Le confinement a fait émerger les demandes de séances thérapeutiques en ligne
L’interruption brutale des consultations thérapeutiques dans les cabinets des psychologues lors de l'annonce du confinement a fait naître une nouvelle demande émanant des patients : les séances en ligne. A en croire plusieurs psychologues contactés par Médias24, la tendance n’a pas fléchi malgré le déconfinement.
Depuis l’apparition du Covid-19 au Maroc, et notamment pendant la période de confinement qui s’en est suivi, les psychologues assistent à l’émergence d’un nouveau type de demande : les consultations en ligne. Il y a en effet les patients qui ont souhaité poursuivre leur thérapie malgré le confinement, et pour lesquels les consultations en ligne ont été la seule alternative, via des logiciels de visioconférence. Et il y a les nouveaux patients ; ceux qui ont sollicité des psychologues pour entamer un travail thérapeutique, pendant le confinement et même après.
''Je reçois de plus en plus de demandes de thérapies en ligne depuis le confinement'', confirme Ghita Alami, psychologue clinicienne et présidente de l’Association marocaine de psychologie de l’enfant et de l’adolescent (Ampsy), contactée par Médias24. ''Ce sont notamment des patients de nature très anxieuse, qui craignent de contracter le virus et préfèrent avoir recours à des séances via Skype'', ajoute-t-elle. Mais un filtre s’impose : ''Je n’accepte les consultations en ligne qu’avec des patients que je connais déjà ; avec lesquels la relation et la confiance est établie. Pour une première consultation, lorsque je ne connais pas la personne, je préfère la rencontrer d’abord de visu plutôt que de façon virtuelle.''
Une approche à laquelle adhère également Wiam Benjelloun, psychologue clinicienne, qui estime que la première consultation doit se faire en face-à-face. ''Les consultations en ligne peuvent démarrer dès la deuxième séance, mais la rencontre physique est primordiale lors de la première séance'', nous dit-elle.
Parmi les quatre psychologues cliniciennes contactées par Médias24, Sarah Berrada est la seule à faire état de patients qui, au contraire, se montrent récalcitrants à l’idée de faire des consultations en ligne. ''Certains de mes patients ont préféré suspendre la thérapie pendant le confinement et reprendre au moment du déconfinement, quand j’ai rouvert le cabinet. Ils sont plus à l’aise dans le cabinet, dans un espace chaleureux dédié à la thérapie.''
Une alternative au ''manque de temps''
Cette hausse, Sofia Lahlou, psychologue du travail, la constate aussi depuis le confinement, et le déconfinement n’a pas fait redescendre la tendance, observe-t-elle. Les demandes qu’elles reçoit émanent aussi bien de patients qu’elle prend déjà en charge, que de nouveaux. ''La demande doit venir du patient. Le psychologue ne doit pas imposer les consultations en ligne, comme il ne doit pas non plus imposer les séances en face à face. Compte tenu des circonstances sanitaires actuelles, le praticien doit aussi pouvoir s’adapter aux demandes de ses patients'', estime Sofia Lahlou.
Dans le cadre de cette adaptation, elle précise avoir revu à la baisse les tarifs de ses consultations à distance, de 300 DH à 250 DH. En moyenne, le tarif pour une séance varie de 250 à 500 DH. Mais pour les consultations en ligne, les honoraires ne varient généralement pas : ''La durée de la séance ne change pas, et pour le psychologue, ça ne change rien non plus : il est au cabinet'', souligne Wiam Benjelloun.
La conjoncture sanitaire n’est pas le seul motif avancé par les patients. Beaucoup disent ''ne pas avoir le temps'' de se déplacer jusqu’au cabinet, de se perdre dans des embouteillages interminables et de jongler avec leurs impératifs professionnels et familiaux. ''L’aspect pratique des séances en ligne est particulièrement invoqué par les patients, avec lesquels il n’est pas toujours facile de trouver un créneau qui leur convienne et me convienne également. Certains de mes patients se sont privés de consultations parce qu’ils travaillent dans des quartiers très éloignés du centre de Casablanca, notamment Aïn Chock et Ain Sebaa, et ne peuvent pas se déplacer entre midi et deux ou au retour du travail, parce qu’il faut aller récupérer les enfants ou parce qu’ils sortent du travail parfois très tard'', explique Wiam Benjelloun.
''Dépoussiérer'' l’héritage freudien et lacanien
Les consultations en ligne peuvent-elles toutefois remplacer les séances en cabinet ? Cette approche ne risque-t-elle pas de biaiser, voire de fausser l’analyse du psychologue et, par ricochet, le travail thérapeutique ? Réponse de Wiam Benjelloun : ''Bien sûr, le face-à-face, c’est l’idéal en thérapie, mais la caméra permet de rendre les choses plus perceptibles et de nous rapprocher au mieux d’une consultation réelle. J’ai toujours reçu des demandes de consultations en ligne, notamment de Marocains expatriés à l’étranger. Mais conformément à la formation que l’on reçoit, souvent d’inspiration freudienne et lacanienne, nous devons respecter un cadre bien précis pour établir une bonne relation avec le patient. Ce cadre réunit plusieurs conditions, notamment celle que le patient soit face au psychologue. On s’en est toujours tenu à cet esprit du respect de l’éthique, qui est celle de notre école thérapeutique. C’est la raison pour laquelle je n’acceptais que très peu les consultations en ligne, sauf exception pour les Marocains résidant à l’étranger qui préfèrent être suivis par des psychologues marocains, pour des raisons culturelles, et les patients que je suivais déjà et qui déménageaient dans une autre ville ou un autre pays, et ne voulaient pas changer de psychologue.''
Wiam Benjelloun estime également que cette pratique ''dépoussière la psychanalyse'' : ''L’époque nous pousse à remettre en question certains aspects de ce cadre psychanalytique hérité de Freud et Lacan'', glisse-t-elle.
Pour Ghita, les consultations par logiciels de visioconférence n’empêchent pas le psychologue de faire son travail, qui consiste à ''analyser le langage'' : ''On est dans des choses qui demandent de l’écoute et de l’analyse, et qui peuvent être faites sans nécessité d’une présence réelle.''
Les adolescents plus à l’aise avec les séances à distance
Cette démarche est-elle également adaptable à tout type de demandes, et à tous les âges ? ''A toutes les demandes, pas forcément. Les patients qui doivent suivre un traitement médicamenteux doivent être redirigés vers des psychiatres'', précise Sofia Lahlou. ''Tout dépend du patient. Il n’y a pas de généralité ; on fait du cas par cas'', abonde Wiam Benjelloun.
Pour les enfants et adolescents, la tâche est peut-être plus délicate. ''Les parents ne sont pas favorables à ce type de consultations. Ils veulent que l’enfant soit là ; qu’il soit présent'', remarque Ghita Alami. Wiam Benjelloun estime au contraire que les adolescents et les enfants sont plus à l’aise avec les nouvelles technologies, et que le ''cadre internet'' leur convient ''parfaitement'' : ''Ce sont les plus gros demandeurs. C’est une génération internet ; les consultations en ligne correspondent à leur état d’esprit. Pour les plus petits, lorsque la maman est là, ça ne pose aucun problème. J’arrive à capter leur attention.''
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