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POLITIQUE

Nizar Baraka s'affirme comme un candidat sérieux à la primature, malgré un bilan survendu

A l’approche des rendez-vous électoraux, l’Istiqlal et son secrétaire général Nizar Baraka montent au front, dans une série de sorties médiatiques contre les politiques gouvernementales. Baraka mise sur le vote des classes moyennes et populaires en concentrant son discours sur les disparités sociales et territoriales. Décryptage de positions parfois ambiguës du parti de la balance.

Nizar Baraka s'affirme comme un candidat sérieux à la primature, malgré un bilan survendu
Y. B.
Le 7 juin 2021 à 22h26 | Modifié 7 juin 2021 à 22h27

Nizar Baraka à l’offensive

En à peine une semaine, Nizar Baraka a multiplié les sorties médiatiques. D’abord et en deux fois, dans le cadre de la session ordinaire du conseil national, puis dans des interviews accordées respectivement à la radio nationale et à la fondation Lafqui Titouani.

Le secrétaire général du parti de l’Istiqlal y appelle à une nouvelle alternance en mettant l'accent sur la critique du gouvernement sur les thèmes socio-économiques. Pour cela, il avance les chiffres des disparités sociales et notamment l’indice de Gini (coefficient calculant les inégalités de revenus à l’échelle d’un pays, 0 pour une égalité parfaite et 1 pour une inégalité parfaite) et qui place le Maroc à 0,46 c’est-à-dire quatre points de plus que la moyenne internationale.

Il rappelle aussi que 20% des familles marocaines les plus riches contrôlent 54% du PIB. Il tacle également les résultats du gouvernement, surtout en matière de chômage et de croissance économique.

Nizar Baraka déclare : “Dans l’histoire du Maroc, la classe moyenne n’a profité qu’avec le gouvernement d'Abbas El Fassi, c’est une réalité incontestable : la baisse de l’IR, la hausse des salaires des fonctionnaires, la réduction des disparités dans la fonction publique, le minimum des retraites fixé à 1.000 DH". Tout cela est vrai mais incomplet comme nous allons le voir plus loin.

Dans son interview à la radio, il a déclaré : “Nous n’allons pas entrer en coalition avec un parti qui a une vision libérale, qui créera un déséquilibre entre l’économique et le social, nous ne pouvons pas nous allier à des gens qui renforcent les disparités sociales et territoriales en faveur des lobbies et des grandes sociétés”.

Le journaliste ayant senti une accusation à peine voilée au RNI, lui demande s’il écartait l’un des partis d’une future alliance. Ce à quoi Baraka a répondu qu'il n'était pas possible de procéder ainsi, car le système électoral marocain oblige indirectement à ne constituer des alliances qu’après les résultats des élections.

A l’accusation d’avoir entraîné le pays dans une crise budgétaire en 2011-2013, il répond : “Nous considérons que nous avons sauvé le pays, parce qu’avec le discours royal du 9 mars [2011], il était obligatoire de préserver la stabilité dans le pays. En plus, avec la crise internationale de 2008 et avec l’excédent budgétaire que nous avions nous voulions réagir en soutenant la consommation nationale et en élargissant la classe moyenne”. Les chiffres que nous avons consultés ne montrent pas d'excédent budgétaire à cette époque, seulement un excédent ordinaire.

Les disparités sociales

En axant sa stratégie de communication sur les questions des disparités sociales, Nizar Baraka a raison, car ces inégalités sont devenues insupportables. Et seuls les pays qui ont réduit les inégalités ont pu se développer rapidement et émerger. Il occulte toutefois l'Education, domaine dans lequel l'Istiqlal a brillé par son ambiguïté, notamment à l'égard des langues enseignées et des langues d’enseignement. Le déficit dans ce domaine est très lourd.

Étant à l’origine un mouvement conservateur, l’Istiqlal a du mal à concilier entre son élite francisée et sa doctrine traditionnelle, son ADN, faisant du nationalisme et de l’arabité son cheval de bataille.

Son bilan économique est survendu.

L'Istiqlal a dirigé le gouvernement de 2007 à 2011, avec Abbas El Fassi à la primature. Puis il a été une composante essentielle du gouvernement Benkirane I, avec 6 ministres dont Nizar Baraka aux Finances. Malgré son départ en octobre 2013, l'empreinte qu'il a laissée sur les finances publiques était pesante:

-Baraka critique le bilan gouvernemental en matière de chômage mais l'Istiqlal n'a pas fait mieux. Les chiffres du chômage ont évolué ainsi:

le chômage a évolué entre un taux de 8,9% et un taux de 9,8% c'est vrai. Mais ce n'était pas grâce à la création d'emplois. C'était une conséquence mécanique de la baisse du taux d'activité: de 51,3% en 2006, le taux d'activité est passé à 48,3% en 2013; perdant quelques dixièmes de point chaque année.

-les couches moyennes ont été mieux loties et c'est vrai. Mais au prix d'un déficit budgétaire et d'un déficit du compte courant parmi les plus importants de l'histoire du Maroc. C'est un choix défendable, mais il faut le dire et l'assumer: le déficit du compte courant était de 7,6% en 2011, 9,3% en 2021 et 7,6% en 2013, année où Nizar Baraka était ministre des Finances.
-Le solde budgétaire était à -0,1% en 2007, à +0,7% en 2008 puis -1,8%en 2009, -4,3% en 2010; -6,6% en 2011; -7,2% en 2012.

Des déficits jumeaux aussi élevés plombent la croissance économique et c'est ce qui s'est passé. La générosité nécessaire çà l'égard des couches moyennes a été financée avec l'endettement.

Avec son air de gendre idéal; avec son expérience au CESE; avec un parti légitime dont l'appareil quadrille le pays; avec des concurrents faibles ou faiblissimes; Nizar Baraka a de fortes chances d'accéder à la primature. Ses propositions sociales sont indispensables en ce moment: mais il faudra qu'il dise comment il compte les financer.

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Y. B.
Le 7 juin 2021 à 22h26

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