Entretien. C'est la reprise rapide de la commande publique qui peut sauver le BTP
Pour le moment, le fameux adage ne trouve pas d’écho, du moins pour les membres de la Fédération nationale du bâtiment et travaux publics. La profession qui fédère 5.000 entreprises qui emploient, par temps normal, 80.000 personnes vit une crise, jugée sans précédent.
Comme si le recul de la commande publique ne suffisait pas, voici qu'arrive la la baisse des prix imposée par les donneurs d’ordres. Du coup, les pertes d’emplois dans le secteur sont estimées à 20.000 postes, rien que pour les premiers mois de cette année. Et des entreprises ont du subir «des résiliations de contrats assorties de confiscations des cautions bancaires», dénonce un courrier adressée par la fédération au Chef du gouvernement.
Mais le chef de file, El Mouloudi Benhamane, sans vouloir être rassurant, croit qu’une solution concertée ne manquera pas d’émerger. Entretien.
Médias 24 : Le secteur du BTP vit une situation jugée très difficile. Quelles en sont les principales manifestations ?
El Mouloudi Benhamane: Plusieurs facteurs impactent négativement le secteur et les entreprises du BTP. D’abord, la baisse continue de la commande publique adressée au BTP depuis 2012 et son corollaire la casse des prix qui fragilise les entreprises et entraîne l’ensemble du secteur dans un marasme sans précédent.
Il y a ensuite, l’impact de la pandémie du COVID 19 à la fois sur les coûts des matériaux de construction et sur les rythmes d’approvisionnement, sachant que le système de révision des prix ne tient pas compte des hausses des matières premières et des charges du fret : acier, cuivre, zinc et canalisations en PVC … ont ainsi enregistré des hausses importantes.
S’ajoute enfin la désorganisation de l’activité avec les conséquences des mesures sanitaires, notamment en matière de déplacement du personnel.
Or, ces impacts ne sont pas pris en compte par beaucoup de maîtres d’ouvrages publics qui font comme si le COVID n’a aucun impact et appliquent à la lettre les dispositions contractuelles des marchés avec à la clé des pénalités et des résiliations de contrats.
-Quelles répercussions sur les autres activités (matériaux, bureaux d’études, architectes, crédits…) ?
-Il y a clairement des répercussions et pas seulement sur les professions que vous citez.
Le secteur du BTP est très intégré à toute une chaîne d’activités qui pâtissent de la conjoncture de crise que nous traversons.
Cependant, certains souffrent plus que d’autres parce qu’ils dépendent des autres sous-secteurs, de la production internationale, des coûts du fret…..
-Y-a-t-il des arrêts de chantiers prioritaires ? Dans quels domaines ?
-Tous les chantiers ont été impactés. Mais il faut reconnaître que la plupart des entreprises ont maintenu les rythmes de réalisation des projets, malgré les problèmes d’approvisionnement ou les mesures qui ont impacté les déplacements inter-villes du personnel.
Je dois préciser que l’incompréhension affichée par des donneurs d’ordres (Administrations et établissements publics) a affecté la bonne marche des projets.
Le gouvernement a bien réagi pour accélérer les paiements la prise en compte des cas de force majeure. Mais l’esprit de concertation et de partenariat n’a pas toujours prévalu.
-Que dire de la situation de la commande publique et des paiements ?
-La baisse continue de la commande publique adressée au BTP perdure depuis 2012 avec toute les conséquences sur les estimations des marchés souvent en régression.
-Avant même la pandémie, l’Etat a constitué une task-force au plus haut niveau, pour réduire les délais de paiement.
-Beaucoup de progrès ont été réalisés, notamment pour le règlement des décomptes et des factures.
Mais, qu’en est-il des délais cachés : les attachements, les retards dans les réceptions, le traitement des réclamations des entreprises…Beaucoup reste à faire pour fluidifier et rééquilibrer les relations entre les maîtres d’ouvrages et les entreprises et instaurer un véritable partenariat à tous les étages de la décision.
-Face à la surchauffe des prix des matériaux de construction, la profession envisage-t-elle de renégocier les contrats passés avant la crise ?
-La FNBTP ne cesse de sensibiliser le gouvernement. Nous avons présenté nos propositions qui ne font que reprendre le Contrat Programme sur lequel nous nous sommes engagés avec le Gouvernement en 2018 et en vertu duquel nous ne demandons pas d’argent, juste des réformes qui vont améliorer le système de la commande publique.
-Le dialogue est-il engagé avec les autorités publiques pour identifier ensemble des solutions ?
-Absolument et tous les jours. Nous sommes engagés par le Contrat Programme qui nous a assigné la mission de représenter les entreprises et de formuler des propositions.
Nous avons avancé sur certains chantiers et agissons pour avancer sur les autres.
-Que propose la Fédération ?
-Nos priorités sont claires. Il s’agit de réformer le décret sur les marchés publics pour combattre la casse des prix… De rééquilibrer les dispositions du Cahier des clauses administratives générales applicables aux travaux et introduire l’arbitrage et la médiation pour le règlement des litiges. Ceci, se décline à travers la généralisation, l’unification du système de qualification la classification des entreprises avec une représentation prépondérante de la profession, la FNBTP.
-Y a-t-il une recette pour une reprise rapide du secteur du BTP ?
-Cela passe par la reprise de la commande publique. Ce qui est un choix de politique économique qui, au demeurant, relève des prérogatives du gouvernement.
Regardons ce qui se passe dans le monde en ce qui concerne la commande publique. L’Union européenne a adopté un budget de 750 milliards d’euros et les Etats-Unis pas moins de 1.900 milliards de dollars. Ce qui renseigne sur la volonté de dynamiser la reprise économique dans ces pays.
Propos recueillis par Abdelaziz Ghouibi
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