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Des faiblesses aux avantages, un livre blanc pour la R&D au Maroc

Créer un écosystème global, ouvert sur le privé, avoir une demande, trouver des financements et disposer de compétences nécessaires. Ce sont les conclusions et pistes proposées par quatre webinaires organisés sur la R&D au Maroc, à l'ère du Covid-19. 

Des faiblesses aux avantages, un livre blanc pour la R&D au Maroc
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Le 9 juillet 2020 à 14h47 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

Panorapost.com a réuni une quinzaine d’experts pour débattre de la recherche et du développement en pleine pandémie. Le diagnostic est implacable, les chiffres sont consternants, mais les perspectives sont prometteuses, si tant est que les mesures nécessaires soient prises.

Panorapost.com a organisé quatre webinaires pour donner lieu à un document qui sera distribué aux décideurs privés, publics et académiques.

Voici l'essentiel des webinaires:

Etat des lieux de la R&D au Maroc 

En 2018, près de 4 millions de publications sont parues dans le monde, avec 0,2% pour le Maroc, soit environ 7.081 publications, soit 0,5 article/an et /chercheur, alors que la moyenne internationale est de 2 publications/an et /chercheur. Le Royaume est 6e en Afrique, après l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Nigéria, la Tunisie et l’Algérie. Il se classe juste devant l’Ethiopie et le Kenya. Il est 58e dans le monde.

Le corpus d’un pays est apprécié selon le nombre de publications dans les journaux à haut facteur d’impact, c’est-à-dire les plus cités. Dans les 100 revues scientifiques les mieux classées dans le monde en matière d’impact, le Maroc n’aura publié que 0,07% des 100.000 articles au total. Ce qui représente 71 articles en 5 ans, soit 14 par an, dont les 2/3 dans le domaine médical.

Pour les brevets, en 2018, 3,3 millions ont été déposés, dont 46% pour la Chine, 18% pour les Etats-Unis, et seulement 0,08% pour le Maroc.

En 2018, le Maroc comptait 34.000 doctorants, mais seulement près de 10% soutiennent leur thèse. 53% des professeurs les plus gradés au Maroc n’ont produit aucune publication sur les cinq dernières années.

La R&D au Maroc, c’est 0,8% du PIB (incluant salaires, primes, assurances, charges fiscales et sociales, frais divers…) contre 2,3% en moyenne pour les pays de l’OCDE (pour la seule activité de recherche).

Les faiblesses de la R&D au Maroc

La recherche scientifique est une activité relativement jeune au Maroc (datant de 2000) et son orientation future relèvera de la Vision stratégique 2015-2030. Les problématiques sont en nombre:

- Absence de loi sur la recherche scientifique;

- Faibles coordination et implication des départements concernés par la recherche scientifique,

- Organisation et structuration de la recherche scientifique obsolètes,

- Pas de statut spécifique de chercheur, sans lequel il ne saurait y avoir de recherche scientifique. Le statut actuel étant totalement obsolète car fondé sur l’ancienneté et non la rentabilité et la production scientifique. Aucune corrélation entre statut, avancement et volume et qualité de production scientifique,

- Augmentation de l’effectif des chercheurs recrutés à une moyenne de 2% par depuis 2015, sachant que le recrutement est basé sur un manque pédagogique et non sur un besoin de recherche scientifique,

- Grande disparité entre chercheurs, 40% œuvrant dans le domaine des sciences humaines et sociales, avec seulement 13% qui produisent.

Comment doit être conçue la R&D à l’avenir?

- La R&D doit devenir un devoir d’Etat,

- La R&D doit devenir une priorité pour l’université, car actuellement, c’est la pédagogie qui l’est,

- La R&D doit devenir une mission indispensable et non facultative pour l’enseignant-chercheur.

 Les principales mesures à prendre

La multitude d’organismes, d’universités, de centres… doivent être réunis en un seul et même organisme centralisateur et fédérateur, comme le CNRST (Centre national de la recherche scientifique et technique), qui impliquerait le privé, le public, l’université, les Régions et des représentants de chercheurs.

Cet organisme appellerait les fonds du privé, veillerait à l’adoption d’une loi entièrement dédiée à la R&D, afin de scinder l’activité de recherche, fondamentale pour l’université, et l’innovation, essentielle et lucrative pour le privé. Il pourrait prendre comme exemple la démarche suivie par l’Université Mohammed VI polytechnique.

L’organisme national doit être prolongé par des structures régionales qui détermineraient leurs besoins en R&D et en moyens, les feraient remonter pour une meilleure coordination intra ou interrégionale.

Aussi, une R&D de qualité se fonde sur une formation de qualité, des étudiants de qualité et des enseignants et des chercheurs de qualité. La qualité se mesure par une évaluation qui distinguerait les chercheurs les plus méritants, tant par leurs travaux de recherche que par leurs publications et autres écrits.

Les travaux de recherche ne doivent plus être soumises à un contrôle a priori, par des inspecteurs de finances, mais a posteriori, sur les résultats.

Les étudiants doctorants, pour leur part, doivent bénéficier de bourses, ordinaires ou d’excellence, qui leur permettraient de se consacrer à leurs activités, et qui seraient supérieures aux 1.000 DH/mois actuels.

Une fois le doctorat obtenu, le statut de chercheur et de postdoctorant doit être pensé et mis en place afin de scinder l’activité pédagogique de celle de recherche qui requiert nombre de conditions: moyens, ouverture et contacts permanents avec l’étranger, séjours sur le terrain…

S’appuyer sur les avantages comparatifs

Le premier avantage du Maroc est sa situation géographique et son multilinguisme. Cela facilite les contacts et permet des travaux en réseaux avec les centres de recherche européens, déjà existants, et africains, à mettre en place.

Le Maroc dispose d’avantages comparatifs certains dans plusieurs domaines:

- Le phosphate, et tous ses produits dérivés;

- L’agriculture et ses différentes fonctionnalités, plantes médicinales, apiculture et apithérapie, chanvre à développer en médecine et en industrie…;

- L’industrie pharmaceutique, de bonne qualité mais desservie par l’absence de législation sur la préférence nationale et les retards publics sur les autorisations de mises sur le marché ; les essais cliniques sont également un créneau à investir, dans le respect des règles éthiques et déontologiques; la recherche galénique et la production de génériques…;

- La santé, secteur où le Maroc pourrait faire la différence, étant déjà exportateur de médecins de valeur et de talents…

 Drainer du financement

Au Maroc, le financement de la recherche scientifique se fait comme suit:

- L’Etat finance à hauteur de 73%,

- Le privé contribue à 22% (contre 6% en 2010; dans les pays OCDE, cette part est de 69%). Il a été démontré qu’il existe une grande corrélation entre la part du privé dans le financement de la recherche et le degré d’avancement du progrès,

- La coopération internationale représente 5% (dans l’ordre, la France, l’Espagne, et les USA).

Les pays anglo-saxons et Israël ont mis en place un système d’intéressement du chercheur, à travers par exemple des startups à capital varié, Etat, privé, coopération internationale… Le privé serait intéressé s’il voit son intérêt dans une activité de recherche. Il est donc nécessaire de communiquer sur les travaux et, préalablement, impliquer le secteur privé dans l’organisme centralisateur à créer.

Finalement, et au lendemain de l’épidémie et alors que le virus a montré que ce type de menace biologique peut survenir partout et à tout moment, la R&D devient un domaine essentiel pour la souveraineté d’une nation. Il serait ainsi naturel d’amender la Constitution pour y consacrer l’activité de R&D, la soumettre à une logique d’évaluation et à une culture de résultat.

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Le 9 juillet 2020 à 14h47

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