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ECONOMIE

Textile : les grands donneurs d'ordres reviennent au Maroc qui peut redevenir un acteur majeur

La reconfiguration des chaînes de valeur mondiales devient une réalité. Dans le textile, les grandes entreprises européennes préfèrent désormais un sourcing de proximité. Les opérateurs marocains y voient une opportunité unique pour repositionner le Maroc comme un acteur majeur du secteur.

Textile : les grands donneurs d'ordres reviennent au Maroc qui peut redevenir un acteur majeur
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Le 10 novembre 2021 à 20h07 | Modifié 10 novembre 2021 à 20h23

Les grandes entreprises de vêtements et de chaussures américaines et européennes sont en train de déplacer la production de l’Asie vers des pays plus proches, annonce l’agence Reuters mardi 9 novembre. Le Maroc fait partie des bénéficiaires de cette reconfiguration des chaînes de valeur mondiales du textile, aux côtés de la Turquie et de quelques pays d’Europe de l’Est.

Le groupe espagnol Mango, par exemple, a décidé d’accélérer son processus de rapatriement de la production vers des pays tels que le Maroc, la Turquie et le Portugal, alors qu'il assurait son sourcing principalement de la Chine et du Vietnam jusqu’alors.

“La reprise est indéniable”

Joint par Médias24, Mohammed Boubouh, président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH), confirme que "la cartographie du sourcing de la majorité des clients européens est en train de changer vers un sourcing de proximité".

Il ajoute qu’il ne s’agit pas seulement de Mango, mais aussi d’autres grands groupes comme l’espagnol Inditex et le français Camaïeu, entre autres. "C’est une tendance qui se confirme pour tout le bassin méditerranéen."

Selon lui, si les coûts de la logistique peuvent constituer une cause conjoncturelle, la crise du Covid-19 et laugmentation du niveau des salaires en Chine ont fait prendre conscience aux marques de vêtements mondiales quil fallait privilégier le sourcing de proximité. Une tendance qui devrait s’installer dans le temps, selon le patron des acteurs marocains du textile.

Karim Tazi, patron de l’enseigne Marwa et ancien président de l’AMITH, nous confirme ce constat. "La reprise est indéniable, on le sent. Des acteurs d’Europe du Nord, comme les Britanniques, arrivent en masse pour se renseigner sur l’offre et les capacités marocaines. Des distributeurs qui avaient l’habitude d’acheter exclusivement en Asie viennent désormais faire leurs courses au Maroc."

C’est une opportunité unique, il faut profiter du momentum

"Il y a une grande demande aujourd’hui. Il faut qu’elle soit accompagnée d’une volonté du secteur privé et des pouvoirs publics de profiter de ce momentum. C’est une opportunité unique. Nous n’avons pas connu au Maroc, depuis les années 1980, une opportunité aussi importante de redevenir un acteur textile majeur", affirme Karim Tazi.

Une offre marocaine à renforcer et à soutenir

Pour Mohammed Boubouh, la demande est là, certes, mais l’industriel marocain ne parvient pas toujours à la capter, parfois par manque de soutien. Il évoque notamment le manque d’assurance-crédit pour couvrir les risques à l’export.

Il rappelle notamment l’expérience douloureuse de sous-traitants marocains avec l’entreprise française Naf Naf, qui s’est retrouvée en défaut de paiement. "Imaginez que l’on se retrouve demain dans la même situation", craint le président de l’AMITH, pour qui les fabricants marocains sont capables d’accepter plus de commandes si ce risque est mieux couvert.

Karim Tazi signale, pour sa part, que ces nouveaux clients du textile marocain achètent majoritairement un produit fini ; or l’offre marocaine est encore faible sur ce créneau-là.

Pour y remédier, il recommande d’encourager l’émergence d’agrégateurs marocains dans le secteur ; ce type d’acteurs qui se positionnent entre les producteurs sous-traitants et les distributeurs.

Il explique que le textile s’est développé à Tanger grâce à quelques agrégateurs espagnols. Maintenant, pour franchir un palier, il faut soutenir le développement d’agrégateurs marocains. L’amont, qui est un autre maillon faible du secteur, va naturellement suivre, estime Karim Tazi.

D’après lui, "ces agrégateurs ont un savoir-faire que les fabricants traditionnels n’ont pas". La créativité, le marketing, la logistique, la technique de mise au point... autant de compétences qui manquent au fabricant traditionnel marocain, qui se spécialise souvent dans l’assemblage.

C’est donc en proposant aux distributeurs européens un produit fini innovant, décarboné et socialement responsable que le produit marocain pourra remporter de nouveaux marchés. Car le client final aujourd’hui est particulièrement exigeant sur ces éléments.

La concurrence turque toujours aussi forte

Si le Maroc parvient à tirer son épingle du jeu, c’est toutefois la Turquie qui en profite le plus, affirment nos deux interlocuteurs. La dévaluation continue de la lire turque profite à leurs exportations. Mais il serait incorrect de réduire la compétitivité turque à la seule question monétaire.

"Lorsqu’un industriel turc achète un tissu chinois, il exporte au Maroc avec zéro droit de douanes. Alors que le même tissu chinois, lorsquil est acheté par un industriel marocain, fait payer à ce dernier 12,5% de droits de douanes. Nous sommes taxés non seulement à lachat, mais aussi à la vente sur la valeur ajoutée", explique Mohammed Boubouh.

Karim Tazi, quant à lui, affirme que les industriels turcs ont déjà réussi à vendre une partie de leurs capacités de production de 2022. "Il faut le reconnaître : ils ont une offre très diversifié, intégrée, compétitive et créative. Il se sont aussi engagés massivement vers la décarbonation et les textiles éco-responsables."

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Le 10 novembre 2021 à 20h07

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