup d’efforts pour assurer les cours à distance, mais nous constatons quand même que la fracture numérique subsiste dans le pays".

"Les cours à distance ne signifient pas publier une vidéo que les élèves peuvent visionner. Il faut qu’il y ait un échange. Ce dernier nécessite un haut débit et il faudra le généraliser auprès de tous les Marocains. Dans ce sens, nous poussons les sociétés de réseaux et télécoms à mettre en place la fibre optique".

"En 2018, 32.100 demandes de mariage de mineurs ont été enregistrées"

"En 2006, ce sont 30.300 demandes de mariage de mineurs qui avaient été enregistrées. En 2018, il y en avait 32.100, parmi lesquels 85% exceptions ont été accordées par les juges".

"Si on veut mettre fin au mariage des mineurs, il n’y a pas d’autres moyens que de supprimer les articles 20, 21 et 22 de la Moudawana et qu’aucune exception ne soit accordée. Seule une volonté politique pourra mettre ce projet en marche".

 Bientôt, une plateforme citoyenne du CESE

"L'institution qui saisit le plus souvent le CESE est la Chambre des conseillers. Dans leur règlement intérieur, il est prévu que le Président doit présenter un rapport annuel sur les recommandations du CESE qui ont été effectivement appliquées. Je dois convaincre le Chef de gouvernement et la Chambre des représentants de suivre la même approche". 

"Nous allons lancer une plateforme citoyenne, à travers laquelle nous demanderons aux citoyens quels sont les sujets que nous devrions étudier. Actuellement, nous avons plusieurs commissions spécialisées qui formulent des propositions de sujets à traiter. De plus, nous effectuons une veille à travers un logiciel qui permet de déterminer les sujets qui suscitent le plus d'intérêt". 

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Sara Ibriz
Le 15 juin 2020 à 17h29

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