Usage légal du cannabis. Les recommandations de militants locaux pour la bonne application du projet de loi
Dans un communiqué daté du 28 avril, la coordination des gens du pays du kif présente les problématiques liées à la culture illégale du cannabis et propose des solutions pour développer la région, protéger sa population et en faire un pôle économique du cannabis et ses dérivés.
“La coordination des gens du pays du kif” publie ses recommandations pour garantir la bonne application du projet de loi sur l’usage légal du cannabis, menacé par plusieurs problématiques locales, liées à la culture illégale de cette plante.
Via un communiqué daté du 28 avril, cette coordination d’associations locales réagit au projet de loi 13.12 sur l'usage légal du cannabis, en s’adressant aux députés pour leur présenter “le fruit de plusieurs années d’entretiens avec les cultivateurs du Rif, de conférences et de données scientifiques de terrain, liées à la culture du cannabis”.
Une culture, dont l’aspect illégal, “ne disparaîtra pas grâce à ce projet de loi, tant que ses problématiques n’ont pas été résolues”, indique la coordination qui appelle le Chef du gouvernement, le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice, ainsi que le ministre de l’Agriculture à “intervenir pour trouver des solutions concrètes”.
L’objectif est de faire entendre sa voix à l'occasion de l’examen du projet de loi qui a démarré le 28 avril au Parlement.
Créée en 2014, cette coordination a pour objectif de “militer et promouvoir la région. Elle rassemble plusieurs associations expérimentées dans ce domaine, qui luttent depuis plusieurs années en faveur de la légalisation du cannabis et qui n’ont aucune appartenance politique”, nous explique Abdellatif Adebibe, militant depuis 25 ans, à la tête de plusieurs associations dont la Confédération des associations de Senhaja du Rif pour le développement, également membre de ladite coordination.
"La vraie image du pays du kif"
“J’ai beaucoup apprécié le discours du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, au Parlement. Il a eu raison de dire que nous avons perdu beaucoup de temps et que nous sommes très en retard”, déclare M. Adebibe qui confirme la position de la coordination des gens du pays du kif.
Cette dernière a, dans son communiqué, salué “le pas courageux entamé par le ministère de l’Intérieur à travers la présentation du projet de loi 13.21”, ainsi que le programme de développement intégré de la région de culture du cannabis “qui nous a été présenté par l’agence de développement du nord, lors de notre réunion du 30 mars à Tanger”.
“Cela dit, (...) nous sommes contraints de vous présenter la vraie image du pays du kif”, indique le communiqué avant de lister des éléments relatifs à “la crise économique” dont souffre la région “depuis trois ans”, à la “précarité due à l’absence de projets de développement” dans la région qui est “systématiquement marginalisée à tous les niveaux, pour des raisons politiques et économiques”.
“L’Etat a longtemps toléré la culture du cannabis dans les régions de Senhaja et Ghomara, ce qui a créé une économie alternative dans la région, basée sur la culture du kif et le trafic du cannabis”, poursuit le communiqué.
"Le kif joue un rôle principal dans la formation de la carte politique de la région"
Selon la coordination des gens du pays du kif, cette plante joue “un rôle principal dans la formation de la carte politique de la région, qui produit généralement des élus, directement ou indirectement, liés au trafic de drogue, incapables de défendre la population locale et qui impactent négativement le travail des associations, dans le cadre du développement de la région”.
Cette dernière témoigne de la “destruction systématique de son héritage urbain et de ses ressources naturelles, sous le regard des autorités locales”, poursuit la coordination qui déplore, par ailleurs, la pratique “très répandue” dans la région des “plaintes anonymes malveillantes”, qui déclenchent des poursuites à l’encontre des cultivateurs de cannabis.
Une pratique “utilisée par certains élus et trafiquants de drogues pour régler leurs comptes”, martèle la même source.
“La région est envahie par des graines “hybrides”, dont la commercialisation est rentable malgré le fait qu’elles soient néfastes pour l’environnement et pour la santé mentale des fumeurs”, met en garde la coordination.
Autant de problématiques liées à la culture illégale du cannabis dénoncées par la coordination des gens du pays du kif, qui fait appel à l’intervention de l’Etat pour y mettre un terme et pour assurer la bonne application du projet de loi.
“Faire de la plante du cannabis authentique une richesse locale”
Pour ce faire, la coordination des associations locales propose d’écarter, de leurs fonctions, les élus suspectés d’être impliqués, de manière directe ou indirecte, dans le trafic de drogue.
Elle propose également d’ouvrir une enquête approfondie sur la destruction systématique des ressources naturelles “encouragée par certains élus” et de déterminer “le nombre de prisonniers, poursuivis dans le cadre du trafic de drogue d’une part et la culture du cannabis d’autre part, en précisant le nombre de personnes recherchées dans ces affaires”.
Elle appelle également à mettre fin à l’usage des plaintes anonymes et à déterminer les sources des graines néfastes pour l’environnement et pour la santé qui viennent remplacer les graines authentiques.
Dans ce sens, la coordination des gens du pays du kif déclare attendre "des responsables" l’application du protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation, ainsi que la convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel de 1972 et l’article 41 de la convention de Genève sur le droit des traités de 1969 pour “faire de la plante du cannabis authentique une richesse locale”, et "utiliser ses revenus pour développer la région, à travers l’usage récréatif et touristique de cette plante".
“Une amnistie au profit des cultivateurs”
Dans sa liste de recommandations, la coordination des associations locales suggère de déterminer, dès à présent, les zones autorisées à cultiver le cannabis et d’installer le siège de l’Agence nationale de régulation des activités liées au cannabis dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Idem pour les entreprises et unités de production que la coordination propose de “centraliser” dans la région de Senhaja et Ghomara, afin d’en faire “des pôles économiques du cannabis et ses dérivés”.
Autre projet dans la région: “la nouvelle ville d’Issaguen”. Il s’agit d’un “projet royal qui n’a pas encore vu le jour”, souligne la coordination qui souhaite en faire une “ville bâtie avec les matières issues du chanvre indien”.
Toujours dans le cadre du développement de la région, la coordination des associations locales propose de “créer des centres de formation dans la région au profit des enfants des cultivateurs” afin de les spécialiser dans les techniques liées à la production du chanvre indien industriel et thérapeutique.
Aussi, elle suggère d’accorder une amnistie aux cultivateurs et de mettre fin à l’approche sécuritaire en la remplaçant par une “approche de développement global”.
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