Zakaria Garti : Le PJD choisira l'opposition
Au lendemain des élections législatives, régionales et communales, le président du Mouvement Maan commente la spectaculaire déroute du parti islamiste et analyse les résultats du scrutin. Entretien
Médias24 : Comment évaluez-vous le taux de participation enregistré hier mercredi 8 septembre ?
Zakaria Garti : Le taux de participation a été particulièrement élevé. Il a dépassé 50%, ce qui n’était pas arrivé depuis assez longtemps. Mais au-delà du taux de participation au niveau national, il est important de relever le fort taux de participation dans les provinces du Sud, qui a dépassé les 65% dans certaines circonscriptions. C’est un message très important qui transcende les clivages politiques et doit être destiné à l’opinion internationale car il confirme la marocanité du Sahara : si les habitants de ces provinces ne se reconnaissaient pas en tant que marocains, ils auraient boudé les élections marocaines.
-Concernant les résultats des élections, qu’est-ce qui a causé selon vous cette débâcle du PJD ?
-Franchement, j’en suis encore sonné ! Aucun observateur de la politique marocaine ne s’attendait à une telle débâcle. Le bilan du PJD est certes mauvais sur certains points, mais nous ne nous attendions pas à un vote sanction aussi sévère. A titre d’exemple, l’USFP a également souffert d’un vote sanction en 2007 ainsi que l’Istiqlal en 2011, mais aucun des deux n’était de cette ampleur-là.
Les jours qui viennent nous aideront sûrement à mieux interpréter cette dégringolade et à mieux en appréhender les causes.
-Que va devenir le PJD après ce naufrage ?
-Le PJD n’a pas seulement perdu ; il a été humilié. Suite aux résultats du 8 septembre, il sera incontestablement dans l’opposition, mais il faut noter que l’aile dure du parti ne sera même pas représentée au parlement et se retrouvera en dehors des institutions électives. Cette situation lui donnera une plus grande liberté de ton et lui permettra d’être plus virulente à l’égard de l’État. Cette aile dure deviendra indéniablement plus forte au sein du parti.
-A la lumière de ces résultats, quels sont les scénarios probables pour une coalition ?
-Théoriquement, trois partis suffiraient à former une coalition forte avec une majorité solide. Cela dit, il faudra que le RNI, qui dirigera probablement ce gouvernement, ne cherche pas à accommoder tous les partis dont il est proche, et qu'il s'en tienne à former un gouvernement fort et cohérent. Il est nécessaire de garder en tête qu’au-delà de quatre partis en son sein, le gouvernement perdra de sa robustesse et de sa crédibilité.
A mon sens, le PAM fera sûrement partie du gouvernement aux côtés du RNI, surtout après avoir passé toute son existence dans l’opposition. En effet, le secrétaire général du parti, Abdellatif Ouahbi, aura du mal à convaincre les membres de son parti de rester dans l’opposition.
Ainsi, le couple RNI-PAM devra s’allier à l’Istiqlal ou à l’USFP pour constituer une majorité. Toutefois, bien que la présence de l’Istiqlal au gouvernement constituera un gage de crédibilité et de rigueur, une alliance RNI-PAM-Istiqlal engendrera une opposition extrêmement faible, surtout avec un PJD quasiment en dehors du parlement.
Ajoutons que le nouveau mode de calcul du quotient électoral qui devait naturellement sanctionner le PJD, l’a finalement aidé à remporter ses douze sièges.
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