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ECONOMIE

“Nous militons pour le renforcement de la filière oléagineuse marocaine” (Brahim Laroui)

Les prix des huiles de table ont augmenté à cause des cours internationaux. Dans cet entretien accordé à Médias24/Le Boursier, le nouveau directeur général de Lesieur Cristal, l’un des principaux acteurs du marché, apporte des explications et des éclairages sur les raisons de ces hausses, et sur les solutions possible pour s’en prémunir.

“Nous militons pour le renforcement de la filière oléagineuse marocaine” (Brahim Laroui)
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Le 24 novembre 2021 à 18h09 | Modifié 24 novembre 2021 à 18h09

A l’occasion de sa première sortie médiatique depuis sa nomination, fin juin 2021, à la tête du groupe Lesieur-Cristal, Brahim Laroui livre dans cette interview à Médias24/Le Boursier sa lecture sur l’évolution des performances du groupe, et sur les répercussions de la conjoncture mondiale marquée par la hausse des prix.

Selon lui, la lutte contre les pressions inflationnistes des matières premières est le sujet primordial du moment, et il est voué à perdurer. Mode de consommation végane, démocratisation des biocarburants, probable diminution des surfaces des terres dédiées aux céréales... Les pressions haussières sur la demande ne semblent pas près de s’estomper.

Nous restituons ici les principales réponses de Brahim Laroui relatives à la hausse des prix des intrants, l’impact sur le marché local et les solutions à même de résoudre cette problématique sur le long terme.

Médias24 : vous êtes à la tête de Lesieur depuis cinq mois maintenant. Quels sont les grands chantiers sur lesquels vous allez vous concentrer ?

Brahim Laroui : Ma nomination à Lesieur Cristal ne marque pas une rupture avec les stratégies du passé, mais s’inscrit plutôt dans le cadre d’une continuité. Naturellement, l’arrivée d’un nouveau manager coïncide avec un regard nouveau. Il y a des challenges continus et d’autres spécifiques à cette période, notamment celui de définir une stratégie par rapport au contexte inflationniste actuel.

Nos autres défis sont liés à l’évolution de l’entreprise, notamment les activités africaines du groupe Avril (hors Algérie), qui nous amènent à passer d’une organisation Maroc-centrique à une organisation plus large, avec de nouveaux marchés sur lesquels de nouvelles compétences sont demandées.

Il s’agit également d’impulser une transformation de la société, tant sur le plan culturel qu’organisationnel. Le monde post-Covid ne sera plus comme avant. Nos façons d’interagir ont changé. Nous devons avoir des engagements précis en termes de durabilité et d’environnement. Lesieur Cristal va devoir s’approprier cette mission et la développer tant au Maroc qu’au niveau du continent africain.

- Vous prenez les rênes de l’entreprise à un moment où vos matières premières sont touchées de plein fouet par une hausse des prix, que vous impactez sur les prix de vente. Comment gérez-vous cette situation, en particulier le mécontentement des consommateurs ?

-Le soja est coté à la bourse de Chicago et son prix est public. Nous avons observé que sur les 12 derniers mois, le soja a augmenté de plus de 50%, passant de 850 dollars la tonne à plus de 1.400 dollars la tonne aujourd’hui. Ce n’est pas la seule graine oléagineuse à avoir subi une telle hausse. C’est également le cas du tournesol et du colza.

Tout a augmenté significativement au cours de l’année écoulée. Le marché est libre et exposé à des aléas internationaux, et le fait est que l’État, comme le consommateur ou encore nous-mêmes, ne peuvent faire quoi que ce soit.

Le mécontentement populaire est légitime, mais notre stratégie tenait déjà compte du fait qu’il y avait des limites à la répercussion. Nous n’avons pas répercuté de manière proportionnelle l’augmentation des matières premières. Les prix de vente ont augmenté de moins de 30% environ, alors que la matière première a progressé de plus de 50%. Nous sommes donc allés chercher des économies ailleurs.

Lesieur Cristal a entamé un vaste programme de productivité qui a remis en cause notre façon d’opérer, tant sur la composition des intrants que sur le système logistique, dans le but de faire des économies. Cela a fonctionné et a amorti une partie importante de la hausse des coûts. Nous avons également opté pour une répercussion progressive sur le prix de vente. Nous avons d’ailleurs décidé de ne pas impacter les prix avant et pendant le mois de Ramadan. Nous nous apprêtons à effectuer un autre travail de remise en cause opérationnelle pour essayer de chercher d’autres économies.

Néanmoins, la situation est aujourd’hui aggravée, car il n’y a pas que la matière première qui est impactée par la hausse des prix. Il y a également le carton, le plastique, le fret… C’est un contexte hyper inflationniste et nous réfléchissons à modifier peut-être la nature de notre offre pour tenir compte de cela. La matière première sera probablement à un cours élevé pendant encore longtemps. Cela reste mon avis. En revanche, sur les autres aspects, il y a un facteur conjoncturel, et j’espère que les choses vont se tasser dans les douze prochains mois.

Cela dit, il y a des palliatifs à cette situation. Nous militons pour le renforcement de la filière oléagineuse marocaine.

- Cette production oléagineuse marocaine, destinée à limiter la dépendance du Maroc aux importations, fonctionne-t-elle ?

Il y a un potentiel agricole porteur pour la production des oléagineux au Maroc, et nous disposons également de capacité à triturer. Mais c’est insuffisant car pour un exploitant agricole, il faut que l’activité de production d’oléagineux soit plus rentable que d’autres activités, et c’est là ou le bât blesse.

Il faut redoubler d’effort pour renforcer la culture et la production d’oléagineux au Maroc. Cela permettrait de constituer des stocks de sécurité suffisants et de limiter la dépendance agroalimentaire du Maroc. Aujourd’hui, nous utilisons, selon les années, entre 1% et 5% d’oléagineux produits au Maroc. On peut faire beaucoup mieux.

- En attendant que cette stratégie fonctionne, comment vous protégez-vous face à l’inflation auprès de vos fournisseurs ? Des négociations ont-elles lieux ?

Nous essayons de négocier, comme tout le monde. Nous essayons de passer des contrats et de prendre des positions avantageuses. Mais dans un contexte inflationniste, notre marge de manœuvre est réduite. L’action salutaire à mener devrait se faire sur la hausse des capacités de stockage pour avoir les bonnes quantités au bon moment, et avoir accès à des mécanismes financiers pour nous couvrir contre les risques et aléas. Ceci est à l’étude avec les autorités concernées.

- Qu’est-ce qui vous fait croire que la hausse des prix perdurera sur les matières premières ?

Ce qui me fait dire cela, c’est que premièrement, la population mondiale ne va pas diminuer. La question des biocarburants en Europe et aux Etats-Unis impactera le secteur et la demande. C’est un facteur structurel qui se confirme et qui est là pour durer. Les gouvernements ont décidé d’introduire des obligations réglementaires et des biocarburants dans le carburant utilisé par le secteur privé. Celui-ci est produit à partir des mêmes graines utilisées dans la confection des huiles de table. Cela donne donc un second débouché à des exploitants internationaux pour vendre à des triturateurs qui feront de l’huile ou du biocarburant.

Dans un contexte de hausse de cours du pétrole, cela devient intéressant. Il y a aussi le fait que les surfaces mondiales destinées à l’exploitation des oléagineux ne vont pas augmenter, et vont probablement subir du stress à cause de la déforestation. A part si le Maroc se lance sur une large culture d’oléagineux sur les surfaces disponibles et non couvertes de forêts, je vois mal le contexte international évoluer dans un sens baissier. Les modes de consommation végane prennent également de l’ampleur ; tous ces facteurs font qu’il y a de plus en plus de pression sur la demande. Il faut s’y habituer et, partant de ces constats, il est dans notre intérêt de développer une culture en amont.
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