Formation continue : la validation des acquis d'expérience professionnelle refait surface
Le gouvernement prévoit d'introduire la validation des acquis d'expérience professionnelle dans le système d'éducation et de formation professionnelle au Maroc. Un concept qui a réussi ailleurs et qui attend l'achèvement d'un cadre légal pour sa mise en œuvre.
Le gouvernement va instaurer prochainement le système de validation des acquis d’expérience professionnelle (VAEP), a annoncé Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, lors de sa récente interview avec Médias24.
"Il y a un mécanisme qui n’existe pas au Maroc, sur lequel on travaille, c’est celui de la validation des acquis professionnels, qui signifie que quand un technicien a une expérience de dix ans, il peut la valider en tant que nouveau diplôme pour avancer dans sa carrière", a expliqué Younes Sekkouri.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, Abdellatif Miraoui, a également annoncé cette mesure, lors de son passage en commission parlementaire à la Chambre des représentants pour présenter le budget de son département. Cette réforme est compliquée, selon lui, puisqu’il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de dépassements dans l’octroi de ces VAEP. Il avait alors souligné que le gouvernement allait prendre le temps nécessaire pour préparer cette réforme.
Le rapport sur le Nouveau Modèle de développement, auquel a contribué Abdellatif Miraoui, recommande "une gestion optimisée de la formation continue, dont le financement doit être dissocié de l’OFPPT et confié à un organe dédié, chargé également de la certification des compétences et de la validation des acquis professionnels".
Dans la note en rapport avec l’employabilité et les compétences, l’absence du VAE est considérée comme un frein au développement de la formation continue. "De manière globale, l’absence d’un système de validation des acquis de l’expérience professionnelle et le manque d’incitation des salariés à la formation continue sont des facteurs qui concourent à l’intérêt faible pour ce mode de formation."
"Un diplôme sans avoir vraiment étudié"
Selon Abdelilah Hifdi, membre CGEM de la Chambre des conseillers, la validation des acquis, "c'est la consécration de l’entreprise comme lieu de formation, c'est reconnaître l’expérience qu’acquiert le salarié dans le monde professionnel au niveau de son parcours cognitif".
"Prenons l’exemple de quelqu’un qui n’a qu’un baccalauréat, mais qui a passé dix ans dans un secteur donné. Aujourd’hui, s’il veut reprendre ses études, dans ce même secteur, il faudra qu’il commence à partir de la première année de l’université ou de la formation professionnelle, alors que ses connaissances et compétences dépassent largement ce niveau-là. Avec la validation des acquis, il pourra directement intégrer la 4e ou 5e années pour avoir un diplôme de master ou ingénieur", détaille-t-il.
"La valorisation des acquis, c’est valoriser le parcours du salarié dans l’entreprise et reconnaître ses compétences par un diplôme sans avoir vraiment étudié."
"La VAEP a été prévue depuis 2019 avec le cadre national de la certification et surtout la loi relative à l'organisation de la formation continue ; mais cette dernière attend les textes d’application, car il y a encore des désaccords avec la CGEM, notamment sur le volet gouvernance, qui n’ont rien à voir le principe de la VAEP", ajoute-t-il.
Une vieille idée qui refait surface
Effectivement l’idée de la validation des acquis n’est pas nouvelle. Le site du ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences indique qu'il s'agit d'une proposition émanant des premières Assises de la formation professionnelle en 2006.
Depuis, plusieurs expériences pilotes ont été conduites, notamment entre 2008 et 2010 dans le secteur des BTP, et entre 2011 et 2012 dans le secteur du textile et habillement. À la demande des professionnels, d’autres opérations ont suivi, notamment avec la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP) et la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH).
Aujourd’hui, l’OFPPT propose des programmes de validation des acquis aux entreprises, et le ministère du Tourisme le propose également aux artisans. Mais ces certifications ne pourront être reconnues, notamment pour reprendre les études, qu’une fois le cadre légal achevé.
Au Maroc, des établissements de formation français, comme le CNAM ou l’École française des affaires proposent ce type de certification. Il faut dire que ce système est en vigueur en France depuis 1985, avec un bilan jugé positif.
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