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TOURISME

Tourisme : Marrakech, une destination quasi-fantôme à cause de la pandémie

Depuis l’apparition de la pandémie au Maroc, la ville ocre est complètement sinistrée et le bilan estival ne s’annonce guère rassurant. Selon Abdellatif Abouricha, chargé de communication du CRT, le retour à la normale n’aura pas lieu avant 2023 et sans aide étatique pour limiter les dégâts avec le tourisme national, une bonne partie du secteur risque la faillite dès 2021.

Tourisme : Marrakech, une destination quasi-fantôme à cause de la pandémie
Samir El Ouardighi
Le 2 septembre 2020 à 17h33 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

A l’issue d’un été caractérisé par une désaffection importante des nationaux et une absence totale de visiteurs étrangers empêchés de venir par la fermeture des frontières, la 1ère destination du Maroc, récemment encore très sollicitée, vit une situation étrange avec une ambiance de ville quasi-fantôme.

Il suffit de visionner les images de la place Jemaa El Fna complètement désertée, publiées mardi 1er septembre sur Facebook par le chargé de communication du Conseil régional du tourisme.

Trois ans avant de retrouver le niveau d’activité de 2019

Désespéré par la situation de sa ville natale, Abdellatif Abouricha déclare que sa vidéo de cette place célèbre dans le monde entier illustre bien la paralysie de l’activité et la gravité de la situation.

« Sans visibilité, le secteur attend avec impatience des signaux des autorités marocaines pour rouvrir les frontières et accueillir à nouveau ses marchés émetteurs qui ont fait sa gloire dans le monde.

« Comme tout le monde le sait, notre ville dépend en grande partie des flux de visiteurs étrangers mais au regard de la situation sanitaire, ces derniers ne risquent pas de s’y précipiter de sitôt.

« En effet, avec l'explosion des cas dans la ville et le nombre croissant de décès, la priorité est de respecter les mesures sanitaires sans quoi la reprise attendue prendra beaucoup plus de temps.

« N'étant pas devin, personne n'est capable de prévoir une date de retour à la normale mais il est acquis qu'il faudra un minimum de 3 années pour espérer retrouver les chiffres réalisés en 2019.

« A ce propos, la ministre du Tourisme a prévu dans son contrat programme la date butoir de 2023 et que ce soit l'Organisation Mondiale du Tourisme, l’Oganisation mondiale de la santé ou la IATA, tout le monde s'accorde à mettre en avant l'échéance de 2023 voire même de 2024.

L’ouverture des frontières ne ressuscitera pas la ville rapidement

« Si les frontières devaient rouvrir en décembre prochain, il faut s'attendre à un volume de visiteurs étrangers très limité car la psychose actuelle empêchera les étrangers de voyager à l'international.

« En fait, les flux des touristes internationaux seront certainement très inférieurs au rythme que nous avons connu avant mars 2020 et il faudra donc être très patient avant de retrouver le même rythme.

« Le préalable est bien évidemment la découverte d'un vaccin efficace qui permette de rassurer notre clientèle traditionnelle ainsi que les marchés émetteurs émergents comme celui de la Chine.

Les chiffres officiels du tourisme de la ville ne sont plus publiés depuis mars

« La situation ne nous empêche pas de continuer à travailler au CRT pour préparer l'avenir, mais pour être honnête, il n’y a aucune visibilité car pour l'instant c'est la peur et la méfiance qui prévalent.

« Le flou est total avec une absence de publication, depuis mars dernier, des chiffres des nuitées et des arrivées réalisées auprès des hôteliers par la délégation régionale du ministère du tourisme.

« De plus, avec son classement en zone 2 qui a restreint l’accès par voie routière et découragé de nombreux marocains de s’y rendre, les résultats de l’été seront catastrophiques.

Des chèques-vacances pour booster le tourisme national et éviter les faillites

« Sachant que 3 années avant un retour à la normale est un délai difficile à supporter pour la profession (hôteliers, restaurateurs ..), le risque de faillite grandit de semaine en semaine.

« C'est pourquoi, il est urgent que l'Etat ou les autorités de la région participent financièrement à la reprise en octroyant aux nationaux une enveloppe budgétaire sous forme de chèques vacances.

« Ainsi, pour encourager leur tourisme national, plusieurs Conseils régionaux français ont décidé d'offrir jusqu'à février 2021 aux éventuels visiteurs un chèque de 100 € pour 2 nuitées et pour d'autres un bon d’achat de 150 € à dépenser en hôtel et restaurant.

« Cette solution permettra d’encourager la consommation intérieure et de sauver de nombreuses entreprises du secteur touristique. Hormis les chèques-vacances, l'aide publique pourra prendre d'autres formes comme par exemple une gratuité de l'autoroute ou alors un plein de carburant.

En attendant les étrangers, le salut ne pourra venir que de l’Etat

« En l'absence d'une vraie politique d'encouragement du tourisme national pour maintenir en vie les nombreux opérateurs touristiques de la ville ocre, la situation va continuer à se dégrader.

« Si les autorités ne mettent pas la main à la poche, le risque de troubles n'est pas à écarter car des milliers d’employés sont actuellement aux abois sans parler des propriétaires d'hôtels qui se demandent s'ils pourront tenir jusqu'à la fin de l'année.

« Ceci dit, je reste très optimiste car nous avons deux grosses opérations prévues en 2021, à savoir l'assemblée générale de l'Organisation mondiale du tourisme puis de la Banque mondiale » conclut notre interlocuteur qui espère que le tourisme national et l'organisation de congrès permettront aux opérateurs de la ville de survivre juqu'au retour des marchés qui ont fait la gloire de Marrakech.

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Tags : coronavirus, covid
Samir El Ouardighi
Le 2 septembre 2020 à 17h33

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