Infertilité : les demandes de PMA ont fortement chuté à cause de la crise économique
De nombreux couples font face à des difficultés financières du fait de la crise économique générée par la crise sanitaire. Ils n’ont plus les moyens d’assurer le coût d’une procréation médicalement assistée, qui peut atteindre 35.000 DH et n’est quasiment pas remboursé.
Les demandes de procréation médicalement assistée (PMA) au Maroc ont drastiquement chuté malgré le déconfinement. Ce constat est unanimement partagé par trois gynécologues et deux responsables de laboratoires de fécondation in vitro contactés par Médias24.
''C’est une certitude. On reçoit beaucoup moins de couples qu’avant la crise sanitaire'', observe le Dr Hakim Ezzenfari, gynécologue, l’un des spécialistes de la fécondation in vitro au Maroc. ''Le nombre de demandes de PMA a en effet fortement diminué'', abonde Baha Benamar, responsable du laboratoire de fécondation in vitro de la clinique Al Boustane, à Rabat, et spécialiste en biologie médicale et biologie de la reproduction.
Une insuffisance des ressources financières
Il y a d’abord les répercussions économiques de la crise sanitaire, qui n’ont pas épargné certains couples, constatent, à l’unanimité encore, les gynécologues et biologistes que nous avons sollicités. Sans pouvoir quantifier le phénomène faute de données statistiques, ils assurent que de nombreux couples se heurtent à des difficultés financières dues à la perte de leur emploi ou d’une baisse très nette de leurs activités professionnelles.
Ces couples n’ont donc désormais plus les moyens financiers de payer une PMA, dont le remboursement est très limité, pour ne pas dire inexistant. La CNOPS prend en charge une seule tentative à hauteur de 5.000 DH. Un montant dérisoire au regard du coût de cette pratique, qui varie entre 23.000 et 35.000 DH. Rien que le traitement médicamenteux pour stimuler les ovaires peut coûter jusqu’à 9.000 DH, d’après le Dr Chafiq Chraïbi, gynécologue à Rabat. Auprès de la CNSS, aucun remboursement n'est possible.
Des couples venus de très loin
Les restrictions imposées dans les déplacements entre les régions ont aussi largement contribué à la baisse des demandes de PMA. Baha Benamar affirme que ''près de la moitié des couples qui viennent dans [son] laboratoire habitent dans d’autres régions du Maroc''. Un constat partagé par le Dr Hamid Bennis, gynécologue et spécialiste de la fécondation in vitro, dont 30% de la patientèle provient d’autres villes du Maroc, notamment Tanger, El Jadida, Settat ou Beni Mellal.
Le laboratoire de PMA de la clinique La Capitale, à Rabat, avait lui aussi l’habitude de recevoir des couples venus de loin, voire de très loin. ''Nous recevions des couples du Mali, de Sénégal, de Côte d’Ivoire ou de Mauritanie, et même des Marocains résidant à l’étranger qui venaient au Maroc dans l’espoir d’avoir recours à une PMA car ils avaient épuisé le nombre de tentatives remboursables chez eux. Depuis le déconfinement, nous n’avons reçu qu’un seul couple étranger, originaire de Mauritanie'', explique Saïf El Islam Slimani, pharmacien biologiste et responsable du laboratoire. Il chiffre à 35% environ la baisse des demandes de PMA dans son laboratoire.
''Dans d’autres centres, la baisse peut grimper à 50%'', assure-t-il. C’est justement le cas du laboratoire de Baha Benamar, qui accuse une réduction de l’activité journalière en matière de PMA de près de moitié, depuis le déconfinement en juin.
Des retards qui réduisent les chances de tomber enceinte
La crise sanitaire a aussi plongé certains couples dans l’incertitude et suscité des craintes concernant l’impact éventuel du Covid-19 sur la santé des femmes enceintes et des nourrissons. ''Des couples sont réticents ; ils ont peur et préfèrent différer un projet de naissance lorsque l’âge de la femme le permet'', indique Baha Benamar.
Mais il ne le permet pas toujours. Plus les couples retardent leur prise de rendez-vous, plus la fertilité de la femme diminue. C’est justement ce que traduit cette baisse des demandes de PMA : le fait de repousser à plus tard la première consultation, faute de ressources financières suffisantes, réduit inévitablement les chances de tomber enceinte. ''Je vois parfois arriver des couples sans enfant déjà âgés, qui se rapprochent de la quarantaine. Ils ont trop attendu avant de consulter et ce retard complique beaucoup les choses. Normalement, au bout de deux années de tentatives échouées de tomber enceinte, il faut consulter un gynécologue pour faire un bilan. Or souvent, ce n’est pas fait'', observe Hakim Ezzanfari.
Le Dr Chafiq Chraïbi s’inquiète aussi d’un phénomène qu’il recense de plus en plus fréquemment mais ne parvient pas à expliquer : l’appauvrissement de la réserve ovarienne chez des femmes jeunes. ''Le dosage d’AMH réalisé chez certaines femmes d’une trentaine d’années est pratiquement le même que chez les femmes ménopausées. Je le constate de plus en plus'', dit-il. Ce dosage d’AMH (pour ''Hormone Anti-müllérienne'') permet d’évaluer le nombre de follicules, cellules impliquées dans l’ovulation, qui se développent en début de cycle.
Dans son laboratoire aussi, Saïf El Islam Slimani enregistre une baisse de cette réserve ovarienne chez les femmes jeunes. Ce phénomène, inexpliqué pour l’instant, s’ajoute aux complications générées par le retard de la première consultation : si certaines femmes sont confrontées à une réduction de leur réserve ovarienne et qu’elles tardent à fixer un premier rendez-vous dans le cadre d’une demande de PMA, les chances de tomber enceinte sont doublement réduites. D’autant que la crise sanitaire, et donc économique, est loin d’être terminée, et par conséquent la baisse des demandes de PMA est partie pour durer, prédit le Dr Chafiq Chraïbi.
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