img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Santé

Les consultations thérapeutiques impactées par la crise économique

Certains psychologues font état d’une baisse importante du nombre de consultations, leurs patients ne pouvant désormais plus supporter le coût d’une thérapie.

Les consultations thérapeutiques impactées par la crise économique
Solène Paillard
Le 19 octobre 2020 à 15h22 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

C’est un paradoxe malheureux du confinement : ces trois mois calfeutrés chez soi ont fait émerger des problématiques psychologiques, ou en ont renforcé certaines, mais ils ont aussi généré d’importantes difficultés financières du fait de la réduction, voire de l’arrêt, dans certains secteurs, de l’activité économique. Pour les patients de psychologues ou de psychiatres, une difficile équation se pose désormais : poursuivre un travail thérapeutique entrepris avant le confinement, ou en démarrer un, tout en ajustant son budget pour pouvoir assurer le coût financier d’une thérapie.

Pour certains, l’équation est quasi-impossible à résoudre, témoignent plusieurs psychologues et psychiatres contactés par Médias24, qui disent observer une baisse des consultations en raison des difficultés financières de certains patients. ''J’ai constaté une volonté, un réel besoin de consulter à l’issue du confinement, mais les gens sont freinés par les problèmes financiers qu’ils rencontrent. Au bout de deux ou trois séances, certains cessent de venir'', indique Smail Hafidi Alaoui, psychologue du travail.

Un constat partagé par sa consœur Soukaina Zerradi, psychologue clinicienne : ''Certains de mes patients ne peuvent désormais plus suivre financièrement. Il y en a donc que je voyais avant le confinement et que je ne vois plus. Une maman m’a contactée car elle souhaitait consulter pour son fils : avant la crise, ça n’aurait pas posé problème, mais aujourd’hui, elle dit devoir réfléchir avant de prendre sa décision. Il y a aussi, probablement, des gens qui ne disent rien ; qui n’appellent même pas car ils savent qu’ils ne pourront pas payer les séances.''

Un coût mensuel compris entre 1.000 et 2.000 DH

''Le souci, c’est l’endurance : une prise en charge psychologique demande une régularité dans les séances. Ce n’est pas comme une consultation chez le médecin : il ne s’agit pas de prendre son ordonnance et de partir'', commente Smail Hafidi Alaoui. Un travail thérapeutique s’étale en effet sur plusieurs mois, voire années, à raison, en moyenne, d’une séance par semaine, soit quatre par mois. La profession de psychologue n’étant pas réglementée au Maroc, la fourchette des honoraires l’est encore moins, et elle est très large : entre 250 DH et 500 DH la séance, soit un coût mensuel qui varie entre 1.000 et 2.000 DH – presque l’équivalent d’un smig.

Dans son cabinet, Wiam Benjelloun, psychologue clinicienne, constate globalement une baisse des consultations, mais une hausse d’un type de demandes bien particulier : les thérapies brèves. ''Les gens ont un besoin accru d’être écoutés ; le confinement et la crise sanitaire ont réveillé des angoisses silencieuses, des phobies relatives à la mort, à la maladie… Les thérapies brèves, qui s’étalent sur quatre ou cinq séances, sont sollicitées par les patients qui ont des moyens limités.''

Wiam Benjelloun dit aussi recevoir des demandes de thérapies gratuites, certains patients espérant que les cellules d’écoute mises en place gratuitement pendant le confinement se poursuivent et se ''muent'' en consultations gratuites. ''Certains ont pensé que les psychologues mobilisés dans le cadre de ces cellules d’écoute gratuite pouvaient ''offrir'' des thérapies. Dans le cas où une personne ne peut pas assurer le coût d’une thérapie, elle est réorientée vers des centres d’écoute bénévoles'', explique-t-elle.

Les thérapies brèves permettent de faire bénéficier le patient d’un accompagnement ponctuel, sur des inquiétudes ou des angoisses qui peuvent être atténuées en quelque séances. ''Mais il y a souvent un fond d’angoisse ; des prédispositions à l’angoisse qu’il faut étudier de plus près. Dès que les patients peuvent revenir pour une thérapie plus longue, ils le font'', ajoute Wiam Benjelloun.

Poursuivre la thérapie à condition de réajuster ses dépenses

D’autres psychologues cliniciennes font état d’une stagnation du nombre de leurs consultations. C’est le cas de Sarah Berrada : ''Étant à proximité du lycée Lyautey, je reçois plusieurs élèves de l’établissement. Les parents font partie d’une catégorie socio-professionnelle qui n’est pas particulièrement confrontée à des difficultés financières, et avec lesquels je peux donc maintenir les honoraires habituels.''

Selon cette psychologue clinicienne, ce ne sont pas les consultations qui ont diminué, mais les revenus de ses patients, même s’ils peuvent tout de même poursuivre leur thérapie en réajustant leurs dépenses. ''Pour ceux qui ne parviennent pas du tout à adapter leur budget mais qui ressentent tout de même un réel besoin d’être écoutés, j’essaie de m’arranger, quitte à réduire le tarif de moitié. En tant que psychologue, on doit aussi pouvoir s’arranger avec eux, car le besoin est là malgré les difficultés financières. Et puis ce sont des gens qui, lorsqu’ils retrouveront une situation financière stable et plus confortable, reviendront au tarif normal.''

Installée à Fès, Geneviève Lepage ne recense pas non plus un recul du nombre de consultations, du fait de la catégorie socio-professionnelle de sa patientèle qui, dit-elle, est ''majoritairement composée de professions libérales, notamment des médecins ou des entrepreneurs''. Elle souligne volontiers l’investissement que représente une thérapie, mais estime qu’il est aussi question de ''savoir où sont les priorités''. Et elle le dit à demi-mot : quand on a les moyens de s’offrir une coupe de cheveux ou un vêtement excessivement cher, on a les moyens de se payer une thérapie.

Les hospitalisations deviennent parfois impossibles

Les médecins, eux, ne sont pas forcément plus optimistes que les psychologues. C’est le cas du Dr Hachem Tyal, psychiatre : selon lui, ce n’est pas au niveau des consultations que la baisse est recensée, mais des hospitalisations. ''Les consultations, dont le tarif est de 350 DH en moyenne, n’alourdissent pas beaucoup le budget, d’autant que les patients sont installés dans la continuité de leurs soins. En revanche, il y a un nombre non négligeable de familles qui ne peuvent plus faire hospitaliser leurs enfants, notamment pour des problèmes d’addiction, car elles n’en ont plus les moyens. Ils n’ont donc pas recours à l’hospitalisation comme seule alternative pour sortir de leurs addictions, et se maintiennent ainsi dans leurs dépendances'', explique-t-il.

Le Dr Amine Benjelloun, professeur associé de pédopsychiatrie et responsable du Centre d’action médico-sociale précoce de la Goutte de Lait, à Casablanca, fait état quant à lui d’une baisse très importante des consultations dans ce centre non lucratif, dont le tarif plafonne pourtant à 80 DH. ''Il y a beaucoup de couples parentaux dont l’un a perdu un emploi et l’autre doit faire face à une baisse de salaire'', observe-t-il.

Et d’ajouter : ''Même lorsqu’on propose des consultations à tarif réduit, voire des consultations gratuites, beaucoup de familles ne peuvent plus venir faute de pouvoir payer les transports. Elles viennent de loin, doivent payer un grand taxi, un bus, un petit taxi… Les frais relatifs aux transports sont un véritable frein. La majorité des patients qui continuent de venir sont issus de la fonction publique ; ils ne sont donc pas confrontés à un risque de perte d’emploi ou de baisse de leur salaire.''

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Solène Paillard
Le 19 octobre 2020 à 15h22

à lire aussi

Pratt & Whitney Canada inaugure son usine de moteurs d'avions à Casablanca
BUSINESS

Article : Pratt & Whitney Canada inaugure son usine de moteurs d'avions à Casablanca

Pratt & Whitney Canada a officiellement inauguré, ce mardi 21 avril 2026, sa nouvelle installation au cœur de la zone Midparc à Nouaceur. Détails.

Cuivre. Prix records, projets en cascade… nourrie par les tensions géopolitiques, la ruée vers le Maroc s’accélère
Mines

Article : Cuivre. Prix records, projets en cascade… nourrie par les tensions géopolitiques, la ruée vers le Maroc s’accélère

Porté par un cuivre désormais autour de 13.100 dollars la tonne sur le LME et plus de 6 dollars la livre sur le COMEX, le secteur minier marocain entre dans une phase d’accélération. Entre la montée en puissance de Tizert, les ambitions de Managem (jusqu’à 182.000 tonnes en 2026) et l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux tel KGHM, le Royaume se positionne comme un relais stratégique dans un marché mondial sous tension, où transition énergétique et dépenses de défense redessinent la hiérarchie des producteurs. Décryptage.

Au SIAM 2026, OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage
Quoi de neuf

Article : Au SIAM 2026, OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage

Le groupe OCP met en avant, à l'occasion du 18e Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) qui se tient du 20 au 28 avril à Meknès, sa vision intégrée des systèmes agricoles, illustrant le rôle central du phosphore dans l'articulation entre fertilité des sols, production végétale et alimentation animale.

Ligue arabe : Rabat insiste sur une réponse commune aux actions iraniennes
DIPLOMATIE

Article : Ligue arabe : Rabat insiste sur une réponse commune aux actions iraniennes

Réuni en visioconférence le 21 avril 2026 à l’initiative de Bahreïn, le Conseil ministériel a examiné les répercussions des tensions régionales. De son côté, le Maroc a réaffirmé son soutien aux États concernés et au respect du droit international.

En visite à Stockholm, Hammouchi formalise un partenariat sécuritaire inédit avec les autorités suédoises
Quoi de neuf

Article : En visite à Stockholm, Hammouchi formalise un partenariat sécuritaire inédit avec les autorités suédoises

Paraphé lors d’entretiens avec le ministre de la Justice Gunnar Strömmer et les responsables policiers du pays nordique, le dispositif inclut des canaux rapides de coopération opérationnelle et d’assistance technique.

Législatives 2026. Samir Chaouki : pourquoi j'ai choisi le PJD
POLITIQUE

Article : Législatives 2026. Samir Chaouki : pourquoi j'ai choisi le PJD

C’est l’une des investitures les plus commentées de ce premier round PJDiste. En propulsant Samir Chaouki, journaliste de renom et président du think tank OMEGA, dans la circonscription de Hay Hassani, le PJD envoie probablement, comme il l'avait fait par le passé, un signal d'ouverture. Entre rupture avec les méthodes classiques et volonté de transparence, le candidat se confie à Médias24 sur ce nouveau défi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité